Critique : Kingsman Le Cercle d’Or

Début 2015, le public découvrait Taron Egerton et son accent de banlieue anglaise troquer survêtement et casquette pour un costume trois pièces qui irait parfaitement à James Bond.

Cet agent secret “new generation” revient naturellement pour un second volet, cette fois accompagné de Julianne Moore, Halle Berry, Channing Tatum, Jeff Bridges et même Elton John dans une aventure qui va les conduire de l’autre coté de l’Atlantique…

 

LA CRITIQUE

Sorti un peu de nulle part, le premier Kingsman avait surpris par l’euphorie qui le caractérisait.
Bien loin du cynisme carnassier d’un Kick-Ass qui prétendait réinventer le genre qu’il investissait, Kingsman voyait certes l’univers de James Bond contaminé par des hooligans, mais ces derniers jubilaient précisément à l’idée d’être dans un film d’espionnage qui reprenait les codes des aventures de 007, tout en injectant une sacrée dose d’énergie et de fureur, à l’image de la scène de l’église dont les spectateurs se souviennent sans mal. Un tel cirque pouvait s’accommoder d’une suite aisément, l’idée de voir toute cette folle équipe rempiler était forcément alléchante, et le risque de ne pas retrouver la surprise du premier pesait tout aussi fortement…

Toujours dans cette idée de reprendre la structure type d’un James Bond, Kingsman 2 a le mérite de démarrer littéralement sur les chapeaux de roues, dans une scène de poursuite où notre héros est attaqué en plein Londres. Rythmé sur « Let’s Go Crazy » de Prince, ce qui donne bien la couleur, cette première séquence d’action voit la caméra accompagner les combats avec une énergie et une liberté proprement stupéfiante. Nourrissant des envies de découpage grandiloquentes et novatrices, Matthew Vaughn s’en donne à cœur joie et fait preuve d’une inventivité formelle à la limite du cartoon, multipliant les plans impossibles tandis que le héros se dépatouille dans une chorégraphie renversante qui rappelle bien que la licence vient du monde du comic-book à l’origine. On pense d’ailleurs à Sam Raimi devant tant d’entrain, l’originalité de certains plans faisant passer Baby Driver pour un exercice d’élève trop sage à côté !
Entre cette ouverture pétaradante et le reste de l’exposition, avec la reprise surprenante de certains éléments du premier qu’on ne pensait pas revoir, et encore moins de manière aussi importante, cette histoire de Golden Circle semble absolument inarrêtable et prête à aller bien plus loin.
C’est bien ce qu’elle va tenter de faire, mais assez maladroitement.

En partant sur le principe éculé de la dissolution de la base des espions et de leurs ressources, cette suite prend la relève des récents Mission Impossible dans l’idée des héros mis à mal, devant se réinventer pour faire face à la nouvelle menace. Un prétexte assez jouissif ici puisqu’il va permettre l’extension de l’univers des Kingsman, en allant voir leurs voisins de l’oncle Sam pour continuer de réinventer la mythologie des espions ici avec un folklore texan des plus cocaces face à la classe anglaise. Cette volonté de remanier les caractéristiques du genre touche aussi l’antre de la méchante jouée par Julianne Moore, avec un village fantasmé des 50’s situé sur un volcan au beau milieu de nulle part !
Très vite, il ne fait aucun doute que ce second opus sait où il va concernant l’extension de la mythologie foldingue qu’il a mise en place, et il multiplie les pistes avec ses nouveaux personnages joué par un casting toujours plus prestigieux, dans un terrain de jeu qui s’annonce réjouissant au possible. Sauf qu’à trop teaser à tort et à travers, entre les agents inédits, les personnages qui reviennent et l’intrigue principale, le film se prend les pieds dans le tapis qu’il avait pourtant si bien posé.

Difficile tout d’abord de ne pas être frustré devant certaines pistes posées par le film qui ne vont jamais plus loin. L’exemple le plus évident est le protagoniste joué par Channing Tatum, qui s’annonce terriblement fun et reste en arrière-plan, catalogué à quelques scènes mineures.
Quasiment tous les nouveaux personnages excepté celui de Pedro Pascal ont le même sort, car Kingsman 2 ne peut pas s’empêcher de calquer une bonne partie de son scénario sur celui du premier. Ainsi le plan de la méchante ressemble comme deux gouttes d’eau à celui de Samuel L. Jackson, à savoir un business permettant de contrôler et de flinguer une énorme partie de la population tout en vendant la solution, tandis qu’elle est accompagnée par un garde dont une partie du corps est remplacé par une arme… Vous vous souvenez de Sofia Boutella avec ses jambes tranchantes comme des épées ? Voici venir Edward Holcroft, un rescapé du premier film, avec un bras bionique capable de se lancer comme un grappin. Une sorte de soldat de l’hiver revu et corrigé, sans charisme aucun même si le film se concentre beaucoup sur lui pour pas grand-chose.
Jane Goldman & Matthew Vaughn semblent très soucieux à l’écriture de certains éléments du précédent, notamment tout ce qui entoure Colin Firth. Par conséquent, ils prennent un temps fou pour ressasser certaines choses pourtant déjà acquises, en signe certes de respect pour leur trame, sauf que tout le film n’a pas le droit à une telle rigueur, notamment en ce qui concerne les rôles féminins mis au placard, et les nouveaux joujoux annoncés et à peine utilisés.

D’un côté, il est difficile de reprocher au film certains choix, notamment le fait de ne pas courir derrière les moments de bravoure du premier, pour essayer de proposer quelque chose de différent. Même si la violence est bien moindre qu’auparavant, il y a toujours ce tempérament punk qui traverse le récit, avec certaines fulgurances de sale gosse qui ne manqueront pas d’interloquer la salle. Par exemple, ce qui se passe à Glastonbury reste à Glastonbury ! Et si ce nom vous dit quelque chose, l’idée de célébrer la culture populaire britannique est toujours bien présente, à l’image d’un célèbre chanteur qui joue son propre rôle ici et semble s’éclater comme un petit fou, avec une joie communicative.
Mais malheureusement, le film peine à trouver un équilibre aussi euphorisant que précédemment, prenant trop de temps sur certaines choses déjà connues, pas assez sur des nouvelles pourtant euphorisantes, et tout ça dans un cadre trop similaire à son modèle pour qu’on n’ait pas une sévère impression de déjà vu par moment. Surtout qu’en terme d’action, jamais Matthew Vaughn ne remet la barre aussi haut que sa scène d’intro et on peut carrément dire que le film s’avère assez décevant dans son troisième acte pas désagréable mais qui ne propose jamais le grand pétage de câble espéré, ou de crânes si on se réfère au passé.

Alors oui, Kingsman 2 dégueule d’idées par moment, divulgue au fur et à mesure un propos acéré et très contemporain sur la politique actuelle, et est toujours l’œuvre d’un metteur en scène capable de très bonnes choses quand il ne cède pas trop à la surabondance d’effets numériques baveux. Sauf qu’il ne tient assurément pas sa trop grande durée (2h20 !) et son souffle retombe au fur et à mesure sans jamais honorer sa note d’intention surexcitante.
Le tout terminant sur la promesse d’un troisième épisode, on espère que cette folle équipe retrouvera le sens des priorités d’ici là tant nous avons à faire à l’exemple de la suite qui a les yeux plus gros que le ventre…

Kingsman Le Cercle d’Or, de Matthew Vaughn – Sortie le 11 octobre 2017



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