Sorti en décembre dernier aux USA, Jackie arrive en salles ce mercredi en France.

Hasard du calendrier, c’est quand le nouveau président américain fait tristement parler de lui qu’un film sur un aspect de la vie politique américaine est diffusé.
C’est d’autant plus un hasard que le film est l’un des derniers qu’a tourné le regretté John Hurt, décédé ce samedi à l’âge de 76 ans.

 

LA CRITIQUE

Avec son actrice déjà oscarisée par le passé et son sujet aussi chic que politique, Jackie semble être la machine à récompenses toute programmée, revenant sur une page noire de l’histoire américaine au moment où celle-ci n’en est pas moins obscure, pour mieux mettre en valeur une figure importante du pays. Sauf que dans cette recette presque parfaite et un peu trop académique en apparence, vient un élément étranger bien décidé à enrayer le classicisme menaçant de l’entreprise pour mieux la prendre à revers et creuser en profondeur. Cet élément, c’est le réalisateur Pablo Larrain, celui-là même qui présentait il y a peu Neruda, un autre biopic historique sortant des sentiers battus.

Si son précédent film et Jackie sont concrètement assez différents en terme de tonalité, d’ambiance et de fond, les deux longs-métrages partagent cette même envie de s’écarter à tout prix du film encyclopédique basique, grâce à une approche plus rusée, surprenante et centrée sur l’humain.
Ainsi Jackie se déroule sur une toute petite période d’histoire, la semaine suivant l’assassinat de JFK du point de vue de sa célèbre épouse Jackie Kennedy. Et quitte à faire les choses différemment, le récit n’est même pas chronologique puisqu’on va et vient d’un moment à l’autre dans cette période au détour d’une interview qui donne sa structure à la narration.
Un procédé assez déroutant dans son approche puisque le tristement célèbre assassinat tarde à arriver dans le film pour la simple et bonne raison que ce n’est pas ce qui intéresse le réalisateur ici.
Comme le titre l’indique, le sujet c’est Jackie, et comment cette veuve soudaine et mère de deux enfants a su gérer à sa manière l’incroyable crise à laquelle elle devait faire face.
Articuler la narration autour d’une de ces interviews en privé avec un journaliste, et une autre télévisée où elle présentait une visite guidée exclusive de la Maison blanche, prend ainsi tout son sens tant on voit d’emblée les différentes facettes du personnage, son élégance et sa douceur « publique » cachant mieux le caractère franc et autoritaire d’une femme bien plus complexe qu’il n’y paraît.

Ce parallèle public/privé renvoi obligatoirement à l’avant/après drame pour montrer combien le rôle de Première Dame et les épreuves qui y sont liées ont influencé la façon d’être de cette femme qui se retrouve seule à la tête d’un staff gouvernemental soudainement, le temps que les choses se calment. Là où le film fait mouche, c’est en montrant justement durant ces heures cruciales le combat de son héroïne pour essayer d’en tirer le meilleur possible, non à des fins égoïstes mais historiques. Où comment une épouse en deuil va tout faire pour célébrer son défunt mari et le faire entrer dans l’histoire le mieux possible, pour dépasser autant que se peut la tragédie, quitte à aller contre les protocoles et idées reçues.
Un combat qui semble presque perdu d’avance, et qui montre aussi un tempérament fragile mais affirmé face à une machine écrasante, toujours dans l’optique de créer un héritage noble, solide et positif. C’est en soit l’intelligence du film et de son procédé : ne pas hésiter à quelque peu gratter le vernis de cette icône pour la montrer sous toutes ses coutures en coulisses, même quand ce n’est pas forcément très glamour.

Voilà une œuvre qui ne prend pas de gants, et n’hésite pas à montrer son personnage sous des aspects parfois grinçants, peu confortables, en tout cas plus nerveux et acerbes que l’image d’une femme apaisée. Non pas qu’il faille à tout prix descendre Jackie Kennedy pour mieux l’honorer, mais c’est ce qui la rend plus humaine, car profondément stressée, voir perdue, dans ce triste épisode.
Il en ressort un film anxiogène, jamais confortable et des plus tristes, ce qui n’enlève rien à la dignité de cette grande dame, bien au contraire. Le film se conforte peut être un peu trop dans cette position névrosée, ce qui finit par peser sur son rythme avec seulement 1h30 au compteur, mais on ne pourra pas négliger une approche aussi déconcertante que courageuse, et au final beaucoup plus permissive qu’un drame à violons. Car à défaut de tout connaître de Jackie, on l’a comprend de façon plus intime que prévu, et c’est là l’essentiel.

Jackie, de Pablo Larraín – Sortie le 1er février 2017

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