Sorti récemment dans de nombreux pays, Hercule de Brett Ratner s’est attiré les foudres du magicien Alan Moore.

L’auteur de Watchmen est sorti de son habituelle réserve pour défendre l’auteur du comic dont le film est tiré. Steve Moore, récemment décédé, n’a pas été consulté par le studio à l’origine de la production ni par Radical Comics qui éditait la bande dessinée, et n’aurait pas touché un centime de droit d’auteur. Un procédé et une polémique qui n’ont pas joué en la faveur du film lors de sa sortie américaine.

Le friguant Arkaron, lui, désormais confortablement installé outre-Manche a eu l’occasion de voir le film prévu pour le 27 août en France.

 

Hercule – 27 août 2014
Réalisé par Brett Ratner
Avec Dwayne Johnson, Ian McShane, Rufus Sewell
Hercule, ancien héros de la cité grecque d’Athènes, mène désormais une troupe de mercenaires à travers des contrées lointaines. Le roi de Thrace en appelle alors à sa légendaire puissance pour unifier son royaume, déchiré par une guerre civile…

 

En 2008 et 2009, le scénariste de bandes dessinées Steve Moore (depuis décédé) est engagé par Radical Comics pour écrire deux histoires originales, reprenant les éléments de la mythologie grecque. On lui demande de créer un univers brutal et tangible, où les dieux n’auraient qu’une présence d’arrière-plan. Le résultat fut pour le moins réussi : alliant ses talents à des dessinateurs versés dans un style à la fois réaliste et jouant beaucoup sur la palette de couleurs pour créer des atmosphères suffocantes, Moore parvint à faire de Hercules: The Thracian Wars une BD à la fois extrêmement violente et crue, mais aussi tout à fait intelligente dans son utilisation des connaissances mythologiques du lecteur pour lui proposer une approche inédite.

Dès son ouverture, le film accuse inexorablement de sa différence de tonalité en s’adressant à une audience beaucoup plus large. Il suffit pour cela de comparer les deux introductions : lorsque Steve Moore fait rencontrer Hercule et son potentiel employeur, ce dernier est brutalement trucidé puis dévoré, à l’instar de ses gardes et esclaves, par le groupe de guerriers menés par le légendaire héros, car certaines remarques moqueuses les ont froissés… Dans l’adaptation cinématographique, le jeune cousin d’Hercule est sur le point de tomber les fesses les premières sur un pic, tandis que le protagoniste envoie quelques blagues aux brigands menaçant le jeune homme… Absolument tous les passages du film inspirés de la bande dessinés n’ont donc strictement plus rien à voir avec le traitement originel.

Si les droits avaient originellement été achetés par Peter Berg, c’est le faiseur Brett Ratner qui hérite de la chaise du réalisateur. Les scénaristes en charge d’adapter le matériau d’origine se rabattent quant à eux sur l’idée de réalisme proposée par le comic, à ceci près qu’ils l’abordent différemment, en singeant quelque peu la dynamique adoptée il y a une dizaine d’années par le film Les Frères Grimm, de Terry Gilliam. Ainsi, la problématique entière du film repose sur la présentation d’un Hercule tout à fait mortel, qui tient sa réputation aux traditions orales et à son équipe de combattants loyaux et doués.

Ne pouvant, comme toujours, pas effleurer la sentimentalité de la bienséance, le script fait d’Hercule un personnage moral et guidé par des principes, alors même que ce personnage massacrait des femmes et des enfants par centaines dans le livre dont le film est adapté, sans que cela l’empêche de dormir une seule seconde. Bref, inutile d’insister plus longtemps : la transition au grand écran s’est faite dans la douleur, et tout l’intérêt du comic a été totalement dilué.

Soit. Ça n’aura pas été ni la première, ni la dernière fois. En évacuant toute possibilité fantaisiste, cependant, Ratner fait de son film supposé mythologique une aventure sableuse sans aucune puissance visuelle, dénuée d’imagination et surtout du moindre souffle réellement héroïque, chose pourtant fondamentale dans ce genre d’entreprise. La médiocrité générale de la mise en image permet à première vue de bénéficier de séquences proprinettes. Toutefois, ces dernières se révèlent assez vite malhabiles dans leur découpage et statiques dans leur montage. Ceci étant, on appréciera bien entendu l’absence de shaky cam et les quelques plans d’ensemble/aériens permettant de prendre la pleine mesure des combats.

Au final, le film souffre du même défaut principal que tous les autres métrages de Ratner : il n’est pas assez cinématographique. En d’autres termes, il manque d’ambition et d’ampleur dans sa mise en scène, il manque de réel savoir-faire de cinéaste à la Jackson ou Milius, capables de happer de spectateur en transformant des plans en images iconiques se gravant dans l’esprit. Le Hercule de Ratner est réduit, malgré les muscles de son acteur, à une vague silhouette sans vrai charisme, comme c’était le cas du Conan de Marcus Nispel.

En cela, c’est un film de consommation rapide qui, malgré ses nombreux défauts, parvient à créer un semblant de divertissement, principalement grâce à ses acteurs. Dwayne Johnson, d’abord, est tellement impliqué dans son rôle qu’il semble vivre Hercule. The Rock n’a jamais été un très bon acteur, et ça ne change pas tellement ici, mais on ne peut pas lui retirer la foi qu’il semble accorder à son rôle, ce qui finit inévitablement par générer un certain attachement au héros. Les personnages secondaires, quant à eux, semblent majoritairement savoir dans quel type de film ils jouent et proposent des cabotinages amusants.

La meilleure idée du script, à défaut d’être novatrice, est néanmoins tout à fait efficace, et remplit merveilleusement bien son rôle dans la scène pivot du film : dos au mur, le héros supposé demi-dieu va devoir accepter de croire à la légende qu’il a forgé de toutes pièces pour se libérer des chaines de ses ennemis et les terrasser. On touche du doigt la catharsis primale opérée par le pouvoir des histoires, ce qui joue en la faveur du film, qui prend alors une dimension globalement plus premier degré fort appréciable.

Rempli d’humour et d’action fade, cette nouvelle version du héros mythologique n’est pas plus honteuse que toutes les autres tentatives galvaudées d’exploiter un univers imaginaire aux possibilités pourtant infinies… mais quand le comic book d’origine se révèle plus cinématographique que son adaptation, on se dit qu’on aurait mieux fait de rester chez soi à relire les récits sanglants d’un Hercule de papier plus imposant que tous les acteurs du monde.

3 commentaires

  • Olivier mercredi 30 juillet 2014 16 h 54 min

    Quand je vais voir un film de Ratner, je ne suis jamais déçu parce que je sais ce que je vais voir. Ce sera honnêtement divertissant, sans plus. Alors, pourquoi on lui a confié ce film, ça reste un mystère, mais je pense que vous saviez aussi, en tant que critique de cinéma, ce que Ratner n’était pas capable de faire…donc ne soyez pas étonné !

  • hgvv mercredi 30 juillet 2014 19 h 40 min

    Je hais Ratner. On lui confie toujours des films possédant des énormes potentiels et il… nous crachent littéralement a la gueule. N’oublions pas qu’être réalisateur c’est avant tous être un artiste.

  • DeDeL!! jeudi 31 juillet 2014 21 h 52 min

    On confie sans doute un film à Brett Ratner parce qu il est disponible, que c est un yes Man, qu il prend pas cher et qu il fait le boulot j imagine. À savoir respecter les délais, le budget, etc. Pour le reste malheureusement, le ciné est une énorme industrie ou les real ne sont pas des artistes mais des bons ou mauvais meneurs de grosses equipes d artistes. croire qu un realisateur fait tout ou qu il décide de tout est naif. meme un Zack Snyder que j aime bien et qui a du vrai talent pour moi, n a pas du décider de quoique ce soit aux dernieres présentations du comics con. alors pour ce qui est le l artistique, faut passer par la c est sur!
    Il y a des bons faiseurs, parfois de rares artistes et parfois des réalisateurs qui se cherche encore comme Brett Ratner.
    Moi j irai pas le voir ce Hercule. Un film seulement porté par du marketing, bien peu pour moi.
    Les meilleurs films je pense sont ceux qui tranche et prennent une orientation précise et honnête. Ceux qui veulent plairent a un maximum de personnes manqueront toujours de personnalité et donneront des films comme ce nouveau Brett Ratner.

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