Les blockbusters de l’été s’enchaînent et ne se ressemblent (heureusement) pas.
Après Pacific Rim, Man Of Steel, Insaisissables, Lone Ranger, Wolverine et avant White House Down et No Pain No Gain, le 14 août nous voyagerons vers Elysium.

Avec deux premières bande-annonces assez spectaculaires quoique bien calibrées, le sud-africain Neill Blomkamp revient à la science-fiction après un premier film acclamé (District 9).

Cette fois-ci, il s’entoure de Matt Damon et Jodie Foster et oublie le côté “faux documentaire” pour un film tout ce qu’il y a de plus alléchant. L’avis de Jean-Victor est-il un peu plus tempéré ?

 

Il suffit parfois d’un seul film pour impressionner le monde entier.
Neill Blomkamp en sait quelque chose, puisque son premier long métrage District 9 était un OVNI inattendu dont le fort texte politique couplé à une réalisation inventive et techniquement impressionnante en ont fait un film presque déjà culte. Et le protégé de Peter Jackson ne comptait pas s’arrêter là, passant ainsi d’un budget de 30 à 100 millions pour mettre en scène Elysium, une nouvelle histoire « originale » dans laquelle la terre vit un futur sombre fait de pauvreté, de bidonvilles immenses et de pollution extrême pendant que les riches de ce monde se la coulent douce sur Elysium, station spatiale en forme d’anneau et véritable paradis artificiel.

Elysium

Pas besoin d’en dire beaucoup plus sans même voir les images pour comprendre qu’après les extra-terrestres terrés dans un district en Afrique du Sud, Neill Blomkamp réitère dans la science-fiction allégorique à forte connotation sociale. En l’état, le bougre met le paquet visuellement pour que son univers tienne la route, avec des paysages recouverts d’usines et d’habitations pauvres jusqu’à l’horizon pour bien comprendre que non, ça ne rigole plus sur Terre. Fort heureusement, le tableau est un tout petit peu moins schématique que ça, et il reste quelques institutions présentes sur la planète bleue pour maintenir l’ordre pendant que ça bronze dans l’espace. Et c’est déjà là que ça cloche.
Outre le fait que cet univers équivaut quand même à une version high-tech des classes sociales pour les nuls avec sa construction pas nouvelle pour deux ronds (les pauvres en bas, les riches en haut, Metropolis le faisait déjà en 1927), il démontre très vite des failles assez dérangeantes pour sa crédibilité. On est face à de la « Hard SF » comme disent les spécialistes, soit une science-fiction qui se veut extrêmement réaliste et crédible à nos yeux, de manière à ce qu’on s’imagine sans aucun mal que tout ça pourrait nous arriver et que ce n’est pas une bête fiction d’anticipation.
Le film met vite ça à mal pour porter son récit, avec quelques points assez aberrants.
Par exemple, l’une des motivations principales du héros pour accéder à Elysium est la présence exclusivement sur la station spatiale de « medbox », sortes de lits médicalisés qui scanne le corps et le soigne de n’importe quoi en 2 minutes. Quand on dit n’importe quoi, on entend absolument tout : maladies graves, cancers, blessures physiques très profondes… Vous vous êtes coupé un bras, la machine vous le refait comme neuf en moins de temps qu’il ne faut pour le dire !

Bref, sur Elysium ils ont les soins express et pour tous dans des machines entièrement automatisées.
Une raison louable pour notre héros, au détail près que si la Terre n’a pas accès à ces soins de luxe, elle a quand même accès à des soins, puisqu’elle possède encore des hôpitaux, avec du personnel, des médicaments, etc… Tout de suite, la question de pose : pourquoi former et payer tout ce beau monde quand il suffit de simplement mettre des medbox à la place qui règlent tout en deux coups de cuillères à pot ? D’autant plus que si la Terre est pauvre, c’est bien les gens sur Elysium qui financent ces hôpitaux non ?
Le film multiplie ce genre de détails farfelus qui poussent le spectateur à marteler l’univers de questions fragilisant rapidement sa crédulité et qui montrent vite que Neill Blomkamp arrange sa sauce comme il veut pour raconter sa petite histoire.

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On s’attardait à cette histoire de soins, mais on peut aussi s’étonner de cette super station spatiale dernier cri qui repousse évidemment les immigrés à l’aide d’agents placés sur Terre avec des lance-roquettes pour abattre les vaisseaux clandestins qui approchent Elysium de trop près. Ils ont réussi à recréer un système avec atmosphère et tout le tralala dans l’espace, mais il n’y a pas un seul moyen de défense sur le machin ? Bah voyons ! Cette capacité qu’a le film à rabaisser son niveau de crédibilité est d’autant plus dingue que l’attention portée à de tout petits détails est par moment franchement impressionnante. Oui, disons-le : Elysium est une réussite visuelle, comme pouvait l’être District 9. Avec un univers poisseux jonglant entre designs épurés et machinerie infernale, Neill Blomkamp montre à nouveau sa passion pour la conception visuelle, aussi bien pour des vaisseaux spatiaux que pour des armes à feu dégueulant de petits cliquetis et bidules qui leur donne une sacrée gueule. Toute la direction artistique du film est à ce niveau-là une vraie réussite, et ce sera un vrai bonheur pour les geeks férus du genre d’aller observer tous les petits détails de l’armure de Matt Damon, qui constitue un fantasme en soit pour les amateurs de Cyber-punk.
On se rend donc compte que l’auteur n’a rien perdu de sa force pour mettre à l’écran un pur concentré de SF n’ayant pas peur de prendre la poussière et la crasse pour être visuellement convaincant, ce qui est d’autant plus contradictoire quand on voit comment certaines aberrations au cœur même de cette histoire rabaisse le niveau général. Mais au fond, le film donne vite sens à ce paradoxe.

Elysium2

Si Elysium n’est pas le grand brûlot politique auquel il semblait aspirer, c’est tout simplement parce que sa vraie nature est bien plus bourrine. Il suffit de voir la relation simpliste au possible entre Matt Damon et une amie d’enfance devenue maman pour comprendre que notre histoire de Robin des Bois du futur ne va pas trop se compliquer la vie et vite faire place à un manichéisme classique pour faire parler la poudre. Ce qui semble intéresser Blomkamp plus que tout, c’est utiliser les possibilités offertes par son décorum SF pour lâcher les chiens et faire parler la poudre. A ce petit jeu-là, le personnage joué par un Sharlto Copley cabotin au possible se pose là dans le genre méchant salopard que rien n’arrête et le tout tourne vite à une chasse à l’homme violente et dégoulinante de sueur. C’est à ce propos très appréciable de voir un film Hollywoodien qui ne prend pas de gants et n’hésite pas à faire couler le sang (l’opération de l’exosquelette sur Matt Damon et un passage impliquant une medbox réservent leurs détails chirurgicaux ragoûtants) puisque les amateurs de corps maltraités et parfois explosés en auront pour leur argent. Dans sa folie guerrière, le film devient par moment limite fantastique, les personnages usant de leurs capacités surhumaines pour faire des bonds de 15 mètres ou s’adonner à des prises de catchs qui font plus de dégâts aux décors qu’autre chose. La réalisation va de pair avec cette tendance régressive et outre une shaky-cam un peu maladroite par moment, on a le droit à des vues subjectives façon FPS ou même à des mouvements de caméras numériques qui semblent tout droit sortis d’un manga sous acide ou d’un Scott Pilgrim. Sur le coup, ça fait bizarre, mais après tout pourquoi pas, tant les bougres mettent un point d’honneur à s’en coller plein la tronche, pour un résultat dont la subtilité est égale à celle d’une énième musique plagiée de A à Z sur Hans Zimmer, avec les fameux « BOOOOOOIIIIINNNNNN » de Inception pour ponctuer certains cuts d’une scène à un autre. A croire qu’Hollywood a créé un générateur automatique de bandes son aseptisées…
Ce n’est pas le seul élément du film indiquant que la machine à rêves a quelque peu bouffé l’indépendance du réalisateur, le message du film s’arrêtant peut être à un « Ne faites jamais confiance aux politiciens » balancé incognito entre deux dialogues mais bon, comme on dit, plus c’est gros, plus ça passe.

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Ne rêvez pas Elysium en nouvel étendard SF aussi subversif que juste : parcouru de ficelles aussi grosses que sa métaphore didactique et simpliste, le nouveau Neill Blomkamp fait parfois le grand écart entre sa fabrication aux petits oignons et un univers qui a bien du mal à cacher ses failles. L’occasion de prendre le film pour ce qu’il est réellement : à savoir un scénario de série B qui utilise un vernis SF appliqué avec soin comme tremplin vers des scènes d’actions inventives et hargneuses.
Malgré ses grands airs, c’est au final aussi léger et bas du front qu’un épisode de Call of Duty mais mine de rien, Elysium s’évertue à proposer un environnement travaillé pour mieux y foutre le bordel et ça lui suffit à procurer une réjouissance certaine.

Elysium– Sortie le 14 août 2013
Réalisé par Neill Blomkamp
Avec Matt Damon, Jodie Foster, Alice Braga
En 2154, il existe deux catégories de personnes : ceux très riches, qui vivent sur la parfaite station spatiale crée par les hommes appelée Elysium, et les autres, ceux qui vivent sur la Terre devenue surpeuplée et ruinée. La population de la Terre tente désespérément d’échapper aux crimes et à la pauvreté qui ne cessent de ne propager. Max, un homme ordinaire pour qui rejoindre Elysium est plus que vital, est la seule personne ayant une chance de rétablir l’égalité entre ces deux mondes. Alors que sa vie ne tient plus qu’à un fil, il hésite à prendre part à cette mission des plus dangereuses –  s’élever contre la Secrétaire Delacourt et ses forces armées – mais s’il réussit, il pourra sauver non seulement sa vie mais aussi celle de millions de personnes sur Terre.

4 commentaires

  • DeDeL!! dimanche 11 août 2013 3 h 48 min

    Si j’ai bien compris ta critique Jean Victor, tu ne saisie pas dans le film, certains aspects réalistes et toujours d’actualité et cela, depuis la nuit des temps?
    À savoir, que les très riches sont moins nombreux que les pauvres.
    Que les pauvres ne sont pas forcément des SDF ou des démunis mais aussi des gens qui sont surtaxés par les riches ou en tous cas, sous la gouvernance des riches.
    Que les riches n’ont aucun intérêt à donner aux pauvres les mêmes soins médicaux qu’ils bénéficient.
    Que les riches ne financent pas ou très peu les soins médicaux des pauvres. Les pauvres les financent par leurs taxes qu’ils donnent aux riches.
    Ou encore que les très riches tirent, pour la plupart, leurs richesses de cet écart grandissant entre eux et le reste du monde.
    Bref, l’histoire de la vie quoi.
    Si Elysium raconte cela alors ce film m’a tout l’air d’être assez crédible par bien des aspects. :)
    Le film montre un futur ou les choses vont empirer et c’est en marche depuis longtemps déjà. Cf Crise économique actuelle pour les pauvres et classes moyennes. Mais pas de crises pour les riches.
    Par contre, sans transition, le design global du film et la station orbitale fait beaucoup penser à un jeu vidéo japonais qui se nomme “Vanquish”!
    C’est assez frappant quand on regarde le film.

  • MR.AKA samedi 17 août 2013 21 h 52 min

    Pour une fois, entièrement d’accord avec la critique, ce qui est plutôt rare finalement. La direction artistique et les sfx sont vraiment excellents, l’ambiance bien prégnante,mais tout l’enchaînement des séquences manque de crédibilité. Tout est un peu tiré par les cheveux pour servir la petite histoire de Blonkamp. Si ce dernier est un bon réalisateur, il abuse beaucoup trop de la caméra à l’épaule, ce qui donne la gerbe.
    C’était déjà le cas dans la première heure de District9, il n’a pas rectifié le tir dans ce nouvel opus.
    Au final tout est presque réuni pour nous réjouir et la mayo ne prend pas. Dommage car plusieurs passages valent le coup

  • Bracal dimanche 18 août 2013 12 h 16 min

    Bravo Dedel !!! Une réponse lumineuse, pleine d’intelligence et d’expérience, j’ai rarement vu une réponse aussi belle et concise, je suis impressionné !!

  • Benjamin vendredi 20 septembre 2013 13 h 04 min

    Visuellement ce film est vraiment chiadé mais le scénario est à l’évidence son point faible, c’est du déjà vu donc on devine grossièrement l’issue du “combat” concernant le destin du personnage principale. On observe ici et là quelques incohérences. L’histoire un peu basique opposant les pauvres aux riches n’est pas très original, le film ne propose rien de nouveau par rapport à ce qui a été fait. Le film en est-il plus cohérent à partir du moment où on accepte l’idée de départ? Je pense que oui même si les facilités scénaristiques ne sont pas toutes excusables.

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