Critique : Dunkerque

Hasard du calendrier de la vie. L’auteur de ces lignes était en Belgique au moment de la sortie de Dunkerque de Christopher Nolan. L’occasion était trop belle : aller voir le film en Imax Laser au format le plus large possible sur ce qui est désormais le plus grand écran d’Europe.

Pour cela, le Kinepolis de Bruxelles ne triche pas : la toile est immense, le son incroyable. Même les fauteuils sont larges et confortables. Tout était fait pour nous permettre de découvrir l’histoire dans les meilleures conditions possibles.

 

LA CRITIQUE

L’Opération Dynamo a été menée de fin mai à début juin 1940 par les troupes alliées, qui doivent se replier du front vers le Nord de la France, mises en déroute par l’armée allemande. Il est alors question pour les soldats anglais de rentrer chez eux et pour leurs camarades français d’aller trouver refuge de l’autre coté de la Manche. Mais pour cela, il faut traverser, une traversée qui n’est pas sans encombre puisque les hommes d’Adolf Hitler ne sont jamais loin.
C’est cette histoire qu’a voulu raconter Christopher Nolan, en utilisant trois points de vue très différents pour bien rendre compte des implications de chacun.

On suit donc un soldat anglais bien décidé à monter dans un bateau pour retourner chez lui, et qui sera rejoint en cours de route et après quelques péripéties par d’autres camarades mais aussi des Anglais ayant décidé de traverser la Manche pour venir en France secourir les leurs et un bataillon de la Royal Air Force survolant le conflit et chargé d’abattre les avions ennemis. La particularité du récit vient du fait que ces trois histoires se déroulent à des moments différents, à une semaine, un jour et une heure de l’issue de la bataille.

Ce choix narratif est intéressant parce qu’il permet de montrer différents aspects de l’évènement -et ô combien les troupes alliées en ont bavé- tout en brouillant les pistes et en jonglant avec la temporalité. Les jeunes soldats mettent plusieurs jours à monter dans un bateau quand les séquences avec Tom Hardy dans les airs sont presque en temps réel. Et Nolan profite de la taille des écrans Imax pour filmer ce petit bout de mer comme un géant infranchissable. Qui plus est, le souci de réalisme du réalisateur lui sert pour filmer son histoire comme un documentaire. On découvre des hommes à bout mais quand même prêts à se battre, à travers de grands moments de bravoure et d’héroïsme (avec une mention particulière pour le civil, incarné par un Mark Rylance impeccable) dans un film rythmé et tendu comme l’était, dans le même esprit, The Dark Knight.

Mais ce souci de filmer le réel devient aussi un défaut. Dunkerque manque d’élégance, de panache voire de magie. Certes, le réalisateur veut filmer la réalité au plus près mais il montre une nouvelle fois qu’il n’est pas capable d’iconiser au moins un peu ses personnages (c’était déjà le cas avec son Batman), ce que mériterait le pilote incarné par Tom Hardy. La séquence aérienne a été en partie filmée avec de vrais avions mais cette technique, si elle est louable, est vite limitée. Les combats aériens auraient pu vendre du rêve à qui aime ça mais c’est beaucoup trop compliqué sans utiliser de numérique. Souvenez vous des séquences de vol de la navette de Matthew McConaughey dans Interstellar, avec cette caméra fixée sur le flanc qui enlevait toute magique au décollage. Dunkerque souffre du même problème.

Le long-métrage veut montrer des exemples de soldats comme il en a existé en nombre sur la cote française et l’intention est là aussi louable. Néanmoins, les personnages auraient mérité d’être mieux caractérisés. Si le pilote n’avait pas été incarné par Tom Hardy, son sort aurait été beaucoup moins touchant. Quand aux jeunes soldats, ils sont tellement interchangeables qu’on s’étonne de voir que l’un ou l’autre a disparu.

Rajoutons à cela que le film est plombé par le pire de Hans Zimmer. On a totalement perdu le compositeur préférant désormais le bruit aux mélodies, venant ajouter du tintamarre à un métrage qui n’en avait pas besoin. On veut nous faire ressentir de l’oppression et du rythme mais l’ambiance et le montage suffisent pour qu’en plus Zimmer vienne nous casser les oreilles avec ses ambiances sonores qui répètent des notes de manière assourdissante. Vous êtes prévenu, il est probable que ce gloubiboulga bruyant vous sorte à plusieurs reprises d’un film qui n’en demandait pas tant.

Les fans de Christopher Nolan qui lisent peut-être ces lignes s’en donneront surement à cœur joie dans les commentaires. Mais s’il est blindé de belles intentions de moments forts, Dunkerque n’est pas le chef d’œuvre attendu. C’est un film fort, une histoire suffisamment originale et propre pour mériter votre coup d’oeil sur le plus grand écran possible, surtout au milieu d’une saison noyée sous les franchises insipides mais il serait désormais temps pour le réalisateur de souffler un grand coup, de se détendre et de prendre sur lui pour laisser rentrer dans ses récits une pointe de décontraction et de magie.

Dunkerque, de Christopher Nolan – Sortie le 19 juillet 2017



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