Un an à peine après la sortie de Plaire, Aimer et Courir Vite, Christophe Honoré nous ouvre les portes de la Chambre 212. Avec Chiara Mastroianni, Vincent Lacoste, Camille Cottin, Benjamin Biolay et Carole Bouquet.

 

LA CRITIQUE

Maria (Chiara Mastroianni) est mariée à Richard (Benjamin Biolay) et a actuellement un amant, Astrobald. Elle en a eu d’autres. Mais tu comprends, mon amour, aucun couple ne survit à vingt ans de mariage sans un petit – ou plusieurs – écart. Et cette phrase, c’est Maria qui la prononce.

Le personnage de Maria est fort. Et touchant. Elle est libre, belle, grande, elle est au tournant d’un moment de sa vie. Elle pense, profite, jouit, se demande : faudrait-il rompre avec le Donjuanisme, pour cesser de faire de souffrir l’aimé ? Ou bien rompre avec l’aimé pour continuer les amants ? Est-il nécessaire de faire un choix ?

Du réalisme magique. Nous sommes ici face à une histoire tout ce qu’il y a de plus banal, un couple qui s’aime, mais un peu moins fort qu’au tout début, et qui se pose des questions. Or, pour y répondre à ces questions, ce sont des personnages et du passé, et du présent, et d’ailleurs qui sont convoqués. Ou plutôt, qui s’imposent. Un Richard de vingt-cinq ans (Vincent Lacoste), une ancienne professeure de piano (Camille Cottin) ou encore la conscience personnifiée. Ce qui pourrait paraître au départ aberrant, pourrait nous décontenancer, très vite nous charme. Les personnages présentés comme ancrés dans la réalité – Maria et Richard de cinquante ans – se font à ceux issus du réel. Ils s’en accommodent et s’en jouent. Le réel selon Philippe Forest serait l’expérience du désir et du deuil. Les personnages y font face. Ils s’y vautrent avec grâce.  Et humour ! Car le film de Christophe Honoré est drôle. Les bons mots fusent et le comique de répétition ainsi que celui de situation enchantent.

Quelques mots sur le rôle de Camille Cottin. Irène est une charmante jeune femme que l’on prend plaisir à d’abord détester. Comprenons, spectateurs fébriles, nous prenons partie pour l’héroïne, influencés que nous sommes par la narrativité du récit. Destinataires dociles. Irène est l’ennemie, pour commencer. Le traitement de son personnage est assez fou, dingue, renversant. Il semblerait que son changement est même physique. Il y a dans le visage de Camille Cottin une évolution constante. Elle est la femme morale, elle constitue à elle seule l’apologue de notre histoire.

Le film est un «presque» huis clos, nous allons entre la chambre 212, de l’hôtel situé juste en face de l’appartement conjugal, et celle du couple. Très théâtral, chacun des gestes, des mots, des déplacements, est pensé, exécuté avec adresse, par des acteurs ici comédiens. Quel flirt avec la perfection !

« Le cinéma est comme un frère du roman », cette phrase est issue d’un entretien entre Catherine Deneuve et Patrick Modiano (les Inrocks). Elle est reprise dans ce même magazine par Christophe Honoré. Il faut rappeler ses qualités d’écrivain. L’infamille, Ton père et puis : ses films. Ici est une pièce de théâtre, il se fait dramaturge, à nouveau. Le texte est efficace, juste, sec. Rien ne dépasse. Ce film ferait un très bon livre.

Chambre 212 est aussi une histoire à propos de ce qui aurait pu, peut-être dû, arriver. Sur ces choix que nous faisons et qui sont tout autant de deuils d’autres possibles. Et il suscite une certaine forme d’euphorie. De joie. Enthousiasmant !

Chambre 212, de Christophe Honoré – Sortie le 09 octobre 2019

 

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