Troisième film vu au PIFFF et non des moindres puisqu’il sort très prochainement dans les salles : Carrie.

Vous l’avez compris, il ne s’agit pas du film de Brian de Palma mais de son remake réalisé par Kimberly Peirce, qui n’avait pas fait grand chose depuis le fameux Boys Don’t Cry sorti à la fin des années 90.

Que le remake soit supérieur à l’original ou pas, il est difficile d’éviter la comparaison. Ca l’est d’autant plus quand il s’agit de s’attaquer à la réalisation culte de De Palma. Au delà, Jean-Victor a veillé à évoquer cette nouvelle version en tant que telle.

 

Nous n’allons pas refaire l’éternel débat sur l’utilité d’un remake : dans l’absolu, c’est une question au cas par cas, qui peut parfois mener à de grandes choses comme l’ont prouvés Carpenter, Cronenberg ou Alexandre Aja. Cela étant, elle se pose toujours quand on reprend un film qui a marqué son époque et survécu à l’épreuve du temps. Ainsi, Carrie au Bal du Diable de Brian de Palma rentre dans cette catégorie et reste de l’aveu même de Stephen King l’une de ses adaptations préférées. Comme beaucoup, on voyait mal ce que pourrait apporter un remake de la chose, quand bien même ce dernier prétend coller plus à l’écrit original qu’à la première version ciné avec Sissy Spacek dans le rôle de cette ado tourmentée à l’éducation radicale. Prétexte d’autant plus farfelu que cette dite version était déjà très fidèle, ce qui cache donc forcément quelque chose…

Carrie la Vengeance est pourtant bien arrivé, et malheureusement pour lui, il est difficile de ne pas faire la comparaison avec ce qui a été fait précédemment, surtout que le film ne diffère finalement pas tant que ça, ce qui force encore plus la mise en perspective.
Et si vous vous doutez bien que la liaison des deux ne va pas être une bonne chose pour cette nouvelle adaptation, le problème s’avère en réalité plus profond que ça.
Sans même parler de Brian de Palma ou de Stephen King, le film de Kimberly Peirce est un plantage dans les règles de l’art. La première raison à cela semble évidente sans même avoir vu le résultat, et se fait ressentir tout du long : Chloë Grace Moretz. Pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire, il faut bien comprendre que l’on parle d’une fille asociale, mal dans sa peau, traumatisée par une mère fanatique, qui n’a jamais désiré son enfant et lui a inculqué une éducation au cordeau.
Essayez d’imaginer l’interprète de Hit Girl dans le rôle, en ajoutant le fait qu’elle surjoue la moitié du temps, avec un brushing souvent parfait. On tient là le miscast de l’année, tant la petite est à côté de la plaque durant tout le film, ce qui n’est peut-être pas entièrement de sa faute vu l’écriture indigeste de la chose…

On ne saurait expliquer précisément les raisons d’un tel scénario : peut-être est-ce dû à la volonté de renouveler un peu la sauce, de l’actualiser pour parler au public d’aujourd’hui ou de justifier tout simplement le remake. Toujours est-il que cette nouvelle Carrie fait preuve d’une inconsistance totale avec son personnage, qui passe du tout au tout d’une scène à une autre. Un peu comme Andrew Garfield était un gentil geek timide rigolo pour devenir un émo rebelle à capuche 3 minutes plus tard dans The Amazing Spider-Man, mais en pire. Sur une scène, Carrie est bel et bien introvertie, la tête baissée, en venant limite à loucher pour paraître mal à l’aise. Sur une autre, c’est juste une ado un peu timide comme tant d’autres, qui se laisse facilement approcher en fin de compte, et qui semble tout droit sortie d’une rom com à l’eau de rose. Ce clivage incessant sur le personnage atteint des sommets dans la fameuse scène de bal, lorsque les choses dégénèrent, où l’actrice semble soudain prendre un malin plaisir à jouer la psychopathe jouissant du meurtre de masse. On pourrait s’égosiller à proliférer des injures à propos des responsables, puisqu’ils n’ont manifestement pas compris le personnage de Stephen King et son parcours. Mais c’est en réalité pire que ça : ils ne semblent même pas savoir ce qu’ils veulent raconter. Je sais bien qu’un personnage peut être dense et proposer des variations d’humeur ou de caractère, mais nous avons à faire ici à une actrice qui passe d’un stéréotype à un autre, avec un manque de naturel sidérant, de la même manière que Julianne Moore en fait des caisses dans son rôle de mère aux allures de sorcière adepte de scarification. Autant dire que pour l’identification immédiate au personnage, ce n’est pas demain la veille…

Étant donné que le personnage de Carrie est raté dans une œuvre intégralement centrée sur elle, le reste peut difficilement relever le niveau. Entre les seconds rôles qui jouent tous comme dans un épisode d’American Pie et la mise en scène générique au possible, le nouveau film de Kimberly Peirce n’a rien de l’œuvre insidieuse originale et de son ambiguïté géniale.
Les tentatives de modernité, à grands coups de téléphones portables et SMS, n’apportent rien de plus au récit, certains cadres sont embarrassants de ridicule et le penchant certain pour les effets spéciaux numériques finit par sombrer dans la surenchère déplacée, où comment Carrie pourrait presque être contactée par Nick Fury pour faire partie des Avengers. Destiné uniquement à faire peur aux fans de Paranormal Activity et autres incrédules qui ne semblent jamais avoir vu un film d’horreur de leur vie, Carrie la Vengeance est une énième baudruche Hollywoodienne, la tentative cynique et vaine d’exploiter une œuvre culte sans aucun travail de réflexion derrière.

Là où Sissy Spacek et le spectateur étaient dans un rapport passionnel, entre pitié et fascination tétanisantes, Chloë Grace Moretz ne provoque que l’ennui, ou au mieux le rire involontaire. Il ne reste plus à ce remake qu’à tomber dans les limbes de l’oubli, comme bien d’autres avant lui.

 

Carrie, la Vengeance – Sortie le 4 décembre 2013
Réalisé par Kimberly Peirce
Avec Chloë Grace Moretz, Judy Greer, Portia Doubleday
Timide et surprotégée par sa mère très pieuse, Carrie est une lycéenne rejetée par ses camarades. Le soir du bal de fin d’année, elle subit une sale blague de trop. Carrie déchaîne alors de terrifiants pouvoirs surnaturels auxquels personne n’échappera…

4 commentaires

  • Zolli mardi 26 novembre 2013 11 h 26 min

    Absolument pas d’accord, encore une fois, avec cette critique!!! J’ai eu la chance de voir le film en VOSTFR et Chloé Grace Moretz est abolument bluffante.Certes le film manque d’originalité dans son scénario, mais il faut arrêter de dire que c’est une grosse bouse.

    Vous devriez peut-être arrêter de faire des critiques, parce que sa devient assez redondant, dès qu’il s’agit d’un remake, d’un reboot, d’un film de super héros, bref tout ce qui n’est pas français, c’est à chier!!!

    J’ai vraiment adorer ce remake et je le conseil vivement,pour Cloneweb…arrêter de faire des critiques !!!

  • Marc mardi 26 novembre 2013 11 h 37 min

    “Tout ce qui n’est pas français” ?!

  • Xidius mardi 26 novembre 2013 11 h 41 min

    “Dès qu’il s’agit d’un remake, d’une suite, de super héros…”

    On a dit du bien de Evil Dead, de Oz, d’Iron Man 3 ou de Thor 2 cette année. Des films loin d’êtres français d’ailleurs.
    (mais peut être ne lisez vous pas CloneWeb et venez juste cracher pour défendre Carrie.)

  • Gabrielle mardi 26 novembre 2013 12 h 45 min

    Je regarderai ce nouveau volet de Carrie qui me semble être un assez bon remake!

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