Première édition du Dublin Chinese Film Festival cette année en Irlande, en collaboration avec le Dublin Chinese New Year Festival.

Pour marquer l’évènement, quelques courts discours d’ouverture, dont celui du réalisateur Jim Sheridan, fervent amateur de cinéma chinois ont précédé la séance. Après la réception des ambassadeurs de Chine à l’Irish Film Institute, les organisateurs du festival nous proposèrent donc d’ouvrir les hostilités avec Bodyguards & Assassins (qui sort justement en DVD en France demain 8 février).

Avant de parler du film en lui-même, j’aimerais remercier Declan Hayden, chargé de la presse, et Geoff Power, directeur du festival, pour leur accueil et leur amabilité, et surtout, leur courage pour avoir lancer cette initiative.
Si par hasard vous vous trouvez dans les environs de Dublin ces prochains jours, n’hésitez pas à vous renseigner.

Bodyguards & Assassins – sortie en DVD et Blu-ray le 8 février 2011
Réalisé par Teddy Chen
Avec Donnie Yen, Xueqi Wang, Tony Leug Ka Fai
Au début du XXe siècle, un groupe de révolutionnaires chinois se préparent à accueillir le leader nationaliste Sun Yat-sen. Ce dernier doit rencontrer les 13 représentants des différentes provinces de Chine afin d’organiser le soulèvement qui mènerait à l’instauration de la République. Cependant, les partisans de la dynastie des Qing ne l’entendent pas de cette manière…

Bodyguards & Assassins a un titre des plus alléchants pour les amateurs de films d’arts martiaux. C’est aussi un film qui prend des risques. En faisant le choix de diviser son film en deux parties distinctes, le réalisateur joue sur plusieurs tableaux. En effet, la première heure est presque uniquement consacrée à l’exposition de la situation historique, son étoffement, et au développement de ses personnages, tandis que la deuxième heure se révèle être une immense course contre la montre, illustrant alors son titre de brillante manière.

L’installation de l’intrigue est relativement rapide: en quelques minutes, l’importance de la réunion des leaders révolutionnaires est mise en place, et un compte à rebours réparti sur quelques jours fait monter discrètement la tension. C’est surtout à ça que sert le premier acte, faire comprendre avec insistance au spectateur toute la gravité de l’enjeu. Certains pourront ainsi reprocher une tendance à en faire trop dans l’écriture, voire la sur-écriture des faits, mais je dois bien avouer que lorsque le deuxième acte a démarré, j’étais à point pour m’en prendre plein les mirettes. Principalement bavardes, les soixante minutes qui ouvrent le métrage s’attardent également sur les personnages, ce qui nous amène à l’autre petit défaut du script: la volonté de rendre les acteurs de l’action attachants sans vraiment y parvenir. La faute surement à des histoires personnelles traitées sans la moindre subtilité et qui ne lésinent pas sur le pathos. On aura alors droit à toutes les excuses: bravoure de la jeunesse, vengeance personnelle, accomplissement de sa rédemption, amitié serviable, etc., pour finalement recaler la plupart des révolutionnaires simplement motivés par l’idée d’une Chine nouvelle au rang de figurants. Le réalisateur fait par ailleurs preuve d’une étrange tendance aux mouvements de caméra purement gratuits pendant les scènes de dialogue, choix bien dommageable car ne participant absolument pas à l’immersion du spectateur.

Tout ça, c’est bien gentil me direz-vous, mais qu’en est-il de l’action ? La première scène de combat dans la première heure, totalement illisible car manquant gravement de points de repères visuels, n’est pas très encourageante. Toutefois, et pour mon plus grand plaisir, toute la deuxième partie du métrage consacrée à l’heure durant laquelle les gardes du corps doivent protéger Sun Yat-sen des assassins jouit d’une mise en scène beaucoup plus aérée, et qui semble s’améliorer à chaque minute. Toute une heure sous le signe de l’action aurait pu se révéler casse-gueule et finir en catastrophe narrative. Et bien rassurez-vous, ça n’est pas le cas: Teddy Chen parvient à tenir son rythme de manière très efficace, alternant combats à mains nues et courses poursuites effrénées. Parmi les plus grands moments de bravoure, citons un Donnie Yen en forme, poursuivi et malmené par un adversaire impressionnant de rage, quoique cette séquence magistralement mise en scène soit accompagnée d’un morceau de métal jurant totalement avec la musique traditionnelle lorgnant vers l’épique qui occupe le reste du film. Le personnage, certes un peu facile, de Maître Liu quant à lui, se jette dans une mêlée sans pareille aux chorégraphies splendides. Sans doute entrainé par l’euphorie, Chen se permet quelques percées vers les combats irréalistes en octroyant des exploits inhumains à ses personnages, mais il faut bien reconnaître que c’est tellement bon qu’on lui pardonne sans peine.

Bodyguards & Assassins s’inscrit dans la volonté et l’ambition contemporaine du cinéma chinois de revisiter son histoire et d’en glorifier les meilleurs instants. Dans cette optique, il est aisé de comprendre pourquoi l’enjeu de l’intrigue est mis en avant parfois à outrance. Quoiqu’il en soit, la tenue du récit dont fait preuve Chen avec un tel postulat de départ mérite que chacun donne sa chance au film, qui ne manque pas de générosité. S’il est surement trop tard pour envisager une sortie cinéma en France, le film sera disponible en DVD et Blu-ray dans les prochains jours. À très bas prix sur les sites anglophones, si vous maîtrisez l’anglais.

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