Le premier des deux films consacré à Blanche Neige sort demain sur les écrans.

Le premier, ce n’est pas celui avec Kristen Stewart et réalisé par un Rupert Sanders piquant des plans au Seigneur des Anneaux de Peter Jackson. C’est celui, très coloré, de Tarsem Singh avec notamment Julia Roberts en méchante reine et Lily Collins en héroïne pas badass, elle.

C’est aussi celui qui s’appelait Mirror Mirror en version original.

 

 

Blanche Neige (Mirror, Mirror) – Sortie le 11 avril 2012
Réalisé par Tarsem Singh
Avec Julia Roberts, Lily Collins, Armie Hammer
Lorsque son père, le Roi, meurt, Blanche Neige est en danger. Sa belle-mère, cruelle et avide de pouvoir, l’évince pour s’emparer du trône. Quand la jeune femme attire malgré tout l’attention d’un Prince aussi puissant que séduisant, l’horrible marâtre ne lui laisse aucune chance et la bannit. Blanche Neige se réfugie alors dans la forêt… Recueillie par une bande de nains hors-la-loi au grand cœur, Blanche Neige va trouver la force de sauver son royaume des griffes de la méchante Reine. Avec l’aide de ses nouveaux amis, elle est décidée à passer à l’action pour reconquérir sa place et le cœur du Prince…

 

On ne se mêle pas seulement les pinceaux en France. Alors qu’il y a quelques mois de ça, on riait devant la situation grotesque que nous ont offert Yann Samuel & Christophe Barratier en nous faisant leur gueguerre des Boutons respective, Hollywood s’y met aussi et nous oppose deux visions radicalement différentes du célèbre conte de Blanche Neige. A ma gauche, Mirror Mirror de Tarsem Singh, version colorée et joyeuse du conte.
A ma droite, Snow White & the Huntsman de Rupert Sanders, penchant plus dark-fantasy de la chose.
Evitant d’embrouiller les spectateurs en différant la sortie des films de plusieurs semaines contrairement à ce qu’on a pu voir en France, les studios commencent leur duel de princesses par la version de Tarsem Singh, réalisateur indien revenu de ses horribles Immortels et qui prend le conte très au sérieux. Enfin, au sérieux, c’est une façon de parler.

Tarsem Singh nous avait pour le moins déçu avec son 300 déguisé quand on repense aux fresques graphiques démentielles de The Fall, l’idée de le voir sur un conte pur et dur comme Blanche Neige avait de quoi ravir. Il nous surprend une fois encore tant on ne s’attendait pas vraiment à une telle vision de la chose, encore une fois très différente de ce qu’il avait pu nous offrir auparavant. Pour ainsi dire, le début du film a le mérite de nous plonger de fort belle manière au cœur du projet de Tarsem : on y voit la fameuse Reine impitoyable jouée par Julia Roberts devant un kaléidoscope géant orné d’un cristal dans lequel fane une rose en dessin animé. Difficile de ne pas y voir un clin d’œil direct à la Belle et la Bête version Walt Disney, d’autant que le message va vite devenir clair quand la caméra va littéralement rentrer dans l’imposante machine pour nous offrir un prélude aux mésaventures de Blanche Neige avec des sortes de marionnettes en porcelaine. Difficile aussi de ne pas voir dans cette introduction tout le projet du réalisateur tant celui ci est présenté de manière limpide : le cinéaste veut redonner au conte toute sa force d’émerveillement en plongeant son film dans l’atmosphère d’un bon vieux Walt Disney, avec un vrai caractère dessin animé. Sans pour autant accomplir une fusion des genres digne d’un Speed Racer, ce Mirror Mirror va donc effectuer un retour aux sources qui va s’avérer payant, pour ne pas dire vivifiant.

Alors que la mode actuelle est aux relectures romantico/sombres de contes et mythes célèbres, le parangon d’atermoiements amoureux qu’est Twilight ayant conduit à une version calamiteuse du Petit Chaperon Rouge, Tarsem Singh intime à travers son Blanche Neige un retour à l’enfance et à l’innocence originale des contes, celle qui se voit confrontée à des forces obscures et finit par en vaincre grâce à la raison et la morale.
C’est cette quête de l’innocence, confrontant comme toujours le bien contre le mal, qui est au cœur de ce Blanche Neige et y est traité avec un certain classicisme, presque celui qui alimentait les versions animées berçant nos enfances. A travers sa princesse candide et d’une pureté absolue, son prince vaillant et toujours prêt à servir sa demoiselle ou encore sa méchante sorcière manipulatrice et machiavélique, Blanche Neige revisite le conte à sa plus simple expression en prenant cependant le soin de s’en amuser gentiment sans tomber dans la moquerie pure. En inversant certaines situations éculées et en détournant allègrement certains codes bien installés, Tarsem Singh donne un brin de nouveauté à la chose histoire de justifier cette nouvelle version, donnant lieu à certains instants de folie passagère assez réjouissants et bien dosés. Ne vous fiez pas à la bande annonce les condensant tous en plus de passages absents du montage final, ce Blanche Neige n’est pas une comédie criarde et hystérique mais bel et bien un conte à l’ancienne, contenant ça et là quelques écarts de conduite plutôt bien sentis.
Tarsem Singh était connu jusqu’alors pour être un réalisateur capable de mettre des étoiles dans les yeux par la puissance visuelle de ces plans et même si on atteint pas le niveau d’hallucination d’un The Fall, le cinéaste livre tout de même une copie bien plus honorable que les Immortels. Non pas que tout soit parfait, comme en témoignent certaines fautes de gout et excentricités graphiques pour le moins perturbantes (la première robe de l’héroïne est pour ainsi dire odieuse), mais certains décors valent le détour et le tout s’avère suffisant travaillé et coloré pour donner un aspect se réclamant d’une esthétique dessin animé. Que ce soit dans l’orchestration des lieux extrêmement précise dans laquelle il est vite aisé de se situer, ou dans les tons choisis, l’impression de baigner entre film et dessin animé demeure, surtout quand le cinéaste emploi les images de synthèse pour mettre en scène certains créatures dont on taira le nom pour garder la surprise, mais qui semblent bel et bien sorties directement d’une planche à dessin.
Force d’admettre que le Tarsem de The Fall a définitivement disparu dans le sens où la recherche de décors naturels spectaculaires a ici cédé la place au tout numérique, mais le résultat n’en est pas moins chatoyant et souvent joli.
Cette impression est d’ailleurs renforcée par la musique de Alan Menken, compositeur roi de l’écurie Disney qui prouve une fois de plus tout le talent de sa plume et offre une bien belle musique de circonstance, qui trouve toute sa place et son ampleur au sein de cette entreprise qui ne fait pas preuve d’une originalité flagrante.
On pourra aussi y reprocher certains gags un peu lourdingues, un remaniement de l’histoire empruntant pas mal à celle de la princesse Raiponce pas forcément nécessaire et peut être certains essais trop vite abandonnées (dont un générique de fin bollywoodien tombant comme un cheveu sur la soupe).
Il n’empêche que la ferveur qui anime le film pour retrouver les contes à l’ancienne comme on les aime fait beaucoup de bien, particulièrement ces temps-çi.

Vrai pied de nez aux tendances actuelles qui repousse les adolescentes aux hormones débordantes pour retrouver toute la candeur d’une douce et innocente princesse, Mirror Mirror rappelle que le conte tel qu’on l’aime et qu’il doit être reste avant tout destiné à un jeune public. Cela n’empêche personne de profiter du spectacle pour peu que vous soyez capable de retrouver votre âme d’enfant, pour une agréable surprise, joyeuse et qui ne réinvente pas la roue mais n’en reste pas moins charmante.

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