Sorti le 19 août dernier, Antigang n’a pas été montré à la presse. Si en général, c’est plutôt mauvais signe, nous avions pourtant confiance en Benjamin Rocher et en son casting.

Nous nous sommes donc rendu en salle ce week-end pour voir si la comparaison qui se fait sur les affiches avec le meilleur du cinéma d’action américain se tenait…

 

LA CRITIQUE

Le réalisateur français Benjamin Rocher roule tranquillement sa bosse dans le paysage cinématographique hexagonal. Après s’être essayé avec Yannick Dahan au survival horrifique avec (le sympathique et malheureusement décrié °La Horde et avoir tourné la première mi-temps de Goal of the Dead, délire footballistique avec des zombies, le voici aux manettes d’un comédie d’action, Antigang, la première en France à être réussie depuis très longtemps.

On va suivre une bande de flics bourrins emmenés par Jean Reno en vieux briscard et Alban Lenoir en jeune chien fou cherchant à coffrer une bande de braqueurs. Ils ont des méthodes peu commodes et surtout pas autorisées, comme celles d’emmener des battes de baseball lors de leurs arrestations, et vont avoir droit aux bâtons dans les roues d’un chef ayant le doigt sur la couture du pantalon porté Thierry Neuvic.

Le pitch est classique mais il va révéler son efficacité grâce à de très bons personnages, une bande de flics et de potes très réussie. Pourtant, ce n’était pas gagné. La première scène (une arrestation dans un entrepôt) ne fonctionne pas vraiment. Montée en guise de générique sur une reprise de Gabrielle de Johnny Halliday, elle se révèle foutraque. Et on se demande bien ce qu’on fout là. Heureusement, passé ce premier quart d’heure, les choses vont se mettre à changer et on va prendre du plaisir à les suivre, autant pour le coté action que pour la part de comédie insufflée au film. Benjamin Rocher et ses scénaristes François Loubeyre et Tristan Schulmann ont passé en revue leurs buddy movies américains préférés et fait du personnage porté par Alban Lenoir (vraiment génial, la révélation du métrage) une sorte de mix entre Martin Riggs et Axel Foley. On rit à gorge déployée à son humour.

Reno, lui, est plus en retrait. Le comédien, 67 ans quand même, retrouve enfin un vrai rôle de flic, ce qui ne lui était pas arrivé depuis Les Rivières Pourpres et sa suite, et il semble avoir du mal à tenir la longueur dans les scènes d’action, ce que Rocher planque en le cadrant de manière à ce que ça se voit le moins possible et en lui mettant dans les mains une arme automatique dans la grande et incroyable scène de fusillade tournée autour de la Bibliothèque Nationale, à Paris.

A la manière d’un Arme Fatale, justement, le film oscille perpétuellement entre action et comédie, donnant la sensation d’avoir le cul entre deux chaises. Il faut dire qu’Antigang n’est pas un projet original. C’est le remake à l’identique d’un film anglais sorti discrètement en 2012 et intitulé The Sweeney avec Ray Winstone à la place de Jean Reno, Ben Drew vu dans Ill Manors et Haley Hatwell. L’original, beaucoup plus noir dans sa tonalité, est lui-même l’adaptation cinéma d’une série à succès en Angleterre racontant les aventures d’une brigade volante anglaise dans les années 70. Rocher y ajoute donc l’humour mentionné. Les films étant vraiment identiques, l’ajout sonne parfois comme artificiel mais fait toujours mouche. Enfin, et pour terminer sur la comparaison, Antigang se révèle mieux filmé. La mise en scène de Benjamin Rocher est plus prenante, mieux découpée, et certains plans sont bien mieux éclairés (dont un très joli passage à la fin filmé à travers la lumière d’un gyrophare). Dommage que, contrairement à son homologue anglais, le film n’ait pas une grande scène d’action finale.

Au final, Antigang est un film qui fait plaisir à voir, surtout de la part d’un réalisateur français. Plus proche d’une comédie d’action américaine que d’un polar à la Fred Cavayé ou Olivier Marchal, pied de nez aux productions Europacorp mal fichues, le film de Benjamin Rocher est un vrai divertissement du dimanche soir qui se reverra avec plaisir.

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