Chaque nouveau long-métrage de Robert Zemeckis est un évènement. Et pour cause, le réslisateur est capable de tourner avec autant de brio une saga évoquant le voyage dans le temps et devenue culte, un huis clos sur une île déserte, ou l’adaptation en performance capture d’un poème anglo-saxon datant du septième siècle.

Le voici de retour avec un film d’espionnage réunissant rien de moins que Brad Pitt et Marion Cotillard : Alliés.

 

LA CRITIQUE

Il y a tout juste un an, la planète geek s’en donnait à cœur joie pour célébrer l’anniversaire de Retour vers le Futur 2, et la concordance avec la fameuse date à laquelle son héros Marty débarque dans le futur.
Un phénomène supporté massivement par les grandes instances et les médias, si bien qu’il était difficile de passer à côté de cet élan collectif pour l’œuvre de Robert Zemeckis. Là où ça devenait plus étrange, c’est que le même réalisateur sortait au même moment son nouveau film The Walk, tiré d’une histoire vraie et offrant une 3D ultra immersive comme on en voit peu. Logiquement, on pourrait penser que le même mouvement populaire, clamant son amour pour le travail du cinéaste, se déplacerait pour voir son dernier fait d’arme. Que nenni, niet, rien, nada, The Walk fût un petit échec en salles, se rentabilisant à l’international sans faire de remous nulle part. Zemeckis n’est plus à un tôlé près, lui qui a dû fermer son studio de performance capture sur lequel il était un pionnier, et comme il n’a jamais été question pour lui de suivre les modes, le voilà qui débarque un an plus tard avec Alliés, un film d’espionnage durant la seconde guerre mondiale !

Robert Zemeckis, aussi insaisissable qu’un espion ?

Si certains attendent chaque nouveau film de ce vénérable artisan comme une opportunité de plus de le voir innover et repousser les limites du 7ème Art dans quelques séquences virtuoses, Alliés risque de les décevoir tant le metteur en scène de Forrest Gump revendique ici un classicisme presque anachronique, chargé de romantisme et de suspense à l’ancienne.
Quoi de plus normal d’un côté, puisqu’il est question d’un film d’époque avec un couple d’espions dont l’amour va être perturbé par les doutes de Monsieur à propos de Madame.
A l’image du scénario de Stephen Knight, d’une économie et d’une simplicité presque rafraichissantes, la mise en scène ne donne jamais dans de grands élans techniques renversants comme ce cher Bob nous y a habitués récemment. Au contraire, le découpage s’avère pondéré et fait la part belle aux longs plans dans un scope classieux qui permet au réalisateur de jouer sur les cadrages à tout va pour mettre en abîme les doutes qui rongent la relation centrale.
Pas besoin de revenir sur l’amour que porte Zemeckis pour les jeux de miroir, qui sont bien évidemment de la partie étant donné le sujet. Pour autant, la composition des plans est constamment au service de cette thématique des faux semblants et du jeu sur les apparences, le moindre champ/contre-champ reflétant la perception des personnages et leur rapport avec l’autre.
Cette grammaire visuelle élégante sait donc se faire le vaisseau des enjeux scénaristiques et élève sans en avoir l’air le style direct et sans fioritures du script.

D’ailleurs, on ne peut pas dire que le film tourne autour du pot. Dès leur première rencontre, les agents joués par Marion Cotillard & Brad Pitt doivent jouer un rôle vis-à-vis de l’autre, faussant immédiatement leur premier rapport. Durant la mission qui s’en suit, chacun de leurs faits et gestes est calculé pour parfaire l’illusion d’une identité qui n’est pas la leur, plongeant d’emblée le spectateur dans le doute et au cœur du la problématique de la double identité.
Un jeu du chat et de la souris qui permet d’ailleurs à Zemeckis de faire son mea culpa pour l’une des critiques principales concernant son précédent film The Walk, où l’accent de Joseph Gordon Levitt parlant français n’avait rien de naturel et faussait complètement le personnage qu’il était censé jouer. Surprise ici : Brad Pitt parle français à moult reprises, sauf qu’ici l’accent est assumé, et Cotillard ne perd pas une occasion pour s’en moquer en mission quand le bougre est censé se faire passer pour un parisien. A la manière d’un Inglourious Basterds, Alliés prend pleinement en compte les différentes langues de l’époque avec également quelques répliques en allemand, et le voir en VF serait une fois de plus une aberration totale tant la fidélité historique est de mise.
D’ailleurs, la reconstitution est des plus soignées et le film retranscrit notamment l’alerte permanente de ces temps obscurs avec force, les alertes bombardements et le climat anxiogène faisant le sel de plusieurs séquences.

Globalement, on est presque face à un thriller hitchcockien dont les tenants et les aboutissants semblent là pour faire monter la tension au maximum afin de tenir le métrage sur son seul suspense.
La surprise générale vient pourtant de l’émotion qui s’en dégage, les protagonistes restant humains derrière leurs masques. Le sacrifice psychologique, les aléas de la guerre et les tragédies de son quotidien sont autant d’éléments qui font partie intégrante d’un scénario qui s’avère de plus en plus délicat au fur et à mesure qu’il révèle ses secrets, sans jamais perdre de son charme.
Ainsi, Alliés a beau avoir tout du projet presque trop facile, il n’oublie pas d’avoir un cœur qui bat, et c’est finalement ce qui en fait toute sa beauté.

Réalisé rapidement, avec classe et efficacité, Alliés risque de décevoir bon nombre de gens par son caractère old school, son rythme assez lent et l’absence de séquence choc.
Presque anti-spectaculaire, le nouveau film de Robert Zemeckis se focalise avant tout sur son duo principal solidement incarné, et l’évolution d’une relation ambigüe.
En ressort une production solide qui remplit ses promesses avec une aisance certaine, même si il faut bien admettre que le tout ne fait jamais d’étincelles pour autant.

Alliés, de Robert Zemeckis – Sortie le 23 novembre 2016

3 commentaires

  • dovidae Conan mercredi 23 novembre 2016 1 h 24 min

    Alliés est un artefact démodé, à l’ancienne mais avec un boom, dans lequel Zemeckis démontre une fois de plus son expertise en racontant des histoires avec une finition formelle exquise. merci.

  • airwalk lundi 5 décembre 2016 15 h 41 min

    Moi je trouve que Marion Cottillard a raison de défendre les couleurs de la France dans ce film extrêmement fort sur l’occupation allemande surtout que madame Cottilard se donne un mal fou a se séparer de son image de bonne amie du super chauffeur de taxi marseillais (drôle?), allez y c’est vraiment très bien!

  • Manu46 dimanche 19 février 2017 18 h 51 min

    Excellent film. Du grand cinéma. Deux très bons acteurs, du talent pur. Ce film n’est pas un film d’action, même si cela se passe dans un contexte de guerre et d’espionnage, ce qui peut expliquer les déceptions de certains. C’est une histoire d’amour simplement, dans la lignée du “secret” avec Cécile de France et Patrcik Bruel, de “Out of Africa”, ou encore ‘Titanic”. Donc ne pas confondre le genre, ne pas aller voir pour l’action, il y en a peu. Les jeux d’acteurs sont époustouflants, comme on peut s’y attendre avec ces deux césarisés, qui ne démentent pas le talent qu’on leur porte. Le film est magnifiquement amené, tourné, et joué. Une très belle tranche de cinéma, qui vaut le déplacement en salle. Il est fort probable que ce film soit primé.

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