Depuis le 19 novembre, se tient au Gaumont Opéra le Paris Internation Fantastic Film Festival (ou PIFFF). Vous pouvez y découvrir jusque dimanche des films fantastiques dont, ce vendredi soir, l’indispensable Hentaï Kamen Forbidden Super Hero qu’Arkaron évoquait en vidéo dans CloneWeb l’Emission spéciale Neuchâtel.

Le festival s’est ouvert, en présence d’Alex de la Iglesia, sur ses Sorcières de Zugarramurdi et a également diffusé ce qui sera sans doute la seule projection en salles de Byzantium de Neil Jordan, le film finissant en DVD.

Jean-Victor compte bien y passer le weekend et a commencé par un long métrage au titre prometteur : All Cheerleaders Die.

 

LA CRITIQUE

Lucky McKee et Chris Sivertson représentent bien cette génération de réalisateurs fantastiques indés qui ont eu du mal à se faire au moule hollywoodien et se sont toujours battus pour un cinéma libre et anti conventionnel. Rien de très étonnant donc à les voir réaliser aujourd’hui All Cheerleaders Die, remake de leur tout premier film tourné il y a 12 ans en vidéo et auquel ils souhaitaient faireun écrin plus propre afin de donner au film toutes ses chances pour acquérir un statut digne de ce nom.
Quoi de plus normal pour une histoire de pom-pom girls revanchardes ?

All Cheeleaders Die profite d’emblée de la liberté artistique de ses auteurs pour être le film pop légèrement bourrin auquel il prétend, comme le prouve une introduction en found footage amusante. Avec un côté ultra girl power qui ne lésine pas sur l’amour inconditionnel d’une pom pom girl pour la bitch attitude et les chorégraphies lascives façon clip de r’n’b douteux, l’ambiance teen movie hystérique est assurée d’entrée, tout comme la transgression décomplexée au détour d’un gag de fin de séquence aussi tragique que succulent.
Cruels car prochent de leurs personnages et d’un certain sens du réel, McKee & Sivertson assument cette volonté de mélange des genres, avec un fantastique au premier abord un peu superflu, mais qui va vite gagner en puissance pour emmener l’œuvre dans une direction plus corrosive.
En cela, le film remplit parfaitement son rôle de divertissement horrifico/rigolo, avec ses scènes de meurtres jouissives, une imagerie colorée façon MTV qui ne fait aucun doute sur le public ciblé, sa bande son rock’n’roll à souhait ou ses actrices toutes plus jolies les unes que les autres.
Mais sous ses airs d’énième produit d’exploitation inoffensif à destination d’ados un rien voyeurs venus se rincer l’œil et se fendre la poire, All Cheerleaders Die use de son intrigue pour prendre le schéma classique à contre-courant…

Ceux qui ont vus The Woman savent à quel point Lucky McKee est un réalisateur au point de vue affirmé quand il s’agit de la femme. Après avoir explosé la famille américaine typique et ses névroses déviantes et machistes, le remake de son premier travail prend sens quand on voit combien nous avons à faire à un film féministe. Les deux cinéastes ne ménagent pas leurs héroïnes, et leur renvoient la dure réalité en pleine trogne : les cheerleaders du titre cachent de lourds secrets, qui ne sont que la partie cachée de l’iceberg, soit une société qui prend ces dames pour un objet et lui en fait voir de toutes les couleurs pour qu’elle reste à sa place. Même entre elles, les demoiselles ne sont pas toujours tendres, ce qui permet au film d’acquérir une vraie justesse dans le traitement, jamais totalement noir ou blanc avec son sujet pour lui donner de la matière.
Pourtant, il est bien question d’une remise en cause de la balance, où comment des pom-pom girls, icône rabaissante s’il en est, sont croisées avec une autre figure mythologique et « maléfique » féminine pour reprendre leurs droits. Cela se ressent au sein de l’intrigue, dans laquelle les garçons aussi virils que ridicules sont détestables et vont en voir de toutes les couleurs dans une vengeance salvatrice. Surtout, cette démarche est transgressive dans un genre comme le film d’horreur pour ados, souvent cantonné à une vision assez basse de la femme, là juste pour se montrer nue avant de se faire dézinguer la tronche sans conséquence parce que bonne mais conne.
Sans jamais négliger le plaisir du public tout en le mettant réellement du côté féminin pour mettre les bouchées doubles sur ces messieurs, All Cheerleaders Die change la donne et rétablie un peu d’équilibre dans un domaine souvent nauséabond. Tout dans son esthétique appelle à des codes connus de tous pour se faire classique et confortable, afin de mieux bousculer les règles pour mieux balancer son coup de talon dans l’entrejambe. Ça peut paraître minime, mais c’est largement suffisant pour louer le projet.

Quand les héroïnes de Lucky McKee & Chris Sivertson dégomment les idées préconçues d’un genre trop souvent machiste, le résultat est forcément salutaire. Certes, All Cheerleaders Die accuse quelques ratés dans sa conception et ses envies de liberté se traduisent parfois par un foutoir filmique légèrement difforme. Cela ne l’empêche cependant pas de faire mouche tant le film ne tombe jamais dans la facilité ou la complaisance tout en faisant tout pour garder intact la force de ses intentions dans un enrobage de produit pop et fun. Une remise au goût du jour louable, pour une œuvre qui mérite plus que jamais de trouver un public le plus large possible pour avoir un impact à la hauteur de sa démarche.

 

All Cheerleaders Die (2013)
Réalisé par Lucky McKee, Chris Sivertson
Avec Caitlin Stasey, Sianoa Smit-McPhee, Brooke Butler, Amanda Grace Cooper
Une lycéenne rejoint l’équipe de pom-pom girls et part bientôt dans une croisade violente et surnaturelle contre les garçons de l’équipe de football…

3 commentaires

  • Kanor vendredi 22 novembre 2013 21 h 00 min

    Est ce que quelqu’un connais le titre de la chanson à la fin de la bande annonce?

  • Nwoodrow samedi 23 novembre 2013 12 h 58 min

    Look Out Young Son de Grand Ole Party :)

  • Kanor dimanche 24 novembre 2013 23 h 03 min

    Super! merci :)

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