Critique : A Ghost Story

Adulé par les critiques étrangères, récompensé de trois prix au Festival de Deauville, A Ghost Story sortira dans les salles le 20 décembre prochain.

Le film de David Lowery avec Casey Affleck et Rooney Mara aura également l’honneur de faire l’ouverture ce mardi 5 décembre du Paris International Fantastic Film Festival qui se tiendra pendant cinq jours dans la belle salle du Max Linder.

 

LA CRITIQUE

Révélé au monde avec son deuxième long-métrage Les Amants du Texas, David Lowery a tôt fait de transcender son statut de petit réalisateur américain labellisée Sundance puisqu’il passa directement par Disney ensuite afin de réaliser le remake de Peter & Elliot le Dragon.
Vendu le bonhomme ? Et bien non ! Déjà parce que le résultat était plutôt joli et valait réellement le coup par rapport à l’original contrairement au reste de la production live issue de chez Mickey, et surtout parce que ça ne l’a pas empêché de renouer avec ses origines plus modestes par la suite avec A Ghost Story. Tourné en secret pour une somme dérisoire (environ 100 000$), le film cartonne partout où il est présenté, raflant in extrémis une sortie française digne de ce nom suite à son succès au dernier festival de Deauville. Et qu’est-ce qu’elle peut bien avoir de si spécial cette histoire de fantôme ?

On ne peut pas dire que A Ghost Story mente sur la marchandise tant tout est dans le titre !
Plus précisément, il est question d’une jeune femme dont le mari va disparaître tragiquement suite à un accident. Et le fantôme du titre, c’est précisément cet homme, qui va revenir pour suivre de façon invisible l’évolution de sa moitié dans l’épreuve du deuil.
Un concept somme toute très simple, mais tout aussi évocateur, tant le film parvient à transmettre énormément d’émotions, et à véhiculer plusieurs thématiques lourdes de sens, sans jamais en faire des caisses. A l’image de ce fantôme qui est concrètement à l’écran un homme recouvert d’un grand drap blanc, ce qui le ferait presque passer pour Michael Myers à une paire de lunettes près, la mise en scène de David Lowery suit la reconstruction de cette jeune femme à travers les différentes étapes du deuil. La présence du dit fantôme trouve tout son intérêt dans la puissance évocatrice phénoménale qui se dégage des images présentées, traduisant visuellement ce qui a disparu pour elle sans l’ancrer réellement dans le décor. Une idée de fantastique qui fonctionne dans les deux sens, car même si le fantôme ne peut rien exprimer sur son grand visage blanc marqué de deux trous noirs, on projette à travers lui toute la détresse de cette âme disparue qui aimerait tant réconforter sa douce, tout en dégageant une immense tristesse concernant la situation.

Quelque part, un film comme A Ghost Story fait un bien fou pour la simplicité qu’il revendique, preuve de la compréhension par son réalisateur du pouvoir des images et des symboles qu’il véhicule. En cela, les 45 premières minutes du film, centrées sur cette idée de couple sur 2 dimensions, s’avèrent très belles par la justesse des situations qu’elles présentent, n’ayant pas peur de s’épandre sur certains passages, notamment un plan fixe sur plusieurs minutes sur Rooney Mara qui mange un gâteau… Lowery possède ce sens de la vie et de l’universel, parvient à dépeindre des situations crédibles auxquels on s’identifie instantanément, et dépasse le simple cadre de son duo de personnages pour parler de la perte d’un proche en général, qu’importe son origine.

Là où ça devient plus compliqué, c’est qu’une idée simple doit être alimentée abondamment pour tenir un long-métrage entier. Et de ce point de vue-là, A Ghost Story peine à surprendre. L’évolution du récit est somme toute extrêmement logique, et la deuxième partie du film prolonge son concept de façon tout aussi poétique que le début, pour aller jusqu’au bout des choses.
Cela étant, le ressort narratif utilisé prend du temps à l’écran et finit par sentir le gonflage de scénario afin d’assurer la durée réglementaire de 1h30, sans égaler la finesse de ses débuts.
Non pas que les scènes soient inutiles, mais la logique que le film entretient est assez claire quant à sa finalité, et il semble étirer un peu son 3ème acte inutilement plutôt qu’aller à l’essentiel comme il l’a si bien fait au démarrage. On peut même se dire que le tout aurait été parfait en moyen métrage, mais ce serait être un peu dur envers une œuvre envoûtante et dont certaines scènes semblent touchées par la grâce.

Avec pudeur, subtilité et une esthétique aussi dépouillée qu’évidente, David Lowery offre une Ghost Story mélancolique à souhait. Les conditions de production modestes ne se ressentent pas devant la beauté de la lumière, les images fortes s’enchaînent dans une moitié film qui confine au sublime, et que la trop grande gourmandise de l’entreprise n’entache pas tellement. Un voyage étonnant qui va droit au cœur, et confirme la voix étonnante d’un réalisateur qui s’émancipe de l’étiquette de Malick bis qui lui collait à la peau jusque là.

A Ghost Story, de David Lowery – Sortie le 20 décembre 2017



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