Sur CloneWeb, on aime bien dépoussiérer les placards de temps en temps, enfin ranger un peu quoi, histoire de s’y retrouver dans nos archives.

Coup du sort ou coïncidence, le grand nettoyage d’hiver nous a amené à retrouver un vieux courrier qui nous avait été envoyé par l’une de nos fidèles lectrices en 1964!
Nous avons relu cette lettre pleine d’énergie et de sincérité, et avons décidé de vous la faire redécouvrir en ce Noël 2010. Notez que nos annotations datent d’aujourd’hui, et non de l’époque. La voici dans son entier…

« Chers rédacteurs de CloneWeb,

Je m’appelle Anne O’Neam, et vous lis très régulièrement avec grand plaisir. Cependant, je vous adresse aujourd’hui ce courrier afin d’exprimer ma déception. En effet, un film fort peu médiatisé et ma foi fort peu recommandable vient de sortir, et a semble-t-il échappé à votre suivi attentif de l’actualité du cinéma américain (ndlr: est-ce bien possible?). Certes, nos amis d’outre-atlantique nous gratifient de très nombreuses séries B, cependant, il me semblait important de souligner à quel point nos amis et alliés sont tombés bien bas lorsqu’il s’agit aujourd’hui de produire des divertissements grands publics et plus particulièrement destinés aux enfants.

Je veux bien entendu parler du film Le Père Noël Contre les Martiens (Santa Claus Conquers the Martians), réalisé par Nicholas Webster, avec entre autres John Call, Leonard Hicks, Vincent Beck et Bill McCutcheon. Je recopie ci-dessous le synopsis:
”Les fêtes de fin d’année approchant, les programmes télévisés consacrés au Père Noël se font de plus en plus nombreux. Le problème, c’est que les enfants martiens semblent hypnotisés par ces émissions terriennes, à tel point qu’une vague de comportements inhabituels envahit l’ensemble de la jeune population martienne. Désemparés, les grands guerriers de Mars, menés par le vaillant Kimar, prennent la décision de se rendre sur Terre pour capturer Santa Claus…”

Passons sur le concept (ndlr: il est pourtant très bien, ce concept…), et parlons tout de suite du traitement. Vous serez d’accord avec moi qu’une histoire, quelle qu’elle soit, trouve toute sa force évocatrice dans la façon dont elle est écrite et racontée ; et bien ce film fournit la preuve que même la plus fainéante des mises en scène peut être lourde de sens. Et ça commence dès la scène d’exposition!

Après un générique accompagné de choeurs d’enfants incroyablement harmonieux, Webster et Jacobson (le scénariste) nous présentent la manufacture du Père Noël… un Père Noël qui fume la pipe! La PIPE! Croyez-vous que c’est un exemple à donner aux jeunes spectateurs? Faire de leur idole un vieil ermite drogué un brin misogyne? Parce que oui, la pauvre Mère Noël, en plus de se contenter d’un rôle de figuration, passe pour une mégère castratrice (ouf! On a évité la boniche nunuche)! J’espère que la femme verra sa représentation évoluer, et que le 21e siècle marquera enfin la disparition du cinéma machoméricain (ndlr: on en touchera deux mots à notre pote Michael Bay).

La représentation des idoles est d’ailleurs particulièrement travaillée, et ce dans l’unique but de solidifier les symboles internes ou externes qui définissent les États-Unis. Ainsi, les Martiens sont l’image de « l’autre », de l’étranger qui ose venir mettre pied sur le territoire américain par pure jalousie. Notons à cet égard que leur convoitise est attisée par une sorte d’ancien, un sage spirituel à mettre en parallèle avec quelque superstition ou croyance irrationnelle, et qu’on oppose à la raison. Sous couvert d’une fable à la portée universelle sur l’enfance, Le Père Noël Contre les Martiens se fait illustration des maux sous-jacents de la société américaine, en témoignent ces images des forces armées, teintées d’une musique grandiloquente censée nourrir la flamme patriotique dans ces temps de guerre froide. Mais même au-delà de l’analogie au conflit qui ronge le monde, le film assimile sans peine Santa Claus à l’Amérique, dont tous les autres personnages sont tributaires (ou veulent la mort), faisant du Père ”Coca-Cola” Noël l’ultime objet de culte pour les jeunes enfants. Ajoutons à cela la tenue des martiens, rappelant les costumes des ”super-vilains” des comic-books, et leur fâcheuse tendance à être des ex-toxicos et des kidnappeurs, et l’on se retrouve avec le produit de conso-distraction type (ndlr: d’exploitation, même) de l’Amérique contemporaine sous le joug de sa propre image.

Je pourrais continuer longtemps sur ce film, en évoquant par exemple les multiples indices qui tendent à dévoiler une volonté de production massive des objets de consommation par des fabricants tiers, comme avec les lutins de Santa, ou la nourriture catégorisée et synthétisée des Martiens (ndlr: euh… je crois que je vais aller me faire un petit serré sur ma cafetière made in China). Et je ne vous ai même pas parlé du robot géant! (ndlr: un robot géant?! Où ça?).

Ainsi, je tenais à vous exposer mon avis sur ce film étant donné que malgré tout votre travail, vous aviez omis d’en parler. Salutations, et longue vie aux héros du cinéma, et au cinéma, notre héros.

Une fidèle lectrice »

Bon… tout est dit je crois. Vu qu’on est sympa à CloneWeb, on vous file des images et la bande-annonce aussi. Ah oui, et le film est tombé dans le domaine public. Vous n’aurez donc aucun mal à le trouver. Vous savez quoi regarder ce soir!

Le Père Noël contre les Martiens (Santa Claus Conquers the Martians)
Réalisé par Nicholas Webster
Avec John Call, Doris Rich, Leonard Hicks
Les Martiens ont kidnappé notre bon cher Père Noël, pour que les Terriens ne soient pas les seuls dans l’univers à recevoir des cadeaux…

2 commentaires

  • antonio lundi 27 décembre 2010 16 h 57 min

    d’apres la page wikipedia de cloneweb le site et fonde en 2002 donc sa colle pas!

  • Arkaron lundi 27 décembre 2010 22 h 32 min

    Selon Internet, Internet n’existait pas à l’époque. Donc ça colle pas!

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