Si cette année la proposition était assez faible du côté de la fiction, celui de documentaire offrait, pour sa part, une vision bien plus intéressante et passionnante des États-Unis face à ses propres contradictions et à ce qu’il cherche à ne pas voir.

Cartel Land de Matthew Heinemann et Welcome to Leith Michael Beach Nichols & Christopher K. Walker nous montrent ces aspects que l’Amérique préfère ignorer jusqu’à ce qu’ils lui explosent un jour à la figure, à la une de tous les journaux et repris en boucle sur les chaînes d’info en continu.

 

Cartel Land
Réalisé par Matthew Heinemann (2015)

Tout d’abord, rendons nous à cette frontière sud rendue tangible en un grillage fortifié, censé empêcher les immigrants clandestins venus du Mexique d’entrer aux États-Unis. Si ce sujet est bien un point abordé dans Cartel Land, il n’en est pas le propos central qui se déroule de l’autre côté, où dans la région centrale du Michoacán, José Mireles, un médecin généraliste, s’est mué en chef d’un groupe armé d’autodéfense pour lutter contre les cartels. Confronté à la violence des malfrats locaux et à l’inaction d’une police et d’un pouvoir politiques essentiellement corrompus, il ne lui semblait que cette issue pour agir et protéger ses concitoyens.

On se demande encore comment le réalisateur a pu accumuler autant d’images sensibles. L’ouverture de Cartel Land nous plonge directement dans le bain en suivant un groupe de trafiquants, masqués, tatoués et surarmés, préparant de la méthamphétamine en pleine nuit au milieu de la pampa mexicaine. Cartel Land est un documentaire exemplaire et sans concession. Certaines scènes sont incroyablement prenantes et criantes sur la situation catastrophique dans laquelle sont plongées ces provinces du Mexique. Nous avons le droit à quelques fusillades et arrestations musclées. Rien ne nous est épargné, dont les représailles sanguinaires des trafiquants sur les habitants qui refusent de se plier à leurs règles.

L’une des séquences les plus ahurissante arrivera assez tôt, avec ce groupe d’autodéfense venu dans un village arrêter des hommes d’un cartel, puis désarmé par l’armée officielle qui s’oppose à leur agissements, revendiquant qu’ils effraient la population. C’est alors que la dite population se soulèvera contre les militaires, les forçant à rendre les armes à la milice et à s’en aller sans tarder. Cependant, dans Cartel Land, il n’y aura aucun manichéisme. Aucun des protagonistes suivis par le documentaire n’est sans faille. Les idéaux de certains et le réalisme pragmatique d’autres engendreront des retournements de veste et des amitiés trahies. Le final n’est guère rassurant sur l’avenir sombre que réserve le trafic de drogue au Mexique, sachant que les armes de trafiquants s’achètent proviennent du même endroit où ils leur méthamphétamine est consommée : aux États-Unis.

Pour la fiction, le Sicario de Denis Villeneuve ne tombera loin de cette triste réalité.

 

Welcome to Leith
Réalisé par Michael Beach Nichols & Christopher K. Walker (2015)

À l’inverse de Cartel Land, partons pour le nord des États-Unis. Pour le Dakota du nord, pour être plus précis, dans la ville microscopique et sans histoire de Leith qui ne compte même pas plus de trente concitoyens. Un jour, Craig Cobb, un vieux bonhomme discret à la chevelure grise hirsute s’éprend de la bourgade et rachète autant de terrains qu’il peut. Cette initiative surprend en bien les habitants qui prennent connaissance de leur nouveau voisin qui investit dans leur localité. Ce ne sera que lors des premières réunions municipales qu’ils découvriront que Cobb est en réalité l’un des chefs les plus radicaux de groupes suprématistes blancs et néo-nazis américains. Son but avoué : établir à Leith les bases d’une grande communauté aryenne. Or, avec la quantité de terrains entre ses mains (qu’il compte attribuer à différents groupes racistes du même acabit), Cobb détient la majorité pour les décisions à Leith.

La tension et les conflits qui découleront de cette situation improbable seront assez glaçants. L’existence même de ces groupes racistes et leurs propos haineux ont de quoi nous surprendre. Ces derniers se protègent derrière la liberté d’expression évoquée dans le premier amendement de la Constitution américaine. Les saluts nazis et les plantés de drapeaux à croix gammées dans leur jardin est monnaie courante. On nous révèlera que Craig Cobb avait déjà tenté, peu avant, cette expérience d’implantation en Estonie, avant de se faire expulser du pays. Leur haine s’entretient dans une illusion totale de représenter une race blanche menacée et qu’il faille répondre par la violence et l’intimidation. En plus d’être dangereux, ces gens sont idiots, se trimbalant avec un téléphone ou un ordinateur portable pour enregistrer leurs confrontations avec les locaux qu’ils effrayent, pensant que ces images serviront de preuves à leur cause.

Vous connaissez Craig Cobb. Rappelez-vous, sur ce plateau de télévision, où un invité se revendiquant 100% caucasien se fait lire son test sanguin révélant une part d’origine africaine, tandis que sa voisine noire explose littéralement de rire. Craig Cobb est cette personne. Néanmoins, le plus terrible dans Welcome to Leith est qu’il fait écho directement avec la récente tragédie de Charleston, où un jeune suprématiste a assassiné neuf membres de l’église méthodiste épiscopale en pleine messe. Les États-Unis se voient encore pris entre le dévoiement de leur liberté d’expression et l’accès aux armes qui permettent encore à ces groupuscules de faire régner la terreur.

Cartel Land et Welcome to Leith, deux documentaires très recommandables pour explorer ces côtés sombres des États-Unis que le pays préférerait que l’on oublie.

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