Toujours plus de soleil et toujours plus de cinéma sur la Croisette.

Quatre nouveaux long-métrages à découvrir en ce quatrième jour avec le nouveau film de Nanni Moretti, un documentaire sur les coulisses du film le Mans et l’un des derniers Sono Sion découvert au Marché du film.
Une amplitude de cinéma propre au Festival de Cannes.

 

Cannes 2015, jour 4.

Mia Madre de Nanni Moretti
Sortie le 23 décembre 2015

Pour sa cinquième sélection officielle à Cannes consécutive, le cinéaste italien revient avec une comédie dramatique sur une réalisatrice de film incarnée par Margherita Buy tiraillée entre sa vie professionnelle et personnelle. D’un côté, l’arrivée d’un acteur américain excentrique menace l’accomplissement du tournage. De l’autre, sa mère est atteinte par une grave maladie qui passe ses jours à l’hôpital.

Ce sera presque immédiatement que Moretti prendra ses distances avec le genre dramatique en parodiant un tournage de long-métrage sur la crise économique en Italie. La réalisatrice s’imagine une grande artiste en s’en prenant à ses techniciens et donnant des indications farfelues à ses acteurs. Un ordre déjà instable que l’intervention de John Turturro viendra mettre par terre. Les délires et les frasques de la star américaine sont drôles au début, elles commencent à tourner en rond le temps que sa caractérisation s’étoffe un peu plus que le comédien prétentieux et mythomane qui n’arrive pas à retenir son texte. Cela dit, sa présence charismatique vampirisera à l’écran tout le reste du casting.

À l’opposé, quasiment sur un même pied d’égalité, nous avons cette histoire classique de famille où la mère va de plus en plus mal et que chacun craint de la voir partir trop tôt. On ne saura pas trop pourquoi Mia Madre n’a pas plus mis en avant ce récit plutôt que l’autre, car, sur la première heure, la mère passe au second plan. Moretti nous fait bien comprendre que l’idée que le travail semble plus important que la famille est faussée. Nous avons l’impression d’avoir deux films parallèles indépendants l’un de l’autre avec Margherita Buy, nous faisant le coup des vases communicants au final où l’émotion portée par l’histoire plus intime de la mère prendra naturellement le pas sur celle du tournage.

Nanni Moretti reste dans ses marques et offre un film gentil et un peu déjà vu chez lui, touchant au final mais sans plus.

 

Steve McQueen : The Man & Le Mans de Gabriel Clarke and John McKenna (2015)

Qui aurait supposé qu’autant de choses se soient passées dans les coulisses du long-métrage Le Mans avec en tête d’affiche Steve McQueen ? Gabriel Clarke et John McKenna se sont chargés de révéler ce qu’il s’est déroulé lors de la production houleuse de ce film de course automobile qui se rêvait d’être la référence du genre pour des générations.

Assez souvent, les histoires derrière les échecs des films qui portaient une grande ambition sont plus passionnantes que les films réussis en eux-mêmes. Lost in la Mancha, Jodorowsky’s Dune, ces documentaires sur des long-métrages jamais faits sont très parlants quand à la difficulté de réaliser un film que beaucoup de professionnels considèrent comme fous. Bien qu’il fut achevé dans la douleur, Le Mans fait partie de cette catégorie, car la vision absolue qu’en avait Steve McQueen (à l’origine du projet) n’a jamais été atteinte. Fan de course automobile, l’acteur producteur mit de côté intrigue et personnage pour ne se focaliser sur l’une des courses les plus vieilles et les plus rapides du monde. Ainsi commença la première partie du tournage sur le circuit du Mans, avec de vrais pilotes dans de vraies voitures, sans scénario… pendant près de deux mois.

McQueen qui était alors le “king of cool” cherchait à dépasser le Grand Prix de John Franckenheimer sorti en 1966 et avait marché (sans le savoir) sur son rêve de toujours. Les réalisateurs Gabriel Clarke et John McKenna sont parvenus à retranscrire l’orgueil de Steve McQueen dans leur documentaire. Il est regrettable que la personnalité forte de l’acteur ne soit pas assez caractérisée plus tôt dans le film pour mieux appréhender son mal être lorsqu’arriveront les compromis et les drames. La mise en place n’est également pas révolutionnaire et quelques digressions s’écartent un peu trop su sujet, appartenant plus à des souvenirs personnels des intervenants que servant le propos du documentaire.

Dans la moyenne, Steve McQueen : The Man & Le Mans s’en tire plus par un sujet qui s’avèrera assez passionnant sur la décortication d’un mythe du cinéma.

 

Tag de Sono Sion (2015)

De nos jours, il n’y a bien que dans un film de Sono Sion que l’on peut voir des écolières japonaises se faire assassiner par paquets de 40 dans un spectacle pyrotechnique totalement fun et délirant. La promesse que nous avait faite la bande-annonce de Tag, un de ses derniers films que l’on retrouvera dans de nombreux festivals de film de part le monde, est tenue.

Si l’ouverture tonitruante répond à nos attentes les plus malsaines, l’achèvement des vingt premières minutes nous fait réaliser que le trailer ne concernait que le premier acte du long-métrage. Sans trop en révéler, Tag se lance effectivement sur les camarades écolières en détresse de Mitsuko qui devient une Cassandre avec ces visions de mort terrifiantes qui finissent par s’accomplir. Dans son précédent Tokyo Tribe, le délire était constant. Ici, le rythme de l’action est en dents de scie, nous laissant avec quelques longs passages de dialogue ou d’exposition qui plombent la folie générale espérée.

Car le majeur défaut du film dans la répétition de la construction de son intrigue. Plus encore, si les gags gores improbables se suivent, il faudra attendre le dénouement pour comprendre enfin ce qu’il se trame derrière le sujet du film. Compte tenu de la société japonaise, Tag se révèle au final un long-métrage au propos défendant puissamment la cause féminine face à certaines dérives de certains aspects de la culture audiovisuelle nippone. Tag se bouclera comme une sorte de rape and revenge lançant un appel à toute les écolières du Japon en leur criant : ne vous laissez pas faire, rebellez-vous !

Tag est un bon Sono Sion. Le film, au rythme inégal, se rattrape par le message fort de son final et nous poussera vers une seconde vision.

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