Cannes, 3e jour. Quand le public français continue à avoir les yeux rivés sur l’oeuvre de George Miller, les festivaliers, eux, commencent à passer à autre chose. La présence de Colin Farrell ou de Rachel Weisz sur la Croisette y est sûrement pour beaucoup.

Alexis a donc vu The Lobster (avec Farrel donc) mais aussi Les Anarchistes (avec Tahar Rahim et Adèle Exarchopoulos) et Sea of Trees de Gus Van Sant avec Matthew McConaughey. Mais tout Cannes ne se passe pas au Palais des Festivals. L’autre versant étant l’incroyable Marché du Film, qui fut l’occasion d’aller voir des robots géants se battre avec la fameuse adaptation live de Patlabor.

Cannes 2015, jour 3

Troisième jour et le Festival de Cannes ne désemplit pas. Le week-end approche et le soleil tape fort au-dessus de nos têtes lorsque nous ne sommes pas calfeutrés dans les salles obscures. Quatre films au programme. Un premier en compétition officielle, un deuxième issu de la Semaine de la critique, un troisième grappillé au Marché du film et un quatrième d’un habitué de la compétition, mais accueilli avec une certaine… véhémence. Explications.

 

The Lobster de Yorgos Lanthimos (2015)
Sortie courant 2015

Que se passerait-il si jamais la norme que nous vendent les sites de rencontres actuels devenait l’obligation sociale dans un futur proche ? C’est en substance que The Lobster pose cette question, premier long-métrage en langue anglaise du réalisateur grec Yorgos Lanthimos. Nous y suivons David, officiellement arrêté car célibataire et transféré dans un établissement où chacun doit trouver l’âme sœur en 45 jours sous peine d’être transformé en animal.

De ce pitch assez farfelu, Lanthimos nous tisse un récit autant ponctué de moments cocasses que de questionnements sur la façon dont la société populaire conçoit aujourd’hui les relations humaines et amoureuses. Les sentiments ne sont plus résumés qu’à un statut qui s’appliquerait uniformément à chacun. Nous n’avons plus qu’à choisir entre la frustration de l’échec ou le mensonge pour atteindre une convention que l’on nous impose. Même lorsque David, tenu par un Colin Farrell très effacé, tente un autre mode de vie, de nouvelles règles absurdes lui seront infligées par un groupe d’opposants radicaux au système en place. Mais d’un système à l’autre, l’humain et ce qui fait ce qu’il est sont complètement oubliés.

Tout comme son titre et son ouverture volontairement choc, The Lobster est un film curieux au premier abord. C’est grâce son beau casting donnant vie à ces losers de l’amour que l’on est lentement hypnotisé par le long-métrage. Nous suivons volontiers les turpitudes de Rachel Weisz, John C. Reilly, Ben Wishaw ou encore Lea Seydoux dans ce triste univers où, nulle part, chacun ne peut aimer l’autre comme il le souhaite, selon ses propres règles. On regrettera néanmoins un dernier acte marquant quelques dérapages causés Yorgos Lanthimos, trop confiant, qui va parfois un peu trop loin dans son délire et perd l’ambiance anxiogène qui tenait son spectateur.

Jusqu’ici, The Lobster est le prétendant à la Palme d’or qui part avec un net avantage sur la concurrence. Toutefois, le festival est encore loin d’être terminé.

 

Les Anarchistes d’Elie Wajeman (2015)
Sortie le 11 novembre 2015

Trois après Alyah, le réalisateur Elie Wajeman voit son second long-métrage sélectionné à la Semaine de la critique. “Le nouveau souffle du cinéma” nous annonce le logo de la section parallèle quand le pitch alléchant du film finit de nous convaincre. Tahar Rahim infiltrant un groupe d’anarchistes dont Adèle Exarchopoulos fait partie, l’idée est assez forte qu’elle se déroule en 1899. Film à costume, fiction historique, ambition.

De plus en plus délaissé pour des raisons évidentes de budget, le film historique est un genre qui tente à disparaître du cinéma indépendant français, surtout si le public ne suit pas derrière. Il faut saluer l’effort d’Elie Wajeman de s’être lancé dans un projet comme Les Anarchistes qui démontre qu’il existe encore de l’envie de genre dans cette catégorie. Malheureusement, son nouveau long-métrage qui avait tout de prometteur sera une belle déception, car s’il y avait une ambition au départ, elle se réduira comme peau de chagrin à l’écran. Alors que l’on s’attend à des bombes ou des meurtres commis par ce groupe de jeunes radicaux politiques, Wajeman livre un film discret et vain.

Malgré la belle photo vaporeuse aux teintes bleu pétrole, Les Anarchistes a pas mal de défauts. En haut de ce casting au sang neuf qui tient la route (Guillaume Gouix et Karim Leklou sont top), les stars font mauvais exemple. La diction de Rahim est parfois intelligible et Exarchopoulos développe un jeu qui ne se repose que sur ses jeunes acquis. Les Anarchistes est un film bavard qui se déroule essentiellement dans des appartements. Pourtant, nous étions prêts à y croire. La photo, les costumes, la reconstruction d’une usine de boulon ou de quelques ruelles n’arriveront pas à subvenir à l’ambition nécessaire pour que ce film fonctionne. Ce ne sera pas la musique reggae hors sujet des génériques, faisant référence lourde à une révolution qui n’aura jamais lieu, qui donnera plus de cachet à ce film mineur en tout point.

Si l’on ne sait pas encore s’il sera historique, Bertrand Bonello nous a annoncé que son prochain sera sur des jeunes qui posent des bombes dans Paris. Espérons pour lui qu’ils passeront à l’action, contrairement à ceux de Wajeman.

 

Patlabor : The Next Generation de Mamoru Oshii (2015)

En voilà un projet qui s’annonçait comme un sommet de geekerie en puissance. L’adaptation live de cette franchise qui a connu un grand nombre de formes (manga, anime, films d’animation…) qui avait l’air d’autant plus attrayante que Mamoru Oshii, réalisateur responsable des incroyables Ghost in the Shell et d’Avalon, se charge de la mettre en scène. Que reste-t-il de cette excitation ressentie lors des premières bandes-annonces ?

Pour son passage sur le grand écran, Patlabor devenu The Next Generation : Tokyo War choisi de mettre au ban l’équipe de la section SV2, chargée des labors, ces robots de plus d’une dizaine de mètres chargés de faire la police en ville quand la situation devient critique. Ce ne sera que lorsqu’un hélicoptère furtif viendra détruire l’un des ponts de la capitale nippone que la section sera refondée. Leur mission sera de traquer et de neutraliser un groupe militaire dissident, fidèles à leur ancien chef, responsable d’un coup d’état déjoué.

Mais où sont les robots se demande-t-on pendant toute la durée du film ? Il est clair que Mamoru Oshii reste fidèle à sa mise en scène souvent posée, ses thématiques et ses gimmicks. Cependant, tout cela ne remplit pas la promesse de départ. Son dernier film ne se concentre que sur l’investigation et le tout s’apparente plus à un thriller policier se mêlant d’espionnage. Le plus terrible seront ces cinq minutes (oui, cinq minutes) où les labors sont déployés au bout de deux heures et finiront presque aussi vite à la casse face à l’ennemi. La frustration est totale.

Très grosse déception, donc, que cette adaptation live de Patlabor. Autant se revoir le Pacific Rim de Guillermo Del Toro pour voir des robots géants se battre.

 

Nos Souvenirs (Sea of Trees) de Gus Van Sant (2015)
Sortie le 27 avril 2016

Hué à Cannes. Voilà un sort que l’on ne souhaite à aucun film qui vient se présenter dans le plus grand festival cinématographique du monde. C’est à la séance de 22h, après avoir vu défiler les mines déconfites de la séance précédente, que nous avons vu le nouveau Gus Van Sant. Pour la sixième fois en compétition, le réalisateur américain est un habitué. Cette habitude aurait-elle conduit à une certaine paresse ?

Sea of Trees commence assez banalement avec Matthew McConaughey qui prend l’avion pour le Japon et va se promener en forêt. C’est alors que se révèle la raison de sa présence ici : le suicide. Vous la sentez venir la déprime là ? Si la plongée (assez mystique) dans les bois fonctionne bien qu’elle retarde l’échéance de démarrer le film, l’interruption inopinée du personnage moribond de Ken Watanabe va nous conduire droit dans une impasse pénible. Amené là par le suicide, le personnage principal se découvre une âme de sauveteur et tient à aider cet inconnu japonais à sortir de cette mer d’arbres. Une chance que ce japonais quelconque parle l’anglais !

Plus le long-métrage avancera qu’il deviendra interminable. Rien ou presque ne peut l’extraire du marasme dans lequel Gus Van Sant se noie tout seul dans ses références sur la culture japonaise piochées dans les premiers liens sur Google. Habitué du mélo (réussit), le réalisateur nous ennuie avec des flashbacks sur la vie de couple passée de McConauphey avec Naomi Watts (la seule à avoir un peu d’honnêteté dans ce projet) ou bien avec des scènes très très gênantes au coin du feu avec le dernier Oscar du Meilleur acteur qui chouine pendant plusieurs minutes en gros plan. La catastrophe atteindra néanmoins son paroxysme en bout de course. Comme si cela n’était pas assez clair, Gus Van Sant insiste avec un final à twists sans suspense qui ne fait qu’étirer un mélodrame balourd et mauvais.

Inutile de s’éterniser plus longtemps sur cet improbable Sea of Trees. C’est à se demander comment ce film a pu passer la présélection sur plus de 1800 long-métrages.

1 commentaire

  • Daniel Drd mercredi 4 novembre 2015 1 h 56 min

    Après visionnage au ciné, The Lobster ne laisse pas indifférent. Dans une societe qui normalise le couple jusqu’à en faire un standard de vie (ou d’exclusion) l’homme à t il le choix encore de vivre comme il le désire? Bien que cette transformation en animal fasse rire, le réalisateur nous ouvre des portes pour qu’on se pose des questions. À chacun de faire sa transposition de vie sur le couple ou son homard.
    Un bon casting réuni autour d’une idée farfelue donne un film noir et brillant.
    Ne pas oublier la mayonnaise, ce film est à consommer sans modération ;-)

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