CloneWeb est, cette année encore, à Cannes !

Cette année, c’est la plume d’Alexis que vous pourrez lire quotidiennement et pour toute la durée du festival, lui qui est bien décidé à arpenter la Croisette et affronter les files d’attentes devant le Palais des Festivals. Ce sera l’occasion pour nous d’évoquer des choses sortant un peu des rails habituels tracés par les blockbusters.

On commence tout naturellement ce premier compte-rendu par le film d’ouverture, La Tête Haute d’Emmanuelle Bercot pour enchainer avec le fameux Tale of Tales de Matteo Garrone.

Cannes 2015, jour 1.

Après les premiers contacts établis avec ce petit monde au bord de la Méditerranée qui ne vit que 10 jours par an, nous avons repoussé au lendemain l’idée de tenter comme premier film Notre petite sœur de Hirokazu Kore-Eda. Nombreux auront été refoulés des deux premières séances surbookées du nouveau long-métrage du réalisateur de Tel père, tel fils. Nous nous sommes rabattus (en toute simplicité) sur celui faisant l’ouverture du festival, pour ensuite découvrir le Tale of Tales de Matteo Garrone.

 

La Tête Haute d’Emanuelle Bercot (2015)

C’est sur une note sociale que s’ouvre donc le Festival de Cannes 2015. Choix qui en étonna beaucoup de ceux n’avaient l’habitude que de glamour, notamment l’an dernier avec le désastreux Grace de Monaco au casting qui brillait de mille feux sur les marches du palais des festivals.
Que vaut le film d’Emmanuelle Bercot ? Si l’on voulait caricaturer, La Tête haute serait une parfaite adaptation de l’émission télévisée Pascal le grand frère, où un jeune mineur violent et à la dérive est reprit en main in extremis par sa juge de tutelle et son éducateur. Malheureusement, nous n’en serons pas si loin.

Le principal reproche que l’on pourrait faire à La Tête haute serait son écriture. Si l’on se doute du dénouement rien qu’en lisant le titre du film, la progression de son personnage principal est plus chaotique. La plupart des séquences s’achèvent sur Malony qui envoie valdinguer tout ce qui se trouve à sa portée. La répétition de ce même schéma qui repart de zéro limite la puissance que dégage le jeune acteur Rod Paradot. Pire encore, alors que l’on parvient à deviner ce qu’il va se passer dans les quinze minutes suivantes, les dérapages de Malony les plus graves n’entrainent absolument aucune conséquence. Sa prise de conscience ne se fera que par un énième retournement téléphoné.

Il est dommage que La Tête haute soit alourdi par autant de poncifs usés jusqu’à la corde. Les dialogues forcent, par moments, Catherine Deneuve à s’enfermer dans des lignes qui semblent lui échapper complètement. Si l’intention première était de choquer le spectateur de l’abandon de la jeunesse à la violence face à un système judiciaire impuissant, des films récents comme le Polisse de Maïwenn ou même le Dog Pound de Kim Chapiron ont déjà fait le travail et plus efficacement. L’émotion est bien là, notamment avec le personnage d’éducateur incarné par Benoît Magimel. Mais le fait de filmer un drame social caméra à l’épaule et poser ensuite du Schubert à la musique pour contrebalancer la violence à l’écran ne suffit pas à rendre le tout plus émouvant pour autant.

La Tête haute aurait gagné en puissance en sauvant son héros perdu par ceux qui l’entourent et non pas par la seule bonne volonté du scénario… euh, du destin.

 

Tale of Tales de Matteo Garrone (2015)

Trois ans après avoir reçu le Grand Prix du Jury pour Reality, le réalisateur italien Matteo Garrone revient au Festival de Cannes avec son premier long-métrage en langue anglaise. Cependant, Garrone n’abandonne pas plus loin ses origines en adaptant des contes de Giambattista Basile, un poète et écrivain italien de la fin du XVIème siècle. Certaines de ses œuvres étant notamment à l’origine de Cendrillon qui sera reprit quelques temps plus tard par Perrault et les Grimm. Pas étonnant de retrouver ce même ton d’épouvante parfois sanguinolent que l’on connaît de ces dernier dans le Tale of Tales de 2015.

Garrone mêle trois histoires : celle d’une reine inféconde qui deviendra surprotectrice du seul enfant qu’elle aura mis au monde par magie, celle d’une princesse délaissée par son père et se verra promise à un ogre et celle de deux vieilles sœurs dont l’une attise le désir un roi proche de la satyriasis. S’ouvrant avec majesté sur une longue scène d’exposition muette, chacun des trois récits saura trouver suffisamment d’aspérité pour s’équilibrer avec les autres. Cela n’épargnera pas au long-métrage un gros ventre mou aux deux tiers et un final perché qui n’arrivera pas à lier convenablement les trois récits croisés. Néanmoins, certaines séquences de Tale of Tales sauront vous rire comme d’autres frissonner. Le film se situe un peu entre les deux avec un dragon aquatique, des sorcières et des créatures sombres de la forêt.

Si la morale voudrait se porter sur l’attention que nous portons à nos proches (sœur, fils, fille), Matteo Garrone parle aussi bien des lubies de la caste des puissants. Ces souhaits qui sont souvent contre nature et se paient au prix fort, par la mort d’innocents qui n’avaient rien demandé. Dans un cinéma italien censé être aujourd’hui en ruine, l’ambition de Tale of Tales est une belle note d’espoir quand à ses possibilités actuelles. Sans chercher à en faire trop, Garrone s’en tient à une mise en scène sobre, rehaussée par quelques belles images de Peter Suschitzky et une composition d’Alexandre Desplat, même si certaines mélodies s’avèrent redondantes par moments. Le réalisateur de Gomorra maîtrise également tout son casting anglo-saxon. Si les trois rois s’en sortent à merveille (John C. Reilly, Toby Jones et Vincent Cassel), Matteo Garrone aurait pu (ou dû) exploiter un peu plus le potentiel des fortes personnalités de Salma Hayek ou de la jeune Bebe Cave.

Étrange et envoutant que ce Tale of Tales, malgré que la magie de l’expérience s’évanouit un peu une fois sorti de la salle.

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