Entre les célèbres hospices et les vignobles produisant de belles choses se tient depuis cinq ans à Beaune le Festival du Film Policier.

L’édition 2014 avait choisi de rendre hommage à Walter Hill, créateur du buddy movie, et au scénariste Paul Haggis tout en mettant en avant une sélection de films mexicains. Plusieurs jurys y remettent des prix, dont l’un présidé par Cédric Klapisch et un autre entièrement composés de membres des forces de l’ordre. Ont donc été récompensés le film norvégien In Order of Disappearance (Grand Prix et Prix Spécial Police) et R-100 de Matsumoto Hitoshi (Prix Sang Neuf, destiné aux jeunes talents). Le Prix du Jury a été remis ex-aequo à ’71 et à Les Poings contre les Murs de David McKenzie et le Prix de la Critique (décerné par la presse) à Black Coal.

Pendant trois jours, votre serviteur a enchainé les films entre avant-premières, reprises et découvertes. Si je reviendrais plus longuement sur certains (dont The Raid 2), voici un tour d’horizon des films policiers que vous pourrez voir dans vos cinémas dans les prochains mois.

Et vu les qualités du festival, aussi bien en matière d’accueil que de programmation et d’organisation, vous pourrez très probablement nous y suivre encore l’année prochaine !

 

The Stone – Pas de date de sortie française
Réalisé par Cho Se-rae
Nam-hae, un chef de gang à la petite semaine, retrouve sa passion pour le jeu de go lorsqu’il fait la connaissance de Min-su, un très bon joueur qui a pourtant le sentiment d’avoir gâché son talent en ne devenant pas professionnel. Sur les ordres de Nam-hae, son homme de main réussit à persuader Min-su de devenir le professeur de go du gangster, lequel, appréciant la quiétude de ces moments d’apprentissage passés en sa compagnie, se laisse aller aux confidences. Le jeune joueur de go va alors découvrir le monde de la pègre.

Etrange choix que celui d’avoir mis en avant ce film coréen. The Stone raconte l’histoire d’un chef de gang et sa rencontre avec un joueur de go. Le go est un jeu d’origine chinoises qui consiste à positionner sur un plateau carré des pierres blanches ou noires représentant des soldats. Jeu stratégie aux règles complexes, il n’est pas du tout populaire en Europe. De fait, The Stone, qui se focalise complétement sur les parties se révèle être carrément incompréhensible pour qui n’y a jamais joué. On suit donc d’un oeil bien distrait cette relation entre le jeune joueur, qui envisage de rentrer dans la pègre, et le chef qui songe, lui, à tout abandonner au profit du jeu. Il y avait sans doute des qualités dans ce long-métrage mais le public bourguignon a préféré passer son tour.

 

Big Bad Wolves – Sortie le 2 juillet 2014
Réalisé par Aharon Keshales & Navot Papushado
Suite à une série de meurtres particulièrement violents, trois vies se retrouvent involontairement liées entre elles. Celle du père de la dernière victime, déterminé à faire justice lui-même. Celle d’un commissaire de police peu respectueux, dans ses méthodes de travail, du droit et de la légalité. Celle, enfin, du principal suspect, un enseignant en étude des religions, arrêté puis finalement relâché en raison d’une erreur policière.

Déjà présenté à l’Etrange Festival et annoncé comme le film préféré de Quentin Tarantino en 2013, Big Bad Wolves s’ouvre sur une scène très esthétique évoquant la disparition d’une petite fille pendant une partie de cache-cache puis embraye façon polar sur l’enquête. Un flic désavoué par sa hiérarchie va se mettre à suivre un coupable potentiel relâché dans la nature. Vient alors s’ajouter à l’histoire le père de la victime, bien décidé à venger sa fille. Commençant donc comme un vrai polar, le film bascule petit à petit dans la comédie pour aller jusque dans le ridicule à la fin, ce qui est bien surprenant vu le sujet (le père d’une victime se transformant en bourreau) et les scènes gores qu’il propose. Bien que proposant des choses intéressantes tout du long, Big Bad Wolves perd donc le spectateur en route qui a bien du mal à suivre le traitement voulu par les deux réalisateurs israéliens. Un peu dommage.

 

Extrême Préjudice – Sortie en 1987
Réalisé par Walter Hill
Le Texas ranger Jack Benteen est chargé de lutter contre le trafic de drogue et l’immigration clandestine à la frontière mexicaine. À la tête d’un gang de truands, Cash Bailey est l’ami d’enfance de Jack et l’ancien compagnon de sa femme.

Pour rendre hommage à Walter Hill, l’organisation du Festival du Film Policier de Beaune a préféré montrer aux spectateurs les films les moins connus du réalisateur de 48 Heures. Un choix qui pousse à la découverte même si on aurait apprécié y redécouvrir sur grand écran 48 Heures ou Double Détente. Extrême Préjudice se déroule à la frontière mexicaine. D’un coté, un bon gros trafiquant de drogue bien méchant (il écrase des scorpions à mains nues) et bien cliché (il porte des costumes blancs). De l’autre, Nick Nolte en shérif strict, coincé et badass. Bien évidemment, ils se connaissent depuis l’enfance et aiment la même femme. Au milieu, un groupe de mercenaires emmenés par Michael Ironside et venus avec un plan bien huilé en tête. Tout ce petit monde va finir par se mettre sur la tronche, ce qui ne sera pas pour nous déplaire tant ces fusillades très 80s sont bien gaulées. Malheureusement le film s’enlise dans des retournements de situation dont on n’a que faire, et la plupart des “catch phrases” sonnent soudainement faux. On comprend aisément pourquoi le film n’est pas le plus connu, l’action ne sauvant pas le truc. Reste quelques grandes gueules du cinéma (Nick Nolte, Ironside mais aussi Powers Boothe ou Clancy Brown) mais sinon…

 

Black Coal – Sortie le 11 juin 2014
Réalisé par Diao Yinan
En 1999, un employé d’une carrière minière est retrouvé assassiné et son corps dispersé aux quatre coins de la Mandchourie. L’inspecteur Zhang mène l’enquête, mais doit rapidement abandonner l’affaire après avoir été blessé lors de l’interpellation des principaux suspects. Cinq ans plus tard, deux nouveaux meurtres sont commis dans la région, tous deux liés à l’épouse de la première victime. Devenu agent de sécurité, Zhang décide de reprendre du service. Son enquête l’amène à se rapprocher dangereusement de la mystérieuse jeune femme.

En festival, on enchaine les films. On termine tard, on dort peu et on recommence. Il faut donc bien avouer que certains films se voient dans des conditions de fatigue particulières. Et certains films méritent d’être en pleine possession de ses moyens pour le découvrir. C’est le cas de Black Coal Thin Ice (dont le titre français est tronqué de moitié, ce qui est idiot vu l’histoire), récompensé à Beaune mais aussi à Berlin. Très, très lent dans sa narration, le film raconte comment un ancien flic se rapproche d’une jeune fille travaillant dans une blanchisserie afin de découvrir si elle est impliquée dans trois meurtres, un ancien (la victime ayant été retrouvée découpée dans du charbon, d’où le titre) et deux plus récents. Se voulant poétique et focalisé sur l’histoire d’amour-haine entre les deux protagonistes, Black Coal a bien du mal à passionner notamment parce qu’il est marqué par quelques scènes surréalistes (un cheval dans un couloir, une fusillade tournée en plan fixe). Etait-ce l’état de fatigue au moment de la projection ou est-il réellement surestimé ? Toujours est-il que ce genre de sujet, dans les mains d’un autre, ça a donné Basic Instinct.

 

R-100 – Sortie prochaine
Réalisé par Hitoshi Matsumoto
Un homme, qui prend soin de son fils depuis que sa femme est plongée dans le coma, entre dans un immeuble des plus banals. Il décide alors de devenir membre d’un club privé, après avoir pris connaissance des prestations proposées et du fait que l’adhésion n’est valable qu’une seule année et ne peut être annulée que sous certaines conditions. En tant que nouveau membre, un monde de plaisirs s’offre alors à lui. Il en apprécie tout particulièrement l’intrusion dans son quotidien de femmes dominatrices. Jusqu’au jour où celles-ci s’approchent d’un peu trop près de sa famille – laquelle ne se doute de rien – et où, avec un courage rarement affiché dans sa petite vie de vendeur de literie, il va alors tenter d’annuler son adhésion au club.

Un bon festival de films de genre n’en est pas un sans un film japonais délirant, ce à quoi correspond parfaitement ce R-100. Réalisé par l’acteur-réalisateur-auteur-humoriste nippon Hitoshi Matsumoto, le film raconte l’histoire d’un homme qui s’inscrit à un club sadomaso un peu particulier puisque les maitresses peuvent intervenir n’importe quand dans son quotidien pour le frapper. Ca commence donc “en douceur” puisqu’il se fait fouetter dans la rue, noyer dans une fontaine publique ou défoncer derrière une statue d’art moderne. On ne pouvait pas en rester là et le film passe vite la seconde : l’homme se fait désormais cravacher sur son lieu de travail (il est vendeur dans un espèce de Conforama) et finit par se faire littéralement cracher sur la gueule dans sa chambre, alors que son jeune fils est suspendu dans un placard. Véritable comédie SM, R-100 n’est en rien un film à tendance érotique (d’ailleurs les orgasmes sont matérialisé par des ondes autour de son visage) mais bel et bien un énorme délire no-limit qu’a voulu s’offrir Hitoshi Matsumoto. Ca part tellement en sucette qu’il a besoin d’une mise en abyme pour justifier certains passages complétement en contradiction avec le début. Le mec est là pour s’éclater et n’en a pas grand chose d’autre à foutre. Et nous, on en rigole avec lui. Gros “what the fuck” où la fin fait le grand écart avec le début, R-100 devrait sortir courant 2014 en France. Ce sera à ne pas manquer.

 

Les Poings contre les Murs – Sortie le 4 juin 2014
Réalisé par David Mackenzie
Eric est un jeune délinquant violent prématurément jeté dans le monde sinistre d’une prison pour adultes. Alors qu’il lutte pour s’affirmer face aux surveillants et aux autres détenus, il doit également se mesurer à son propre père, Nev, un homme qui a passé la majeure partie de sa vie derrière les barreaux. Eric, avec d’autres prisonniers, apprend à vaincre sarage et découvre de nouvelles règles de survie, mais certaines forces sont à l’œuvre et menacent de le détruire..

Après avoir privé de leurs sens Ewan McGregor et Eva Green, David Mackenzie revient sur le devant de la scène avec un vrai film de prison. Le jeune Jack O’Connell, qui a fait une apparition dans 300 et sera prochainement à l’affiche d’Exodus de Ridley Scott, y joue un jeune délinquant enfermé dans une prison anglaise pour adultes. Là-bas, il va découvrir le milieu carcéral anglais (assez différent de l’américain, du moins de la vision qu’on en a via le cinéma), ces gardiens corrompus, sa violence mais aussi les possibilités de réhabilitation qui sont parfois offertes comme via certaines sessions de travail menées par Rupert Friend, excellent. Donnée supplémentaire : le gamin va y retrouver son père, qu’il n’y a pas vu depuis plusieurs années, incarcéré aussi et tenter de reprendre une relation avec lui. Fort, puissant, sombre, brutal. Les qualificatifs ne manquent pas. On peut même aller jusqu’à qualifier Starred Up de film coup de poing. La bonne nouvelle, c’est que malgré la violence du sujet et des images, il offre un espoir et un peu d’optimisme alors que ce genre de sujet est habituellement condamné à rester noir. Assurément l’un des meilleurs films du festival.

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