Nous sommes au Festival d’Annecy toute la semaine pour couvrir l’édition 2019. Au programme, beaucoup de films, des previews de projets animés et des interviews de personnalités. On commence par le récap’ de la première journée et les premiers longs que nous avons pu découvrir. Donc le nouveau Keiichi Hara et l’arrivée des Playmobils sur grand écran.

 

Wonderland Un Royaume Sans Pluie, de Keiichi Hara – Sortie en salles le 24 juillet

Keiichi Hara s’est fait remarqué au début des années 2010 avec Colorful et Un Eté avec Coo. En 2015, il enchantait le festival d’Annecy avec le très joli Miss Hokusai. Le réalisateur japonais revient cette année avec Wonderland Birthday, retitré “Wonderland, Un Royaume Sans Pluie” pour sa sortie française fin juillet.
Le film suit les aventures d’une jeune fille qui décide de sécher l’école. A la place, elle se rend dans une boutique un peu étrange pour récupérer son propre cadeau d’anniversaire. Façon Narnia, la boutique cache un passage vers un autre monde, merveilleux celui-là, qu’elle est la seule à pouvoir activer car vue comme une sorte d’élue. Sur place, et en compagnie de personnages hauts en couleurs, elle va effectivement découvrir qu’elle est destinée à ramener la pluie qui manque cruellement.
Visuellement très joli, esquivant le coté “décor photoréalistes” de certains films d’animation japonais, Wonderland est une merveille pour les yeux (pun intended). Les héros sont sympathiques et on se prend au jeu de leur quête. Malheureusement, Keiichi Hara, qui cite ouvertement quelques comics américains (dont Scott Pilgrim !), le jeu vidéo Zelda ou encore Mad Max Fury Road de George Miller aligne trop les références. Wonderland a une furieuse impression de déjà vu, coincé entre les titres cités et des références plus japonaises comme Le Royaume des Chats ou Le Voyage de Chihiro. C’est bien simple : vous avez déjà vu cette histoire ailleurs, racontée par d’autres, et pas d’une moins bonne manière.
Un film sympathique, donc, mais on attendait quand même plus d’originalité de l’auteur de Colorful.

 

Modest Heroes, des studios Ponoc

Modest Heroes est un programme de trois courts métrages réalisés par les studios Ponoc et respectivement Hiromasa Yonebayashi, Yoshiyuki Momose et Akihiko Yamashita sorti en 2018 au Japon et inédit en France.
L’idée est de montrer des histoires de petits héros, du quotidien ou qui doivent dealer avec des problèmes à leur échelle. C’est aussi l’occasion pour le studio de repousser les limites de ce qu’ils savent faire, sorte de bande-démo prouvant qu’ils ne font pas que Ghibli-like.
Pourtant, la première histoire “Kanini et Kanino” semble tout droit sortir des tiroirs du studios d’Hayao Miyazaki. Racontant le quotidien d’un petit peuple sous-marin et d’un frère et une soeur en particulier qui doivent se débrouiller en l’absence de leur mère et suite à la disparition de leur père, le court rappelle beaucoup trop Arrietty pour être intéressant. Et pour cause, il est réalisé par Hiromasa Yonebayashi, lui-même à l’origine du long métrage cité pour Ghibli… Mais les similitudes ne rend pas la chose plus passionnante, bien au contraire.
La seconde histoire s’intéresse à un tout petit garçon qui est allergique aux oeufs au point qu’il peut en mourir s’il en mange même par accident. Montée en flashback, l’histoire est bien plus intéressante et le petit bonhomme un “modest hero” parfait. Les scènes où, justement, il se retrouve confronté à son ennemi, la maladie, virent au storyboard animé et rende l’ensemble dramatique mais aussi bien plus intéressant que l’histoire précédente.
Enfin, le troisième court raconte l’histoire d’un homme invisible. Ici, Ponoc expérimente vraiment une animation différente et cherche à sortir des sentiers battus, même si on aurait aimé les voir pousser les curseurs encore plus loin. Cela dit, l’histoire de l’homme, qui n’a pas de masse et doit donc se promener avec un extincteur pour ne pas s’envoler est bien trouvée, d’autant que son invisibilité est totale : malgré le fait qu’il porte des vêtements, personne ne le voit jamais.
Au final, Modest Heroes est un projet bancal : les histoires sont ok mais sans plus et l’aspect visuel aurait mérité d’être plus expérimental. Espérons que le volume 2, envisagé ait plus de choses à proposer.

 

Buñuel après l’Age d’Or, de Salvador Simo – Sortie en salles le 19 juin 2019

L’histoire est vraie : après la projection de son film “L’Age d’Or” à Paris en 1930, le réalisateur surréaliste Luis Buñuel se retrouve non seulement désargenté mais aussi déprimé, son long métrage ayant fait scandale. L’un de ses amis lui promet qu’il financera son prochain film s’il gagne à la loterie. Et il gagne ! Alors les deux comparses, aidés par deux amis de plus, partent pour les Hurdes, une région rurale très pauvre de l’Espagne à la frontière avec le Portugal pour y filmer un documentaire sur les conditions de vie des gens, qui sortira sous le titre “Terre sans Pain”.
Le film de Salvador Simo fait donc office de making of du dit documentaire, puisqu’il inclut des séquences vraiment filmées dans les montagnes ibériques. On y découvre un personnage bien moins farfelu que l’image qu’on a de lui, quelqu’un de profondément gentil (mais un peu cinglé quand même, sa passion pour la maltraitance animale fait froid dans le dos). Des scènes de rêves où Buñuel affronte ses démons (et son père) viennent ponctuer un récit qui se suit avec plaisir. L’animation est simple mais de qualité. Et le résultat prouve que l’animation peut servir à autre chose qu’à la fiction, ce qui fait toujours plaisir.

 

Playmobil le Film, de Lino DiSalvo – Sortie le 7 août 2019

Nous avions prévu à la base de faire un long papier sur le débarquement des Playmobils au cinéma. Mais le jeu n’en vaut pas la chandelle, tant le film de Lino di Salvo est un ratage complet. Quelques mots néanmoins.
Un frère et une soeur perdent leurs parents dans un accident de voiture. Elle décide donc de s’occuper du foyer, alors qu’elle rêvait de parcourir le monde. Un jour, il fugue et trouve refuge dans une convention de jouets. Alors qu’elle est à sa recherche, ils vont tous les deux se retrouver propulser, à la manière de Jumanji, dans l’univers des Playmobil et devenir des petits personnages de plastique. Et si elle ressemble à elle-même, lui est l’avatar de la figurine qu’il tenait en main, un viking blond avec une grosse hache. Ils vont devoir se retrouver pour rentrer à la maison, blablabla…
La première partie est donc filmée en live mais fait d’avantage penser à un téléfilm Disney Channel qu’à une production destinée au grand écran. C’est cheap et Anya Taylor-Joy n’a jamais aussi mal joué. L’histoire est évidemment cousue de fil blanc, mais ce n’est pas tant le problème principal. Ce qui ne va pas, du tout, c’est que l’univers des Playmobil n’est jamais vraiment utilisé. Une fois une vanne faite sur la mobilité des personnages, ils se mettent à bouger comme tout le monde et à évoluer dans un univers qui n’est jamais totalement en plastique (quelle idée de mettre des poils réalistes aux chevaux et des plumes aux poules ?). La Grande Aventure Lego, puisque la comparaison est inévitable, avait le mérite d’utiliser à fond le principe des briques et des constructions. Ici, à part les différents univers qui se croisent vaguement (et encore, tout est bien délimité), on pourrait retirer la marque de jouets que personne ne verrait la différence. Alors si en plus les péripéties sont banales, on a quand même bien envie de vous dire de passer votre tour. Ca pourrait fonctionner chez les enfants de moins de cinq ans qui aiment les univers colorés mais eux ont déjà les Lego. Comme dans les rayons des magasins de jouets, la firme aux briques colorées gagne encore.

Ajoutez un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs marqués * sont obligatoires.