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Nous avons donc choisi de revenir sur quelques films qui ont marqué cette décennie 2002-2012. Des films connus, reconnus, des succès grand public, parfois récompensés. Certains ont déjà été évoqué sur le site au fil des années (et on vous offrira alors une vision nouvelle), d’autres sont inédits. On a établi une liste de 50 titres dans laquelle chaque rédacteur a pioché ceux qu’ils voulaient évoquer.

Pour commencer, ce premier volet de Un Dimanche, Une Critique spécial “rétrospective anniversaire” est consacré à un film de Steven Spielberg sorti en 2005 : La Guerre des Mondes.

 

La Guerre des Mondes – Sortie le 6 juillet 2005
Réalisé par Steven Spielberg
Avec Tom Cruise, Dakota Fanning, Justin Chatwin
Ray Ferrier est un docker divorcé et un père rien moins que parfait, qui n’entretient plus que des relations épisodiques avec son fils Robbie, 17 ans, et sa fille Rachel, 11 ans. Quelques minutes après que son ex-femme et l’époux de cette dernière lui ont confié la garde des enfants, un puissant orage éclate. Ray assiste alors à un spectacle qui bouleversera à jamais sa vie…

 

La Guerre des Mondes reste une œuvre littéraire importante, dont bon nombre de personnes ont entendus parler sans même en avoir lu ne serait-ce qu’une seule page. Datant du XIXè siècle et écrit par H.G. Wells, elle a eu maintes fois l’occasion d’être adaptée sur différents supports, que cela soit à la radio par le célèbre récit d’Orson Welles (ayant marqué l’histoire pour avoir provoqué une vraie peur panique parmi la population américaine), ou bien encore la version cinématographique des années 50 de Byron Haskin (démontrant son principal sous-thème, à savoir celui d’un contexte d’après-Seconde Guerre Mondiale qu’une bonne partie du monde subissait encore à l’époque).

La Guerre des Mondes est un tel pilier de la culture populaire qu’il a même inspiré des œuvres qui intègrent son concept dans leurs propres univers, tel l’épisode pilote de la série animée Justice League de Bruce Timm (baptisée en France La Ligue des Justiciers), confrontant des icônes super-héroiques à cette terrible menace ou bien encore le comic-book The League of Extraordinary Gentlemen du scénariste Alan Moore et du dessinateur Kevin O’Neill, réunissant des personnages importants de la littérature du XIXèsiècle et les mettant face à cette invasion de grande envergure.

Il faut donc bien voir que, dans toutes ces adaptations, celles-ci ne font que faire remonter les peurs les plus primaires, à la fois celle de l’humanité dans son ensemble et celles touchant l’individu au plus profond de lui-même, dépassé par un événement qui tend à être à la fois immense et intimiste, incarnant cette menace par l’image marquante des tripodes, ces étranges véhicules à trois pieds.
Et pour peu que l’on prenne conscience de l’importance du film critiqué ici, qui consiste à voir ce monument de la science-fiction adapté par l’un des plus grands cinéastes américains, cela reste une curiosité sur laquelle il est bon de s’attarder.
Mais il ne s’agit pas simplement ici de moderniser une œuvre qui pourrait être vue comme datée en la reprenant tel quelle et en la plaçant à la fin du 21è siècle. Car en reprenant à son compte la Guerre des Mondes, Steven Spielberg adapte intelligemment l’œuvre en y collant les préoccupations de notre époque et ne manque pas d’y apposer également ses propres sous-thèmes, ceux –ci s’intégrant parfaitement dans le récit principal.

Ray Ferrier (le personnage incarné par Tom Cruise) est un homme plutôt banal, faisant partie d’une classe sociale populaire. Steven Spielberg, bien conscient que la famille telle qu’elle était définie il y a encore quelques années n’est plus la norme, décrit ici un type de cellule familiale contemporaine : éclatée, le cinéaste n’hésitant pas à représenter un homme n’arrivant pas à s’imposer dans le rôle du père, incapable de communiquer avec ses propres enfants qui possèdent chacun leur personnalité, et qu’il tente désespérément de comprendre. Et tandis qu’il doit gérer cette situation, il se retrouve désormais, comme l’humanité entière, à devoir assister à l’extermination progressive de son espèce avant de fuir avec ses enfants.

Encore une fois, on est loin de l’image du héros infaillible ou imperturbable auquel Tom Cruise avait pu nous habituer dans bon nombre de ses films. Il est ici un homme totalement dépassé par la situation, qui prend des décisions davantage motivé par la peur, cherchant surtout à assurer sa survie et celle de ses enfants quand bien même il faille laisser des individus croiser sur sa route se faire prendre par les tripodes.
Si l’on devait trouver un personnage qui délivre un comportement parfois courageux, ce serait plutôt celui de son fils, Robbie Ferrier, joué par Justin Chatwin. En effet, si l’on pouvait y voir au départ la caricature de l’ado rebelle, le personnage se découvre un véritable courage face aux événements, allant jusqu’à vouloir affronter la menace et sauver des individus au péril de sa propre existence et de ce fait acquérant une certaine maturité en assumant ses propres choix.
On peut également remarquer la sensibilité toute particulière avec laquelle la fille du personnage principal, à savoir Rachel Ferrier, incarnée par Dakota Fanning, semble pressentir les choses. Elle est à l’affut de son environnement et observatrice, là où les adultes sont généralement trop pris dans leurs considérations du moment pour y faire attention.
Le réalisateur est donc loin de vouloir donner une image stéréotypée de ces personnages, le spectateur constatant ici le soin apporté à leur caractérisation. De plus, on peut remarquer que ces protagonistes sont ici placés dans un contexte Post-11 septembre.

Au moment de la sortie du film, les Etats-Unis sont encore fortement marqués par les attentats du 11 septembre 2001. Bon nombre d’œuvres y font référence de manière frontale et/ou de façon plus ou moins subtile comme World Trade Center d’Oliver Stone ou Vol 93 de Paul Greengrass. Certains auteurs abordent le sujet autrement et choisissent la métaphore par l’intermédiaire de la science-fiction, ce qui a été le notamment cas pour la série télévisée Battlestar Galactica (même si, certes, le 11 septembre et le terrorisme n’est pas le seul thème évoqué dans cette série).
De plus, le film de Steven Spielberg évoque aussi l’omniprésence des images, à travers les écrans de télévision ou ceux de caméras (que cela soit celles des chaînes de télévision ou les camescopes utilisées par n’importe quel individu). Ce sont aussi ce que le réalisateur considère comme symptomatique de notre époque, servant de plus à transmettre l’information aux personnages et au public, celui-ci suivant les événements du point de vue des protagonistes principaux sans possibilité d’avoir une information extérieure.
Car il faut voir que le film se place constamment à « hauteur d’homme » : nous suivons la fuite de Ray et de sa famille d’après ce qu’ils vivent, sans point de vue extérieur sur les choses qui nous permettraient de constater l’immensité de la catastrophe qu’ils subissent et nous laissant tout aussi perdu qu’eux sur l’évolution mondiale de la situation.

Avec tous ces ingrédients, le réalisateur réussit à installer une ambiance réellement effroyable, jouant avec le spectateur en installant des moments de suspense particulièrement bien dosés et des images chocs, mais sachant aussi laisser souffler ses protagonistes pour pouvoir faire avancer les relations entre eux.

Rater la vision d’un tel film reste dommage tant celui se révèle intelligent, effrayant et prenant, Steven Spielberg mettant tout son talent au service d’un film qui, certes, peut sembler uniquement contemporain, mais se trouve être en réalité un film au sujet intemporel, sujet qui continue encore et toujours à nous confronter à nous-mêmes.

1 commentaire

  • Bew dimanche 25 mars 2012 16 h 44 min

    « Rater la vision d’un tel film … » (dernier paragraphe) ;)

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