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Critique : Metal Hurlant Chronicles

Métal Hurlant est un magazine culte créé par Jean-Pierre Dionnet en 1975 et édité par Les Humanoïdes Associés. Jusqu’en 1987 (puis de 2002 à 2004), on pourra y découvrir de la bande dessinée “pour adulte” surtout orientée science-fiction et fantastique mais aussi des critiques de romans et des articles autour de la musique rock.
De très grands noms du Neuvième y travailleront : Moebius, Chaland, Tardi, Bilal, Gotlib, Schuiten ou encore Hugo Pratt pour ne citer qu’eux.

Après deux films d’animations sortis sous le titre de Heavy Metal (qui était le titre de la version américaine du magazine), Metal Hurlant revient donc sous forme d’une série télévisée “live” qui sera diffusée sur France 4 à partir du 3 novembre prochain.
Pour présenter cet ambitieux projet, France Télévision avait fait déplacer son créateur Guillaume Lubrano mais aussi les comédiens Scott Adkins, Michael Jai White, Guy Amram, David Belle et Eriq Ebouaney pour présenter trois épisodes et répondre aux questions des invités. Nous étions dans la salle.

Critique et impressions.

 

 

Adapter Métal Hurlant en série télévisée n’est pas une mince affaire. Les questions naissent d’elles-mêmes, comme pour beaucoup d’adaptations, et le format du médium d’origine ne fait qu’ajouter aux interrogations. Comment développer des histoires anthologiques écrites sur une dizaine de pages ? Comment respecter et rendre hommage à l’univers graphique de la bande dessinée sans se voir fermer les portes des distributeurs ? Comment organiser la série, sur quelle longueur, quelle ampleur, etc. ?

Autant de questions auxquelles Guillaume Lubrano, heureux détenteur des droits de la franchise, se propose de répondre. La genèse de la série est atypique. Un jeune réalisateur en devenir nourrit le projet pendant plusieurs années avant de convaincre France 4, et quelques partenaires internationaux, de l’aider à financer son aventure. Il ambitionne la première série TV française ouvertement science-fictive. Il veut prouver au monde que même un budget restreint peut permettre les plus folles histoires, il veut montrer des mondes inconnus, des situations étranges, parfois drôles, parfois inquiétantes, et il veut nous offrir de l’action.

Impossible de ne pas admirer la ferveur, la ténacité, l’audace de ce jeune artisan. Cependant, une fois les questions d’ordre logistique évacuées, il semble que la plus essentielle demeure : que faire de cette opportunité ? Que faire avec un budget qui, malgré sa relative faiblesse (légèrement inférieur à celui d’un téléfilm pour la saison 1), permet de transporter le spectateur aux bons désirs du cinéaste ?

Des deux versions du désormais légendaire magazine Métal Hurlant, Guillaume Lubrano choisit de s’intéresser, en premier lieu, aux histoires de l’itération la plus récente, celle publiée au début des années 2000. Il en extrait donc 6 histoires, relativement différentes dans leur contexte, pour s’accorder une pluralité de tons potentiellement enrichissante. Ses scénarios pénètrent alors, du moins en apparence, différents genres (médiéval fantastique, thriller post-apocalyptique, space opéra) et ouvrent par là même des possibilités sans limite.

Le format d’épisode choisi (26 minutes) semble adapté au récit d’histoires courtes mais percutantes. Commence alors le générique qui, avouons-le, annonce une révérence absolue envers cet univers aux ramifications infinies. Par ses images à mi-chemin entre planches de bande dessinée, storyboard et captures d’écran (fort bien) photoshopées, sa musique rentre-dedans et une voix-off caverneuse à souhait, l’ouverture de chaque épisode se révèle être des plus grisantes, ravivant déjà les contours d’une culture unique.

Dans La couronne du roi, premier épisode montré, Lubrano suit à la lettre le conte narré dans la BD d’origine, sans s’en détourner un instant, si ce n’est peut-être pour ajouter des dialogues redondants et somme toute dispensables. Le but de cet épisode se révèle presque immédiatement : le jeune réalisateur a voulu prouver que l’action n’est pas qu’affaire de budget, mais qu’une équipe motivée et talentueuse peut accomplir des miracles. Si la réalisation en elle-même est parfois discutable, voire franchement douteuse (quand cette mode insupportable des ralentis superflus cessera-t-elle ?), l’épisode n’est en effet pas avare de combats aux chorégraphies plaisantes sans être extraordinaires. En quantité donc, le pari est tenu. En qualité malheureusement, la propension à l’illisibilité s’explique par deux facteurs : l’usage abondant de focales moyennes ou longues singeant l’immersion mais brouillant les repères spatiaux, et un cadre parfois calamiteux, complètement désaxé par rapport à l’action que l’on essaie d’illustrer.

Dans l’ensemble, les épisodes montrés ont fait preuve d’un production design remarquablement bien maitrisé, se permettant de donner vie à des lieux fantastiques ou futuristes de manière crédible. Ce premier épisode ne déroge donc pas à la tendance, s’offrant un décor minimaliste certes, mais surtout efficace. La photographie est soignée, bien que le parti pris dénaturalise l’aspect général des textures, plongeant bien le tout dans un univers de fantasy.

Michael Jay White, parmi les invités d’honneur de la projection, s’est dit impressionné par la qualité du doublage. Permettez-moi de le contredire : un peu plus de travail sur la synchronisation n’aurait pas été de refus.

La projection enchaîne avec un deuxième épisode intitulé Protège-moi, mettant en scène James Marsters et Michelle Ryan, isolés dans un abri antiatomique au lendemain d’une apocalypse nucléaire. Huit-clos aux allures de thriller donc, dans lequel les deux personnages vont se contenter d’échanger des paroles sans grand intérêt tout en mangeant des fayots. Épisode fascinant s’il en est, d’autant que le concept de base aurait permis tellement plus que ce qui nous est offert ici. La tension ne monte hélas jamais, laissant le public dans son rôle de spectateur passif face à une historiette sans conséquence ni substance, et ce ne sont pas les deux bonnes idées de mise en scène qui viendront changer la donne.

Arrive le troisième épisode Three on a Match, qui dès son ouverture exprime déjà une portée bien plus captivante que ses prédécesseurs. Le créateur du projet nous l’avait promis, l’un des épisodes sera de la pure science-fiction. On embarque donc dans un vaisseau spatial aux décors proprement magnifiques pour ce genre de production, espérant enfin assister à un récit plus ambitieux, plus étendu. Et bien non. Nous voilà prisonniers, cinq minutes durant, d’une capitaine de vaisseau nymphomane et névrosée (penchant SM) essayant de se faire pilonner par un officier aux capacités mentales manifestement inégalables pendant que deux gardes, surveillant la porte, tentent d’enfoncer encore le clou des dialogues insipides. Notre souffrance se termine enfin lorsqu’une météorite frappe le vaisseau, forçant les survivants à évacuer.

Avant de continuer, vous remarquerez que ces humains du futur sont particulièrement stupides et incompétents puisque leur vaisseau ne possède visiblement ni capteurs, ni radars, ni pilotes, ni boucliers. Ok.

Bref, nous revoici en compagnie du grand Dominique Pinon, ingénieur parvenant à trouver refuge dans une navette de sauvetage déjà occupée par deux membres des commandos (ne me demandez pas de quoi, nous ne le saurons jamais). Nouveau huit-clos, nouveaux dialogues sans saveur, nouvelle perte de temps. On assiste donc à un remplissage de vingt minutes consistant à un récit dans le récit (balaise étant donnée la durée de l’histoire) et à un combat filmé en gros plans.

J’en reviens à cette question de la manipulation d’une source d’idées telle que Métal Hurlant. Monsieur Lubrano s’est vu confier un budget qu’il a utilisé avec une efficience remarquable sur le production design. Chaque épisode bénéficie d’un aspect crédible et tangible, et c’est pourquoi je trouve d’autant plus dommageable que le réalisateur se soit satisfait de rester l’esclave des histoires qu’il a voulu adapter. Leur courte durée et leur format permet, en bande dessinée, un traitement cynique, humoristique, parfois même ironique.

En l’adaptant au petit écran pour une culture de masse, pour une diffusion plus large, et surtout parce qu’il prétend vouloir prouver que l’on peut tout faire en France, Lubrano ouvre les bras à la question : pourquoi diable avoir décidé de raconter des anecdotes sans intérêt ? C’est en effet tout ce que vous trouverez dans ces scénarios, faiblesse incontestable de l’entreprise, qui ne dépassent jamais le statut de sketchs sympathiques par moment. On le sait, recopier une BD à l’écran est un exercice stérile, tout simplement parce que l’on parle de deux média différents.

Guillaume Lubrano s’est vu offrir une chance inespérée, de par chez nous, d’explorer un genre délaissé dans les média de masse, et en particulier à la télévision. Or il n’en est rien. Ces trois épisodes se réduisent à trois dénominateurs communs : de l’action, des vannes vaseuses et des dialogues tout simplement mauvais. En d’autres termes, la science-fiction, pierre angulaire du projet, est totalement absente du résultat final. Il ne suffit pas de coller un vaisseau spatial sur l’écran pour faire de la SF. Celle-ci se doit d’être un discours, une tentative d’anticipation et d’exploration (de très nombreux sujets), comme c’était autrefois le cas dans le magazine Métal Hurlant, qui n’hésitait pas à proposer des concepts ou à décortiquer, même sommairement, des personnages tout sauf monolithiques.

Que dire donc, de Métal Hurlant Chronicles ? C’est une promesse. Inachevée, certes, mais une promesse qu’il serait dommage de ne pas soutenir. Le travail fourni par chacun sur le projet laisse entrevoir un potentiel certain, qui ne demande qu’à être développé. En soi, la série est malheureusement tout sauf ce qu’elle prétend être. D’abord action, puis thriller et enfin comédie, les concepts science-fictifs présents ne le sont que par défaut, pas par volonté. Un premier pas vers la SF à la télévision française ? Pas vraiment. La preuve que cela est envisageable ? Sans aucun doute.

 

Metal Hurlant Chronicles – Diffusion sur France4 à partir du 3 novembre 2012
Créée par Guillaume Lubrano
Série de science fiction adaptée du célèbre magazine éponyme racontant divers histoires indépendantes les unes des autres mais toutes reliées par le mysterieux “Metal Hurlant”, un étrange météore qui parcourt l’espace et le temps, changeant la vie des êtres qui croisent son chemin. Les épisodes de 26minutes sont directement adaptés des bandes dessinées parues dans le magazine créé dans les années 1980 par Moebius, Druillet et Dionnet et qui deviendra plus tard “Heavy Metal” aux USA.


Questions-réponses Metal Hurlant Chronicles filmé par Nivrae

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2 Comments

  • par petaire
    Posté vendredi 5 octobre 2012 22 h 24 min 0Likes

    Ah merde, c’est raté alors… Dommage c’était très prometteur comme projet. Mais vous avez raison de soutenir un projet ambitieux, surtout quand il vient du service public.

  • par belzingue
    Posté samedi 6 octobre 2012 14 h 21 min 0Likes

    ah ben moi j’ai adoré !!

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