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Critique : Kaamelott, Premier Volet

Après de trop nombreux reports liés à la pandémie, Kaamelott Premier Volet sort dans les salles ce mercredi 21 juillet. Il vous faudra néanmoins un pass sanitaire en règle pour le découvrir (ou une toute petite salle limitant sa fréquentation), en n’oubliant pas de rester jusqu’aux dernières minutes du générique.

LA CRITIQUE

Kaamelott a commencé son périple il y a seize ans sur M6 à travers plus de 450 épisodes courts (et une dernière saison en 8×50 minutes) dans lequel le Roi Arthur doit gérer le Royaume de Logres en étant cerné par des clampins et des traines-savate. Le format a permis à Alexandre Astier, créateur, auteur, réalisateur, monteur, compositeur et acteur principal de la série de s’amuser avec les légendes arthuriennes pour proposer un programme court aux dialogues et aux situations hilarantes. Mais, en plantant des graines dès le début de la série, Astier a réussi à raconter une histoire, qui a pris de la bouteille dans les deux dernières saisons.

Évidemment, si vous êtes un geek qui a inclut les citations de la série dans son vocabulaire du quotidien, vous le savez déjà. On a laissé Arthur en partance vers Rome, son île désormais aux mains de Lancelot et de ses troupes. Le Roi a abandonné son peuple et fuit outre Manche.
Le film s’ouvre, lui, des années plus tard, en mer méditerranée. Grâce à l’intermédiaire de voleurs, Arthur est retrouvé et ramené de force en Europe. Là-bas, il va découvrir ce que c’est devenu son royaume, ravagé, dix ans après son départ. Et ses rencontres vont l’obliger à se remettre en question, voire, peut-être, à reprendre Excalibur laissée enfoncée dans la pierre.

Mais une série qui a royalement fonctionné au format court et un peu moins lors de son passage à 50 minutes peut-elle fonctionner au cinéma ? Rares sont les séries télés qui, une fois au format long métrage, ont réussi à sortir du cadre. Seule Star Trek y est parvenu avec quelques longs métrages particulièrement réussi. Les autres, de X-Files à Deadwood en passant par Veronica Mars ou Firefly, ressemblaient à de grands épisodes sur grand écran. Si beaucoup d’efforts sont faits pour que ça ne se voit pas trop, Kaamelott n’échappe pas complètement à la règle, le film ayant bien du mal à proposer de l’envergure. Certes, il y a quelques décors superbes (merci l’Auvergne), des costumes magnifiques et beaucoup de soin mais certaines scènes de ce Premier Volet restent trop figées, voir parfois brouillonne. Cherchant le grand spectacle à la fin de son histoire, Alexandre Astier a bien du mal à le filmer.

Par ailleurs, il préfère l’ellipse et l’illustration à l’explication. A l’heure des blockbusters où tout est prémâché pour le spectateur, c’est tout à son honneur. Mais là non plus ça ne fonctionne pas toujours. Montrer les doutes, les faiblesses et les choix du Roi Arthur dans un regard et sans un mot n’est pas toujours une solution, ça ne l’était d’ailleurs pas non plus dans la série. Cela dit, il y a de très belles scènes et, parfois, quelques fulgurances visuelles comme un superbe plan où Perceval, le vrai héros de cette saga, découvre son souverain enfermé dans une cage.

Pour autant, ces soucis techniques n’enlèvent rien au plaisir de retrouver Arthur et les bons à rien qui, jadis, ont composé la Table Ronde. Les acteurs sont formidables (Lionnel Astier, toujours au sommet) et tous se régalement, comme nous, à se plonger à nouveau dans les fantastiques dialogues de l’auteur. Le verbe d’Astier et sa capacité à faire prononcer à des héros médiévaux des termes familiers, argotique et parfois vieillot fonctionne une nouvelle fois à merveille. Les situations sont aussi hilarantes que le fan service n’est là que pour servir l’histoire. Pas question de caler un “c’est pas faux” pour faire rire le nerd, non, Astier est bien plus malin que ça quand il écrit son histoire. Il l’est aussi pour faire évoluer son personnage. Pas grand monde n’a bougé en dix piges au Royaume de Logres mais Arthur, lui, a du chemin à parcourir pour redevenir le héros qu’il était. Et ce chemin, dont le film n’est que la première étape, se fait avec beaucoup d’intelligence.

Si vous arrivez à ce stade de la chronique en vous demandant si vous devez aller voir Kaamelott en ne connaissant rien à la série, la réponse serait plutôt non. Certes, le film peut se voir en n’ayant aucun background mais d’abord il surprendra avec son tonalité humoristique et ensuite vous serez perdu dans la bonne douzaine de personnages ni introduits ni qualifiés.

Citons, enfin, la très belle bande-originale qui lorgne ponctuellement vers du John Williams mais aussi l’interprétation de Neil Astier (le fils), qui incarne brillamment Arthur jeune dans une série de flashbacks là aussi très malins.

Kaamelott Premier Volet est un jeu d’équilibre, parfois précaire certes, mais un équilibre quand même. En bon artiste funambule multitâche, Alexandre Astier s’en sort avec les honneurs malgré les défauts. Il a désormais un boulevard devant lui pour s’attaquer au second volet.

Kaamelott Premier Volet, d’Alexandre Astier – Sortie le 21 juillet 2021

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