Si ce nouveau numéro de Fearful Symmetry, la chronique BD régulière de CloneWeb, s’est faite un peu attendre, c’est parce que ses deux auteurs ont choisi de ne pas vous présenter un mais deux albums différents.

En effet, l’avantage de la rubrique écrite à quatre mains, c’est que ça peut être autre chose qu’une conversation. Ca peut notamment être l’un qui présente une trouvaille à l’autre. C’est le cas ici puisque Guillaume et Basile ont choisi d’évoquer chacun une BD que l’autre ne connaissait pas.

Ce 6e tome de Fearful Symmetry est donc consacré à la fois à Nini Patalo de Lisa Mandel mais aussi à Immergés de Juncker. Bonne lecture !

Guillaume
Amis internautateurs, pour ce sixième épisode, nous avons décidé d’innover en choisissant de chroniquer non pas une mais deux, je dis bien DEUX, bandes dessinées. (“yes, we can !” comme disait Barrako) Et pour ce faire, chacun d’entre nous va présenter à l’autre une bd qu’il juge digne d’intérêt.
L’autre sera donc le candide de service puisqu’il ne connaît pas la bd en question et qu’il va en poser plein (des questions). D’où totale identification pour toi lecteur, d’où idée cadeau pour les fêtes, d’où festival de galéjades et de répliques acerbes.

C’est parti.

D’aussi loin que je suis concerné, j’ai choisi de vous parler d’une série jeunesse bien sous tout rapport et surtout bien barrée : Nini Patalo de mademoiselle Lisa Mandel.

Et toi, estimé collègue ?

Basile
Pour moi ça sera une série sur des hommes qui aiment vivre entassés, dans leur crasse, sans se raser, à tuer le temps en jurant comme des charretiers ou à parler de cul… les sous-mariniers névrosés de la Kriegmarine, stars de la série Immergés de Nicolas Juncker !

Guillaume
Hmmm, je suis déjà sous le charme… mais dis-moi, ce nom de “kriegmarine”, i’s’rait-y pas allemand des fois ? Laisse-moi deviner… c’est une bd sur l’Union Européenne, et “sous mariniers” c’est le surnom des députés d’outre-rhin ! J’ai bon ?

Basile
Y sont allemands, et même mieux que ça, ils sont nazis ! Enfin pas tous… Et oui, car rien n’est simple en cette période troublée qu’est 1939, et… Hum, ne mettons pas la charrue avant les boeufs.
Si tu commençais d’abord par nous dire QUI est Nini Menthe-à-l’eau ?

Guillaume
Nini Patalo est une petite fille d’environ 10 ans qui en a assez que ses parents lui donnent toujours des ordres (genre “Range ta chambre”, “fais ton lit”, des trucs horribles, quoi). Une nuit, en voyant une étoile filante, elle fait le voeu qu’ils disparaissent. Et le voeu se réalise ! Nini se retrouve enfin seule et libre !

Et à partir de là, on exploite ce mot de liberté au maximum et on ouvre les vannes du délire : Nini (et ses amis), sont l’incarnation de tous les jeux imaginaires de l’enfance. Tout y passe : un canard qui parle, un homme préhistorique cuisinier, un monstre violet protéiforme, une prof de catch romantique, un soap opéra avec des vieux, une patate vivante de 10 kilos et… des mini pingouins dans le frigo ! (une vraie saloperie ce truc là)

Basile
Mais ça m’a l’air d’être bien le bazar chez Nini ! C’est rare ce genre de séries jeunesse qui partent sur un postulat classique (papa et maman, l’univers familier de la maison) avant de basculer sur un trip fantastique. En général, on commence directement dans l’imaginaire ou alors on reste dans le “réaliste” (et parfois ça donne des séries pourries comme Cédric…) Ça tient la route sur plusieurs albums ce petit délire ?

Guillaume
Alors, je précise qu’il s’agit de gags en une page donc c’est vrai qu’il y a des hauts et des bas à l’intérieur d’un album mais globalement, oui, ça tient la route au moins sur les quatre premiers albums (pour le cinquième, l’auteure, Lisa Mandel traversait une crise personnelle et il est moins abouti mais elle m’a confié récemment qu’elle avait retrouvé l’inspiration et qu’elle était motivée pour le sixième tome, surtout qu’une série animée est aussi en préparation et qu’elle y participe).

Je dirais même qu’il y a une montée en puissance puisque dans le tome 4 on trouve des personnages concepts ! Pas des personnages expérimentaux, non, mais des concepts tels que la vie, la mort, le bonheur, l’absurde, le désespoir… incarnés en personnages et qui viennent squatter chez Nini (la mort par exemple, adore jouer au jeu de l’oie mais est une sacrée mauvaise perdante) parce qu’ils en ont marre de s’occuper de l’humanité. Une idée loufoquement métaphysique qui m’a fortement fait penser à du Neil Gaiman pour enfant, le délire en plus.

Mais si ma série respire l’optimisme et la rigolade, j’ai l’impression que la tienne est bien sombre… qu’est-ce qu’il se passe dans ce fichu sous-marin ?

Basile
Oui, oulah, Immergés ça n’a rien de joyeux. Déjà la période n’est pas folichonne (tout début de la Seconde guerre mondiale) mais en plus on se trouve dans le mauvais camp. Car c’est le quotidien d’une équipe de sous-mariniers allemands que l’on suit. Et être à la fois sous-marinier et nazi (du moins c’est ce qu’on attend d’eux) n’a rien d’une sinécure. Il s’agit vraiment d’une série de personnages : chaque tome (pour l’instant deux au compteur, et potentiellement vingt en tout) reçoit son titre d’après le nom d’un des membres d’équipage. Ainsi, chaque album se concentre sur le point de vue d’un protagoniste. Pour l’instant on peut déjà voir des interconnections entre les deux premiers tomes, que ça soit sur les scènes du quotidien ou sur cette sombre affaire de traître à bord… Parano, tension, violences, bref, c’est pas La Croisière s’amuse !

Guillaume
Quand tu dis qu’un tome est centré sur un personnage est-ce qu’on a droit à des flashbacks, la vie avant la guerre, etc. un peu comme dans Lost ou est-ce que c’est un point de vue différent à chaque fois sur la situation actuelle ? (et du coup, on ne s’y perd pas un peu ?)

Basile
Il y a en effet pas mal de flashbacks sur la vie du bonhomme avant la guerre, et ce qui a fait qu’il a atterri dans ce sous-marin. Les divergences de point de vue se portent sur l’affaire de trahison et les relations tendues entre certains membres.
L’ambiance claustrophobe est par ailleurs superbement bien rendue, avec un gaufrier bien oppressant : beaucoup de petites cases centrées sur les visages des marins, pour bien rappeler que c’est là que se joue l’histoire. Et le tome 2 rompt avec la monotonie volontaire du découpage en offrant une des plus belles et judicieuses utilisations d’onomatopées que j’ai pu voir. C’est simple, on s’y croirait, dans le sous-marin.

Guillaume
Donc l’intrigue tourne autour d’une trahison, hmm… Et puisque tu parles des visages, le design des personnages est particulier, non ? (j’ai cru apercevoir des yeux bizarres…)

Basile
Tu fais sans doute référence à ce bon Oscar Kush, héros du deuxième tome, surnommé “la Grenouille” par ses camarades, pour des raisons évidentes!

Mais il me semble que la Mandel, c’est pas la dernière pour faire des gros yeux !

Guillaume
Oui, les yeux sont assez rondouillets et c’est vrai que le dessin est simple et dynamique (à l’image des séries Tchô ou de Jacques Azam) mais c’est aussi une qualité : c’est léger, c’est drôle, on y va, on fonce ! (et puis tant pis si ça n’est pas super académique)

Enfin, bref, voilà, en ces périodes de cadeaux, que ce soit pour les grands ou pour les petits, je voulais te/vous faire découvrir cette série très sympathique qui est un parfait exemple de la richesse de la bande dessinée dite “jeunesse” et qui sera du plus bel effet sous le sapin ! enjoyez !

(Allez, essaye de vendre ta série maintenant, héhéhé…)

Basile
Et si vous en avez marre des BD plan-plan sur la Seconde Guerre Mondiale (et elles sont légion), embarquez donc avec Juncker dans son sous-marin ! Un style original et une écriture de qualité, que vous faut-il de plus ?

 

Nini Patalo
Scénario et dessin : Lisa Mandel
Editeur : Glénat
5 tomes disponibles

Immergés
Scénario et dessin : Nicolas Juncker
Editeur : Glénat / Treize Etrange
2 tomes disponibles

Les images de cet article sont visibles en HD en cliquant dessus et sont © Glénat, 2010

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