Pour le 4e numéro de notre chronique consacrée au neuvième art, Guillaume et Basile avaient prévu de vous parler de tout autre chose que ce qui suit. Mais Delcourt en a décidé autrement en publiant fin août la première aventure solo d’Abe Sapien, émiment membre du BPRD et comparse d’Hellboy. Il n’était pas question pour nos deux chroniqueurs de passer à coté d’une BD co-signée Mike Mignola. Bonne lecture !
Et notez, en bonus, que les illustrations de cet article sont les 4 premières planches de l’album. A lire donc dans l’ordre et en HD en cliquant dessus !

 

Guillaume
Comme le disait Mark Harris (référence de folie), aujourd’hui, on plonge.

À double titre, puisque d’une part, notre héros est un homme poisson et d’autre part, il appartient à un véritable univers particulier du monde de la bande dessinée qui happe facilement le lecteur, tel un lac de montagne aux eaux sombres et ténébreuses…
Nous allons donc parler de la dernière série dérivée créée par le grand Mike Mignola qui met en scène Abe Sapien, membre mystérieux et efficace du Bureau of Paranormal Research and Defense, autrement dit, le B.P.R.D.

Mais peut être qu’avant d’attaquer le vif du sujet, on fait un petit point sur le Mignolaverse, pour les deux du fond qui ne suivent pas ? Monsieur Basile, votre avis sur le sujet ?

Basile
Ah oui tiens, ça ne sera pas superflu !

Alors à l’origine nous avons Hellboy, démon rouge et cornu recueilli dans son “jeune” âge par un professeur qui va plus tard fonder le BPRD. Hellboy est un enquêteur du paranormal et se frite souvent avec tout un bestiaire bien funky allant du monstre tentaculo-lovecraftien au zombie retors en passant par le fantôme torturé. Il agit pour le compte du BPRD mais de temps à autres, il s’absente pour se livrer à une quête bien plus personnelle, celles de ses origines.

De cette série, Mike Mignola a tiré le spin-off BPRD qui suit donc les aventures des autres membres du bureau. Hellboy n’est qu’une présence lointaine et on se concentre sur ses amis Liz, Joann, Roger (j’adore Roger) et Abe Sapiens. Abe Sapiens, curieux homme poisson, est le meilleur ami d’Hellboy et ce premier volume intitulé “La Noyade” lui est consacré. Nous sommes donc en présence d’un spin-off de spin-off !!!

Et la première question que je pose est : est-ce bien nécessaire ?

Guillaume

Bonne question que voilà.

J’avoue que j’étais moi aussi dubitatif à l’idée de lire les aventures d’Abe. Exploitation commerciale, volonté de faire plaisir aux fans, tirage sur la corde ou véritable pertinence ?

Je précise tout de suite que je sais qu’il existe ENCORE d’autres séries dérivées comme celles qui s’intéressent aux débuts de bureau (BPRD 1946 et BPRD 1947) ou celle sur Lobster Johnson, autre personnage de la série. Celle-ci n’est donc pas la dernière.

Ici, ce qui est un peu rassurant, c’est que c’est Mike Mignola himself qui signe le scénario, et c’est très souvent un gage de qualité. Après, le fait de s’attaquer à un personnage comme Abe est un risque à double tranchant (depuis quand les risques ont des tranchants ? n’importe quoi ce type…).
Je m’explique : par essence, Abe est un personnage mystérieux (mais si, vous savez bien, y’en a dans toutes les séries d’équipes, le mec silencieux, ténébreux, au passé obscur, etc.) et ce mystère, c’est souvent une grosse partie du charme du personnage. Alors lorsque l’on entreprend de raconter le passé dudit personnage, il perd beaucoup d’intérêt (exemple type : Wolverine ou Magnéto chez Marvel).

Mignola avait déjà raconté les origines d’Abe dans la série BPRD (scrogneugneu) mais n’allait-il pas le vider de sa substantifique moelle avec cette série ?

Ma foi, malgré mes doutes, je dois dire que Big Mike a encore une fois prouvé sa maîtrise en racontant une histoire entièrement bâtie autour de son personnage tout en lui conservant sa part de mystère, utilisant pour cela une astuce narrative toute simple : il n’y a aucune bulle de pensée. Le lecteur est donc davantage spectateur, en attente face aux personnages qui, du coup, gagnent en épaisseur.
Mais peut être m’emporté-je ? Qu’est-ce que tu en as pensé, toi ? Ton impression au fur et à mesure que tu lisais ?

Basile

Pour ma part, c’était du Mignola en mode automatique que j’ai lu : notre héros débarque dans une bourgade où les démons foutent le dawa; coïncidence, le héros en question est assailli par le doute et du coup combat intérieur et extérieur se mêlent. Cela reste très décompressé, mais cela n’a rien d’une nouveauté, les derniers tomes de BPRD se résumant généralement à une longue baston contre un ou plusieurs streums.

Jason Shawn Alexander tient bien sa barque et la série respecte l’ambiance graphique de l’univers Hellboy/BPRD. Le problème ne vient donc pas vraiment de lui mais plutôt du sieur Mike Mignola, qui tire trop sur la corde à vouloir développer son univers à coups de mini-séries. BPRD était une franche réussite car elle proposait quelque chose de différent (la dynamique d’équipe). Avec La Noyade, on se retrouve à nouveau devant du Hellboy, mais du sous-Hellboy parce que la patte graphique de Mignola n’est pas là.

Guillaume
Non mais attends, petit, calme tes ardeurs : les “démons qui foutent le dawa” c’est un peu la raison d’être du BPRD, donc évidemment qu’Abe va devoir s’y confronter. Et si le héros est assailli par le doute c’est peut être aussi parce que c’est sa première mission en solo !

Tiens, pour la peine, je vais pitcher le bouquin : on est en 1981 et Abe Sapien, nouvelle recrue du BPRD, est envoyé dans une petite île des côtes françaises afin de récupérer la dépouille immergée d’un sorcier hollandais tué au XIXe siècle. Mais à Saint Sébastien, le seul village de l’île, un étrange culte est à l’œuvre et l’homme poisson ne fera pas le voyage pour rien…

Moi c’est pas le boulot de Mignola qui m’a dérangé (l’intrigue est classique certes, mais le découpage est excellent), c’est plus le dessin d’Alexander : il est parfois difficile de différencier certains personnages (le fils de la sorcière ou les gardes du sorcier par exemple) et puis son trait réaliste surprend dans l’univers hellboyen plutôt cartoon.

Je reconnais néanmoins que les couleurs et les tons utilisés (marron, ocre, kaki) collent parfaitement à l’ambiance aquatique/poisseuse de l’histoire. Et mon dernier reproche serait celui-ci : l’enquête est taillée sur mesure pour Abe mais sans doute l’est-elle un peu trop, il n’y pas de réelle surprise.

Je comprends ton argument de sous-Hellboy mais bon, il y a tellement de temps entre chaque tome du gros rouge que ce volume fait patienter en douceur.

T’aimes pas le poisson, hein, c’est ça ?

Abe Sapien, La Noyade
Dessin: Jason Shawn Alexander
Scénario: Mike Mignola
Editeur : Delcourt
132 pages. 14,95 euros.
Parution le 25 août 2010

1 commentaire

  • fenderbirds lundi 18 octobre 2010 19 h 40 min

    nice article, keep the posts coming

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