Ponctuellement, pour le plaisir et quand l’actualité nous tente, CloneWeb parle de bande dessinées. Et chaque début d’année, tel le phoenix, la rubrique renait de ses cendres pour évoquer l’évènement BD : le fameux festival d’Angoulême.

Cette année point d’interviews mais l’envie de vous faire vivre le festival de l’intérieur à travers deux articles. Le premier revient brièvement sur le festival dans sa globalité et sur le choix très particulier d’avoir couronné du Grand Prix l’auteur de Calvin & Hobbes Bill Waterson.

Le palmarès complet est disponible un peu partout mais notamment ici.

 

ANGOULÊME 2014, LE TOURNANT
ÉPISODE 1 : LA CRISE

Hello les jeunes ! Vous vous morfondiez, vous vous demandiez mais bon sang où est donc passée cette satanée rubrique BD du meilleur site d’information pop culturel au monde à savoir CloneWeb ?! Eh bien, la voilà, qui renaît de ses cendres à l’occasion de la 41e édition du festival international de la bande dessinée d’Angoulême qui comme chaque année fait dire au brave quidam qui regarde son journal de 20h le dimanche soir : « Tiens, ça existe encore ce truc-là ? Passe-moi les haricots verts, va. »

Je m’en vais donc te faire un petit topo de la situation, jeune, parce que figure-toi que j’y étais à ce 41e festival, sisi, cloneweb reprizints toussa et pour faire clair, je vais te découper le truc en plusieurs parties : si tu aimes bien la bédé et que t’es trop content que Calvin et Hobbes aient gagné parce que c’est vraiment génial comme série franchement j’te jure ma meuf elle adore c’est trop délire, tu pourras te contenter du présent papier ; en revanche, si tu aimes beaucoup la bédé et que tu veux avoir des détails sur les expositions, l’organisation et l’ambiance du festival, tu pourras lire cet article ET le prochain.

Expliquons maintenant le titre et le sous-titre de cet article, qui sont ma foi, assez interchangeables.

Cela fait plusieurs années que les professionnels et les journalistes le disent : la bayday franco-belge ne va pas bien : surproduction, stagnation des ventes, vieillissement du lectorat, non reconnaissance dans les médias, j’en passe et des meilleures. Eh bien cette année, à Angoulême, cela s’est VU ! Ça couvait, ça grimpait petit à petit mais là, on était vraiment en situation de crise. Et à plusieurs niveaux.

Je ne reviendrai pas sur le mode de scrutin de cette édition qui a fait polémique (voir les sites tels Actuabd, Bodoï ou 9eme art pour avoir plus de détails) mais il a abouti à l’élection d’un auteur qui ne fait plus rien depuis 1995 ! (davantage là-dessus un peu plus tard) Premier malaise.

Le second malaise concerne l’avenir du festival lui-même, tiraillé entre différentes organisations plus ou moins institutionnelles ou institutionnalisées, chacune d’entre elles voulant avoir la main mise sur « la chose ». Second malaise, mais celui-ci est récurrent donc, ne nous inquiétons pas trop (et là aussi vous aurez des détails sur les sites cités plus haut).

En revanche, le troisième malaise, était donc visible cette année (et lié au second) : il n’y avait plus de sous chez les éditeurs.

Pour ceux qui ne connaissent pas Angoulême (et même pour ceux qui connaissent) dites-vous que c’est comme si 2 troupes du Cirque du Soleil débarquaient en même temps sur une grande place de village : à ma gauche le chapiteau de Las Vegas et à ma droite le chapiteau de Montréal. À l’intérieur, des artistes, la fête, des décors grandioses, des gens heureux, des enfants émerveillés et tout, et tout. Sauf que cette année, y’avait qu’un chapiteau. Et qu’à l’intérieur, ben, y’avait pas tant d’artistes que ça, et que les décors étaient assez minimalistes, et espacés aussi. Les gens heureux, passe encore mais alors les enfants émerveillés, ça devient une espèce en voie de disparition… bref, finie la démesure, finie la fête, on fait le minimum, on fusionne les stands (Delcourt-Soleil) ou alors on ne vient pas du tout (Dupuis) et puis on laisse la place aux sponsors parce que sinon, on ne serait même pas là.

Bien sûr, Angoulême ce n’est pas que ça, et je parlerai du reste dans un autre article mais ces stands de gros éditeurs restent tout de même la vitrine du festival et sont l’endroit qui draine le plus de public. Les voir aujourd’hui réduits à la portion congrue est assez étonnant (surtout lorsque l’on se souvient qu’il y a moins de 10 ans, Soleil occupait à lui tout seul quasiment un chapiteau entier) (d’où l’analogie avec le cirque, comprenez ?)
Maaaais je veux rester positif et croire que ceci n’est qu’une phase, vers une nouvelle version du festival, sûrement plus simple, plus épurée, comme c’était le cas à ses débuts. Pour l’instant, rien n’est fait mais j’ose croire que cette édition 2014 marque la fin d’une période.

Et Watterson dans tout ça ?

J’y viens. Lui aussi est le symbole d’un renouveau : pour la première fois, le grand prix du festival n’a pas été choisi par ses prédécesseurs mais par l’ensemble de la profession (enfin, par ceux qui ont bien voulu voter). Sauf que… c’est un énorme pari.

Bill Watterson, certes star de la bande dessinée mondialement connu, certes auteur de grand talent et d’une grande intégrité, s’est retiré de la vie publique en 1995 pour se consacrer à sa vie privée et à la peinture. Même les sirènes de Spielberg et de Lucas n’ont pu le déloger de sa retraite ! (certes, c’étaient des sirènes financières…) L’homme sera-t-il donc sensible à ce prix décerné par des français 20 ans après son départ ? Remarquez, là, il est sûr qu’on n’en voudra pas à ses droits et que c’est vraiment un vote du cœur de la part de confrères (m’enfin, le bonhomme a déjà refusé de tels prix aux États-Unis, j’espère simplement qu’en plus de ses principes, il n’a pas la phobie des voyages).

Je rappelle à tout hasard que le grand prix est censé dessiner l’affiche du prochain festival, éventuellement venir assister aux festivités et qu’une exposition lui est consacrée. En ce qui concerne cette dernière, l’éditrice française de Bill a affirmé qu’elle pourrait avoir lieu car l’auteur a cédé beaucoup de ses originaux à une bibliothèque publique américaine et qu’elle allait traiter directement avec eux. En ce qui concerne sa venue, en revanche, elle est restée très dubitative… (au fait, je ne vous l’avais pas dit, mais cet éditeur (Hors collection) non plus n’avait pas de stand cette année, comme quoi…)

Restons positifs là aussi et imaginons que Bill accepte, ou du moins qu’il fasse savoir qu’il est d’accord, qu’il aime bien l’idée, qu’il a déjà lu Tintin, que sais-je, un petit geste vers la France, quoi ! Assurément le pari serait gagné et rapporterait gros puisqu’il placerait enfin (ou Re-placerait enfin) Angoulême comme carrefour mondial de la bande-dessinée (« Hey, ce sont les gars qui ont fait bougé Watterson ! Ils doivent être super balèzes ! Allons acheter leurs bouquins ! ») Place qui lui a échappé depuis l’avènement de la geek culture et du Comic Con de San Diego.

Croisons les doigts, regardons vers l’avenir et allons discuter avec un tigre en peluche…

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