Dans toute compétition, il y a des favoris, des challengers, des outsiders et puis… des absents.

Aujourd’hui, toujours en relation avec le festival d’Angoulême (et sa polémique toujours en cours), j’ai choisi de vous parler d’un album sensationnel, injustement oublié de la sélection et qui mérite toute votre attention. Je veux évidemment parler de Zaï zaï zaï zaï de Fabcaro (hein ? comment ? cet album a déjà reçu plein de prix et donc il n’est pas si ignoré que ça ? ah mais je ne savais pas, madame…)

 

ZAÏ ZAÏ ZAÏ ZAÏ
de Fabcaro

Le pitch :

Fabrice est auteur de bande dessinée.
Fabrice aime sa famille.
Fabrice va faire des courses au supermarché.
Mais Fabrice fait une connerie : Fabrice oublie sa carte de fidélité.
C’est là que l’implacable machine du monde moderne se met en marche : la caissière appelle le vigile, le directeur du magasin doit en référer aux autorités et Fabrice n’a plus d’autre choix que de fuir, fuir le plus loin et le plus vite possible.
La traque commence.

Pourquoi c’est bien :

Vous l’aurez compris (d’ailleurs c’est marqué sur la couverture) cette histoire est un road-movie et même si le récit de voyage (plus ou moins initiatique et aventureux) est un genre littéraire au départ, le terme « movie » renvoie bien naturellement au cinéma (d’où cette évocation sur CloneWeb©, eh).

Fabcaro fait donc immédiatement le lien entre papier et écran. Une des preuves de ce lien est narrative : l’auteur a opté pour un découpage en « gaufrier » c’est-à-dire un enchaînement de cases toujours de la même taille (à quelques rares exceptions près) disposées en 2 colonnes, ainsi on obtient une unicité de cadre comme le ferait un écran.

Une autre preuve, c’est le dessin. Fabcaro s’est fait connaître depuis une dizaine d’années par des strips humoristiques et des gags en une page au style simple et classique de la bd d’humour. Mais depuis 2013 et ses fameux Carnets du Pérou (nominés à Angoulême, là, tiens), il choisit un trait plus réaliste, plus naturaliste. C’est donc ce graphisme qu’il met en scène dans Zaï zaï zaï zaï ce qui donne un rendu quasiment photographique avec une particularité que l’on retrouve dans les travaux de Bastien Vivès ou Ruppert et Mulot (je glisse des noms pas que pour faire bien, hein, c’est aussi pour vous aiguiller vers des auteurs drôles et talentueux) : la quasi absence de visage, les yeux et la bouche étant réduits à des traits minimes, ce qui laisse au lecteur une grande part d’imagination quant aux réactions des personnages, on peut ainsi projeter soi-même les émotions que l’on devine par les dialogues sans qu’elles soient imposées par le dessin.

Bien, laissons de côté tout cet aspect technique pour nous intéresser au cœur de l’album : c’est certainement l’album le plus drôle de l’année écoulée. Voilà. Fabcaro joue sur tous les niveaux : dialogues, situations, images, l’humour est présent à chaque planche. C’est d’autant plus flagrant que le récit est découpé en gags en une page tous reliés par le fil rouge de la poursuite. Car, attention, cela démarre comme une simple altercation dans un supermarché mais c’est la société dans son ensemble qui va être secouée par cet évènement : la police, les médias, les gens… tout le peuple de France se pose des questions ou redoute le pire.

Vous l’aurez compris, on nage en plein humour absurde, quelque part entre Gotlib, les Monty Python, Edika et autres confrères (bon, je nuance pour Edika : ya moins de bites et il y a une vraie fin chez Fabcaro).

Bref, cet album/road movie est très chaudement recommandé, il vous fera rire à gorge déployée (c’est pour la rime mais pas que).

 

Taux d’adaptabilité : 100% (mais il faudra trouver un bon rythme pour pouvoir savourer chaque gag)

Forme de l’adaptation : long métrage

Réalisateur / producteur envisagé : en français, je tenterais Alain Chabat et à l’international (soyons fous) Terry Jones ou les Z. A. Z. de la grande époque.

 

Liens utiles : la fiche éditeur

Ps : Tant qu’on y est, jetez un coup d’œil aux deux tomes de Z comme Don Diego (Dargaud) du même Fabcaro accompagné de Fabrice Erre. Les deux compères revisitent la légende de Zorro et produisent sans doute les strips les plus drôles des années 2010. En toute objectivité.

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