Peter Jackson a tourné la trilogie Le Hobbit en 48 images par secondes (ou fps).

A l’heure où on apprend que 50 salles en France projetteront le film à la vitesse à laquelle il a été tourné sous l’appelation “HFR 3D” (et que le film sortira sur 1000 copies, un volume qu’on n’avait pas vu depuis le dernier Harry Potter), Warner Bros a publié une interview de Jackson.
En 3 questions, le réalisateur revient sur ce procédé et les choix qu’il a fait à son sujet. C’est l’occasion pour nous de mieux comprendre comment ça fonctionne et de voir pourquoi c’est révolutionnaire.

Le Hobbit sort le 13 décembre prochain.

Pourquoi avez-vous utilisé le format High Frame Rate (HFR) pour tourner la trilogie du Hobbit ?
Nous vivons à l’ère numérique et les progrès sont rapides. De nouvelles technologies apparaissent constamment pour rehausser et enrichir l’expérience cinéma. Tourner un long-métrage grand public au format HFR n’est possible que depuis un an ou deux, alors même que nous vivons à une époque où le divertissement se vit de plus en plus à la maison. Si j’ai commencé à tourner cette trilogie en HFR, c’est que je voulais que les spectateurs redécouvrent à quel point un film peut être immersif quand on le voit en salle.

Pouvez-vous retracer l’historique des vitesses de projection et pourquoi pensez-vous que le temps est venu de les augmenter dans les salles ?
À l’époque du muet, on tournait avec des caméras à manivelle, pour un rythme allant de 16 à 18 images par seconde (frames per second, ou fps). Quand le son est apparu, en 1927, il a fallu que l’industrie convienne d’une vitesse constante pour les caméras à moteur. La pellicule 35 mm était très chère : il fallait donc que cette fréquence soit la plus basse possible. Or les premières bandes-son optiques exigeaient un minimum de vitesse pour obtenir une bonne restitution. On a donc opté pour 24 images par seconde, ce qui est devenu la norme de l’industrie pendant 80 ans. Les cinémas du monde entier se sont dotés de projecteurs mécaniques pouvant projeter 24 images par seconde. Mais cette vitesse de 24 fps, qui reposait sur un choix commercial — une qualité de base au plus bas coût — entraîne une série d’artefacts visuels : effet stroboscopique, scintillement et flou cinétique.

À l’ère du numérique, il n’y a plus aucune raison de s’en tenir au 24 fps. La solution de 1927 n’était qu’un compromis. La science nous apprend que l’œil humain peut distinguer jusqu’à 55 images à la seconde environ. Tourner à 48 fps crée donc un rendu beaucoup plus fidèle à la réalité. En réduisant le flou cinétique de chaque image, on améliore la netteté, ce qui donne l’impression d’un film tourné en 65 mm ou en IMAX. L’un des principaux avantages, c’est que votre œil voit deux fois plus d’images à la seconde et que vous êtes remarquablement plongé dans l’action. L’expérience de la 3D devient nettement plus plaisante et vos yeux se fatiguent beaucoup moins. Car si la 3D est désagréable pour certains spectateurs, c’est dû en grande partie au fait que chaque œil doit absorber une quantité d’effets stroboscopiques, de flou et de scintillement. Tout ceci est pratiquement éliminé avec le HFR 3D.

Quel souvenir gardez-vous de ce tournage avec la technologie HFR ?
Je trouve ce format formidable. En tant que réalisateur, mon but est de plonger le spectateur dans mes films. Je veux que le public décolle de son siège et se retrouve propulsé au cœur de l’aventure. C’est ce type d’expérience que j’espère pouvoir offrir aux cinéphiles, quel que soit le format qu’ils choisiront dans leur salle. Et même si, personnellement, je préfère voir Le Hobbit : un voyage inattendu en HFR 3D, je peux vous assurer que tous les formats vous fourniront une expérience incroyable en vous plongeant au cœur de l’action.

Le format HFR 3D est « différent » : l’effet ne ressemble pas à ce qu’on a l’habitude de voir, tout comme les premiers CD présentaient un son très différent du vinyle. Nous vivons à une époque où le septième art est en concurrence avec l’iPad et le home cinéma. Je pense qu’il est essentiel que les réalisateurs se servent des technologies actuelles pour améliorer le caractère spectaculaire et immersif que l’on attend de leurs films. C’est vraiment le moment ou jamais de retrouver le chemin des salles obscures.

10 commentaires

  • Fabien vendredi 23 novembre 2012 13 h 11 min

    Où peut on trouver la liste des salles qui diffuseront le film en HFR ?

  • Marc vendredi 23 novembre 2012 13 h 35 min

    La liste n’est pas encore publique pour le moment.
    Mais on peut déjà lister
    – Le Pathé Imax à Ivry sur Seine (à coté de Paris)
    – Les salles du groupe Kinépolis : Nimes, Lomme, Mulhouse, Nancy, Metz et Thionville (on peut d’ailleurs déjà réserver)
    Kinépolis passera le film en HFR en Belgique et en Suisse également.

  • EagleWolf vendredi 23 novembre 2012 17 h 12 min

    Soit-disant (1ère présentation du Hobbit au journalistes) que le HFR donne l’impression de voir du théatre et que l’on remarque les décors comme tels !?!
    Si ce n’est qu’une question d’adaptation, ok, mais là je m’dis que ça refroidit un peu de lire ça !!

  • Marc vendredi 23 novembre 2012 17 h 28 min

    Personne n’a, jusque là, vu le film complet, mis en scène, terminé. Il n’y a que des extraits et des bandes démos de la technologies.
    Attendons donc de voir.

  • EagleWolf vendredi 23 novembre 2012 17 h 39 min

    J’ai trouvé ça sur manice.org (site dédié au ciné numérique) :

    Au dernier Cinemacon de Las Vegas (23-26 avril 2012), Peter Jackson a présenté dix minutes de « The Hobbit » en 3 D et en High Frame Rate.
    Si certains ont apprécié la fluidité des images et mis l’accent sur la qualité du relief, d’autres ont sévèrement critiqué le procédé : « l’extrait en 48 i/s auquel j’ai assisté était horrible. C’était complètement non-cinématographique » (…) « Tout cela ressemblait à une vidéo portant sur les coulisses du film. L’illusion et la magie du cinéma sont complètement dépouillées. » (source badass digest). Et le Los Angeles Times rapporte ce témoignage d’un projectionniste : “Cela ressemblait à un film réalisé pour la télévision.”

    “Réagissant aux critiques des professionnels après la présentation des extraits de The hobbit à CinemaCon, Peter Jackson a rappelé que le film est encore en tournage jusqu’à l’été 2012. Le réalisateur a avoué réfléchir à un moyen de donner un aspect plus « organique » à la version High Frame Rate de « The Hobbit » (source HD numerique). Cette méthode rappelle celle qu’emploient déjà certains réalisateurs qui ajoutent du grain en post production aux images qu’ils tournent en numérique pour donner un aspect pellicule à l’image…”

  • MR.AKA samedi 24 novembre 2012 13 h 19 min

    Vos commentaires soulignent exactement les réserves que j’avais émise à la vue de la première BA:
    “Image trop propre, trop nette, pour ne pas dire trop lisse. Il manque de la saleté,de la poussière, de l’aspérité, du grain. J’ai peur en fait que ce soit le passage à 48 images/seconde qui soit à l’origine de cela. L’oeil n’est pas habitué, l’image est trop fluide et ça me gène. Ca me donne l’effet esthétique de “Plus belle la vie”, des personnages trop propres, trop proches de nous, il manque une certaine distance, un filtre, qui pour moi à contrario me faciliterait l’immersion… ”
    J’appelle ça l’effet “plus belle la vie” et contrairement à ce que dit Peter Jackson, je trouve que cette nouvelle technologie ne contribue pas à l’immersion. Le cinéma n’est PAS la vraie vie et doit se parer d’artifices qui créent la distance immersive. Pas étonnant que les décors vont faire très plastique et carton pâte…aïe Aïe Aïe

  • Marc samedi 24 novembre 2012 23 h 07 min

    Oui ‘fin Plus Belle La Vie, c’est pas mis en lumière, à peine étalonné, l’image n’est pas retouchée ni rien. C’est une caméra numérique posée sur un trépied…

  • EagleWolf dimanche 25 novembre 2012 15 h 36 min

    Oui, d’autant que je ne crois pas que ce soit une histoire de saleté, de poussière ou même de grain, mais plutôt du rapport entre la qualité visuelle de la réalité par laquelle nous sommes conditionnés et la tentative par l’outil cinématographique de restituer celle-ci et par là, ou bien sublimer l’image (très bon pour les documentaires et les films réalistes), ou bien la dés-abstractiser (perte du rapport au rêve et au merveilleux pour les films de SF et Fantasy par exemple).

  • MR.AKA lundi 26 novembre 2012 12 h 17 min

    Le problème vient de vouloir coller au plus à la réalité et c’est une grave erreur. Le cinéma est un art et un genre en soit qui a ses codes et son langage (et sa forme d’abstraction). Dans le cinema d’animation par ex, toutes tentatives d’animation copier/coller sur des prises de vue réelles ont été râtées. Mais bon je relativise mes propos en ayant vu les derniers plans inédits du journal de bord, tout ça m’a l’air fort heureusement TRES regardable ;)

  • dedel!! mardi 27 novembre 2012 1 h 16 min

    Espérons que ça ne fasse pas le même effet qu’avec les écrans plats qui proposent un mode qui fluidifie l’image en mouvement.
    Sur ces écrans, un film devient horrible!!
    Le procédé bousille complètement la photo du film. Et même si les couleurs paraissent plus pures, on a l’impression de regarder un épisode de “Derrick” ou “Navarro”.

    C’est par contre idéal pour regarder du sport.

    Mais sur un film, l’effet usé de l’image est estompé.

Ajoutez un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs marqués * sont obligatoires.