Approchant de la moitié du Festival de Cannes, les heures de sommeil s’amenuisent et le retard s’accumule.

Difficile de tenir le rythme éprouvant lorsqu’il s’agit de lutter sur plusieurs front en même temps et d’être attentif au moindre détail. En plus des trois chroniques à suivre dans cet article, nous avons également découvert le Vice-Versa de Disney-Pixar ou le dernier film de Michel Gondry, Microbe et Gasoil, pour lequel il a été fortement conseillé de ne rien vous révéler pour l’instant.

 

Cannes 2015, jours 5 et 6.

Ni le ciel, ni la terre de Clément Cogitore
Sortie en 2015

Il suffit d’un peu d’ambition et d’envie de cinéma pour qu’un jeune cinéaste français se révèle tout d’un coup. C’est l’heureux cas de Clément Cogitore qui aura fait ses armes dans le court-métrage et émerge dans le grand monde directement à la Semaine de la critique.

2014, dans un coin perdu d’Afghanistan, une section de soldats français est en proie à des disparitions inexpliquées des leurs. Les militaires s’évaporent dans la nature, sans laisser aucune trace, et ce sera à Jérémie Renier de devoir le retrouver. C’est bien de l’audace qui n’a pas manqué à Clément Cogitore d’avoir porté un tel projet. Tourné au Maroc, Ni le ciel ni la terre penchera lentement dans le fantastique de son récit dans cette vallée aride et désolée. La mise en scène travaillée s’étend des beaux tableaux des reliefs nus aux plans caméra à l’épaule à la hauteur des hommes. Cette palette sobre déborde même avec des images tirées de la vision de nuit dont bénéficient les militaires sur les combattants ennemis locaux.

Par moment, son long-métrage touche à l’essence du Désert des tartares de Valerio Zurlini où l’ambiance mystique qui régnait faisait tenir au décor un rôle à part entière. Le seul regret arrivera aux deuxième tiers, avec l’explication de la raison des disparitions partagée avec les protagonistes. Cela orientera la suite de la mission de sauvetage vers une option plus cartésienne, essayant de provoquer le mécanisme du mystère. Il aurait été sûrement plus intéressant de poursuivre le dénouement en laissant au spectateur construire sa propre théorie. L’usage de la musique électronique est également superflu et nous distrait plus, au final, que de nous maintenir dans l’ambiance âpre du début. Ceci dit, mis à part des petites erreurs négligeables, Clément Cogitore est un réalisateur français à surveiller, en espérant que son ambition inspire des producteurs à le suivre sur ses prochains projets.

Ni le ciel ni la terre est une vraie belle révélation de la Semaine de la critique du Festival de Cannes 2015.

 

Back Home (Plus fort que les bombes) de Joachim Trier (2015)
Sortie en octobre 2015

Initialement prévu sous le titre Plus Fort que les Bombes, le film sort finalement le 9 décembre 2015 mais en étant intitulé “Back Home” après les attentas du 13 novembre.

Quatre ans après Oslo, 31 août, le réalisateur norvégien Joachim Trier se lance vers les États-Unis avec son premier long-métrage en langue anglaise. Présenté au Festival de Cannes en compétition officielle, Plus fort que les bombes revient sur les conséquences du deuil d’une famille après la mort accidentelle de la mère.

Une mère incarnée par Isabelle Huppert devenue reporter photographe dans les points chauds du monde dans le cadre de sa vie professionnelle voit ses photos exposées trois ans après sa mort. Le film se focalisera sur la reconstruction du cocon familial brisé des années auparavant par le dit décès. L’attention se porte sur le mal être du fils cadet, s’étant renfermé sur lui-même et Joachim Trier n’y va pas avec le dos de la cuillère. Il ne parle presque plus à son père et s’enferme dans sa chambre pour écouter de la musique électro ou jouer de longues heures aux jeux vidéo.

Le film de Joachim Trier sombre progressivement dans l’attentisme de son (pourtant) très beau casting. Chacun cherche une réaction de l’autre sans forcément essayer de la provoquer. Plus fort que les bombes rappelle la subtilité de bulldozer d’Extrêmement fort et incroyablement près. La mise en scène ne cesse d’en faire des caisses sur le trauma du deuil en ne cherchant pas à proposer une issue. Le summum du malaise sera atteint quand Trier prend en otage ses spectateurs avec un long plan face caméra où Isabelle Huppert nous fixe longuement.

Lourdingue et indigeste, le dernier film de Joachim Trier aura bien trouvé son titre. Plus lourd que les bombes, ouais c’était bien lourd, en effet !

 

Carol de Todd Haynes
Sortie en 2015

Mis en avant comme l’un des films ayant le plus de chances pour la Palme d’or, le nouveau Todd Haynes tente de conter l’amour entre deux femmes dans l’Amérique des années 1950 encore fermée sur ce genre de sujet.

Xavier Dolan n’aurait sans doute pas dû crier publiquement son amour pour ce film. Outrepassant son droit de réserve de membre du jury, le réalisateur québécois inconscient pourrait bien réduire encore les possibilités de Carol à ravir un prix du palmarès de cette édition. Il est difficile de comprendre l’enthousiasme autour de ce long-métrage tant ce dernier est bien sous tout rapport et plan-plan. Carol n’est réussit que sur l’aspect du film à costume, reproduisant à merveille l’ambiance graphique des années 1950 aux États-Unis. Néanmoins, Haynes ne sera pas aussi attentif pour construire la dramaturgie autour de ce couple impossible et le tout ressemble à un mauvais pastiche de la série Mad Men.

Dans Carol, il est dur d’être lesbienne quand tous les hétérosexuels sont homophobes, égoïstes. Le personnage du mari trompé interprété par Kyle Chandler est juste bête et méchant. De fait, les braves et innocentes Cate Blanchett et Rooney Mara se retrouvent presque seules contre tous. Mais il ne suffit par pour créer l’empathie de remonter suffisamment dans le temps pour décréter que toute une société est contre un certain groupe. On préférera se retourner vers des Thelma et Louise ou La Vie d’Adèle, où la puissance de leur message passait par des personnages forts et dont la dynamique de la mise en scène s’élevait, contrairement à Carol, au-dessus de l’encéphalogramme plat.

Todd Haynes ne propose rien de plus intelligent qu’un film facile et prévisible bon à choquer les quelques spectateurs américains puritains devant un bout de téton lors d’une scène d’amour.

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