Critique : Spider-Man Homecoming

On a encore tous en tête les précédentes incarnations de Spider-Man au cinéma ou sur le petit écran (n’oubliez pas l’infortuné mais excellent Spectacular Spider-Man !) que le personnage est déjà de retour.
Après Tobey Maguire et son incarnation toujours au Panthéon des super-héros et la version plus discutable d’Andrew Garfield, c’est sous les traits de Tom Holland que l’Araignée revient, dans une version qui avait été brièvement introduite dans Captain America Civil War.

Mais pour quel résultat ? Jon Watts est-il assez robuste pour se hisser au niveau de Sam Raimi ?

 

LA CRITIQUE

Personnage le plus célèbre de la Maison aux Idées, Spider-Man a vécu un drôle de parcours sur grand écran depuis 15 ans. Si on compte son passage dans Civil War, il est passé par 7 films, pour 3 interprétations différentes, la seconde courant désespérément derrière le succès et la popularité des films de Sam Raimi.
Après cet échec critique cuisant de la version Amazing, voilà donc que Spider-Man revient pour une durée indéterminée chez lui, Marvel Studios reprenant les rênes pour le plus grand plaisir des fans en annonçant le programme d’entrée avec le titre évocateur de ce nouvel opus Homecoming.
Seulement Marvel ne change pas une formule qui marche, et prend donc un jeune cinéaste indépendant à la barre tout en promettant une incursion cohérente au sein de son univers et un ton léger comme toutes ses productions. Pourtant, Cinematic Universe ou pas, la question reste pourtant la même : au bout de 7 films, n’a-t-on pas fait le tour du personnage ?

Il suffit de surfer quelque peu sur les réseaux sociaux et les forums de fans de comic-book, et vous comprendrez très vite que ces derniers, et le public pionnier de Marvel Studios par conséquent, réclamait à tort et à travers deux choses concernant Spider-Man. Tout d’abord son intégration à l’univers des Avengers pour mieux les rejoindre par la suite, et surtout une plus grande « fidélité ».
Il va sans dire que le concept de fidélité est bien abstrait sur 55 ans de publication, les aventures du tisseur étant passés par un nombre de scénaristes et d’interprétations forcément différents, le personnage se réinventant au fil des époques, son style de nerd un peu loser étant de toute façon au centre de la trilogie de Sam Raimi. Ce dont il est question ici, c’est de retrouver l’aspect résolument fun et léger de la version Ultimate parue dans les années 2000, dont se revendiquait déjà les films avec Andrew Garfield. Marvel Studios n’étant là pour fâcher personne, ils ont pris cette requête au pied de la lettre, en rajeunissant plus que jamais le héros qui a désormais 15 ans, pour mieux être au beau milieu de sa scolarité afin de confronter celle-ci avec les affres de la vie de super héros.
C’est d’ailleurs le ressort principal des trois quarts de ce nouveau film, qui zappe complètement les origines du personnage en considérant que vous les connaissez déjà. Ici donc, bienvenue dans le monde d’un lycéen pour qui il est délicat de concilier cours, devoirs, sortie entre copains, soirées et vagabondage sur les toits à la recherche du prochain crime à corriger.

Dans l’absolu, rien de vraiment nouveau, sauf qu’ici Marvel se donne à fond pour être sûr que tout le monde soit d’accord sur la réussite de cet aspect teen. Et ce n’est quasiment que ça !
Le film court constamment après cette idée du « Friendly Neighborhood Spider-Man », autrement dit le héros du quartier, et s’éclate à montrer l’homme araignée en train d’arrêter un voleur de vélo, de sauver un chat haut perché ou se trouvant interpellé par le quartier pour s’être occupé d’un problème qui n’en était pas un. Et puisqu’il faut que ce soit « fun et drôle », tout est pensé ainsi.
La bande son sautillante de Michael Giacchino laisse souvent place à des tubes pop/rock du style Blitzkrieg Bop des Ramones, le lycéen joué par Tom Holland possède systématiquement la vanne facile et traverse le film en ayant la patate, et on se focalise sur des petits accros du quotidien du style comment va rentrer Peter chez lui dans son costume de Spidey sans se faire griller par sa tante, ou quelle autre fonctionnalité géniale possède le dit-costume conçu par Tony Stark ?
Dans cette volonté d’être raccord avec sa génération, Homecoming se distingue aussi comme il peut des autres films en revendiquant un aspect contemporain plus prononcé avec un casting pluriculturel. L’entourage de Peter Parker possède donc des origines variées, son coup de cœur Michelle étant noire par exemple, tout comme le terrible Flash Thompson est lui aussi typé, afin d’être plus représentatif de la jeunesse américaine contemporaine et d’éviter les éventuels reproches de white-washing.

Alors avec tout ça, est-ce que Spider-Man Homecoming est aussi fun qu’il le prétend ?
Si vous êtes un tant soit peu en phase avec l’humour Twitter/Facebook/HashtagLOL, il faut bien avouer que revoir les évènements de Civil War depuis le smartphone d’un Peter Parker surexcité est assez sympa dans le genre, tout comme quelques quiproquos ou situations délicates dans lequel se fourre un super-héros qui a littéralement l’attitude d’un boy-scout rigolo.
En revendiquant ouvertement l’héritage de John Hughes, le film tente de porter en lui une fougue et une énergie qui font mouche durant la première demi-heure, avec un sens du rythme entraînant.
Seulement les meilleurs blagues sont les plus courtes, et il faut bien avouer que le home run tenté ici s’épuise rapidement, pour une raison très simple : à trop vouloir faire marrer la galerie et tout prendre à la légère, ce Spider-Man nouvelle génération se retrouve dépourvu d’enjeux solides.

En zappant le trauma de l’oncle Ben, auquel le film fait référence expressément au détour d’une réplique, le scénario a oublié de combler l’un des piliers dramatiques du personnage dont la seule volonté ici est de plaire à une nana, ou à Tony Stark.
C’est à vrai dire le seul motif du personnage : réussir à prouver au patron des Avengers qu’il est digne de l’équipe. En prenant tout à la rigolade, le film extermine la moindre piste sérieuse : les actes de Spider-Man et les manquements qu’ils causent à la vie civile de Peter Parker n’ont pas la moindre conséquence, Tante May n’a plus rien de triste et se trouve être simplement la tante canon sur laquelle tout le monde fait des sous-entendus salaces, Stark va et vient pour dire qu’il s’en fout, et Tom Holland se met souvent dans la mouise tout seul pour s’en sortir aussi vite.
Le méchant incarné par Michael Keaton, relégué a de la figuration pendant deux tiers du film, avait de quoi proposer une piste un tant soit peu tragique, puisqu’il est à la base un employé qui a perdu un chantier et renvoyé plein d’ouvriers chez eux à cause de Tony Stark. Mais là encore, le problème est résolu aussitôt, et le bougre fait juste ses super-casses comme bon lui semble, dans une histoire qui semble encore n’avoir aucun impact sur l’univers inter-film Marvel où tout le monde fait visiblement son truc dans son coin.

Certains rétorqueront qu’on est venus pour rigoler, qu’on a déjà eu notre dose de Spider-Man tragique par le passé, etc. On peut le comprendre, mais il faut bien avouer que le personnage perd sérieusement de sa superbe tant ses fondamentaux s’en trouvent bafoués.
Oubliez la célèbre maxime « Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités », le film ne s’emmerde même pas à trouver une phrase similaire, puisqu’il n’en a pas besoin.
L’ingéniosité du personnage, ou son Spider-Sense intrinsèquement lié à ses humeurs et sa psychologie ? Ça a disparu aussi, puisque le costume ultra high-tech de Stark lui sort toujours le gadget qu’il faut, dans une écriture qui finit par rappeler la récente et triste série en BD du « Superior Spider-Man ».
Les éventuels soucis du réel, comme les problèmes d’argent, ou de la protection de son identité, au risque de mettre des proches en danger ?
Et bien on en parle jamais, sauf si c’est pour montrer que tout ça est dépossédé d’une quelconque dramaturgie, à l’instar d’un Flash Thompson qui est là pour balancer 3 vannes sans raison à un Peter qui, dans l’absolu, s’en moque totalement.
Si les Spider-Man de Sam Raimi ont marqué leur époque, c’est parce qu’ils mettaient en scène une figure tragique, prête à sacrifier son bonheur et épanouissement personnelle pour mieux sauver son prochain, en faisant preuve d’un courage proprement sidérant, véritable source d’inspiration pour tous les spectateurs. La saga Amazing tentait maladroitement de garder un peu de ça, dans un résultat qui peinait à faire sens, et cette nouvelle version choisit clairement de faire fi de tout ça, omettant au passage de parler des problèmes de l’adolescence, ou du sens des responsabilités.
Adieu la morale, au revoir les risques, pourvu qu’on se marre.

Là où ça devient problématique, c’est que le film se rend compte tardivement de ce manque, qu’il a besoin de donner de la matière à sa menace avec un minimum de poids psychologique à celle-ci. Sans trop en révéler, le film se trouve donc obligé 20 minutes avant la fin de dégainer un twist tout droit sorti de chez Sam Raimi, auquel il est difficile de croire tant le tout est exécuté mécaniquement, hors de la zone de confort du film, pour mieux balancer une baston finale qui n’a pas tellement d’importance puisque dans tous les cas, ce n’était pas l’objectif du film !
Un énième passage imposé donc, que la mise en scène ne relève pas tant celle-ci se trouve assez générique, avec une photo numérique sans profondeur, et des scènes d’actions galvanisées en money shots digitaux sans trop d’idées, ni d’ampleur. Il y avait pourtant de quoi faire en séquences vertigineuses, l’araignée se trouvant maltraitée par le Vautour qui n’hésite pas à monter en altitude, mais le tout reste trop dépourvu d’âme et de poids pour qu’on ait réellement la sensation du vide sous les pieds du héros. La comparaison avec les précédents films est d’ailleurs une fois de plus inévitable, tant les emprunts à ces derniers sont nombreux, et visibles dès la bande annonce, à l’image de cette scène de ferry qui est bien loin d’avoir l’intensité de celle du métro dans Spider-Man 2. Heureusement pour Jon Watts et ses 5 scénaristes (!), le Marvel Universe sera là pour remettre le film sur les clous, avec un Robert Downey Jr qui fait de la figuration dans le récit, le personnage de Happy Hogan joué par Jon Favreau étant plus souvent sa caution.
Concrètement, les multiples références bien appuyées à l’univers partagé restent esthétiques, et si elles ne sont pas désagréables, elle ne chamboule en rien un film qui peine à tirer son épingle du jeu dans cet univers bien établi, y compris avec les autres films.

Spider-Man renouvelé, Spider-Man ressuscité ?
Avec Homecoming, Marvel Studios et Sony choisissent la solution de facilité et font tout pour amuser la galerie en vidant le personnage de sa dimension dramatique.
Tom Holland s’éclate comme un petit fou et Jon Watts lui offre un terrain de jeu certes sympathique, mais les deux se prennent les pieds dans le tapis qu’ils ont sciemment posé, et à trop vouloir la jouer cool et léger, le film peine à créer de l’attachement pour son héros au-delà de son aspect mignon, le dépouillant une nouvelle fois de toute sa profondeur, et donc de sa superbe. En ça, cette nouvelle itération de Spider-Man renoue quelque peu avec un sentiment qu’on a tous connu durant notre scolarité : il y en a toujours un pour faire marrer la classe, mais ce n’est jamais celui dont on se souvient vraiment…

Spider-Man Homecoming, de Jon Watts – Sortie le 12 juillet 2017



7 commentaires pour “Critique : Spider-Man Homecoming”

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