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Rencontre avec Joseph Gordon-Levitt


Nous avons passé une vingtaine de minutes en compagnie de Joseph Gordon-Levitt.

Lors de son passage à Paris en octobre dernier, nous avons eu la chance d’interviewer le comédien désormais aussi scénariste et réalisateur dont le premier film, Don Jon, arrive sur les écrans le jour de Noël. Nous avons donc parlé inspirations, porno, Scarlett Johansson et Ant Man. Oui, tout ça. Rencontre avec un artiste qui n’a pas fini de surprendre.

L’interview a été réalisé en partenariat avec le Daily Movies.

 

Comment avez-vous eu cette idée d’un addict du porno qui tombe amoureux d’une fan de romcom ?
Je voulais raconter une histoire en expliquant que parfois on se traitait plus comme des objets que comme des êtres humains et comment les médias peuvent y contribuer. Et je me suis dit que mettre deux personnages, où lui regardait trop de pornographie et elle regardait trop de comédies romantiques était une façon drôle de raconter cette histoire. Ils ont des attentes complètement surréalistes à cause de ça de comment est l’amour, le sexe. Et c’est comme ça que j’ai commencé à écrire cette histoire.

Vous pensez que les réseaux sociaux ont changé les relations humaines et ont en quelque sorte remplacé les lettres d’amour de Molière ?
D’une certaine manière c’est la même chose. Internet a changé beaucoup de choses, c’est certain. Ca a tout changé. Mais c’est à double tranchant : d’un côté ça peut nous rapprocher, permettre de se connaitre beaucoup plus qu’avant. Mais d’un autre côté, ça peut aussi nous mettre automatiquement une étiquette. C’est vraiment à nous de faire attention à comment utiliser cette technologie.

Est-ce que la vision qu’on a d’un couple a changé avec le porno et les films romantiques ? Est-ce que ça nous donne trop d’attentes et de déceptions ?
Encore une fois, je pense que c’est vraiment à nous de faire attention. Je ne pense pas qu’il y ait quelque chose de vraiment mauvais avec la pornographie ou les comédies romantiques, ça peut être perçu comme des fantaisies. La vraie question c’est de comment on décide d’interpréter ces médias. Si on commence à comparer nos vies avec ces fantaisies, ça peut être un souci et nous décevoir si on espère que ce qu’on verra à l’écran se calquera sur nos vies. Alors que la vraie vie est beaucoup plus belle, détaillée, riche, qu’aucun film ne pourra être. Et j’adore vraiment les films, mais ce sont des histoires de 90 minutes. Dans Don Jon, Jon et Barbara ne voient pas ce qu’il y a d’absolument génial dans la vie parce qu’ils sont trop occupé à vouloir une idée toute faite de la vie, ils ne voient pas ce qu’il y a d’unique dans la vie.

C’est drôle parce que la personne la plus intelligente et terre-à-terre dans le film est Brie Larson, alors qu’elle passe tout le film sur son téléphone et ne dit qu’une seule phrase. Pourquoi ?
Je pense qu’elle se rend compte que sa famille n’écoute pas. Ils parlent et parlent mais ne s’écoutent pas entre eux. Elle se dit du coup « pourquoi je devrais parler si personne n’écoutera ». Mais elle écoute !

Est-ce qu’il y a une part d’autobiographie dans le film ?
J’ai regardé des pornos, j’ai regardé des comédies romantiques. Je ne me considère pas comme un addict mais on est tous impacté par le média qu’on consume et ces médias m’ont impacté évidemment. Mais la pornographie ne m’a pas plus impacté qu’un autre média. Si ce film est personnel c’est parce que j’ai grandi dans le milieu de la télévision et du cinéma et je suis particulièrement au courant de l’influence de ce qu’on voit à l’écran a sur moi et sur les autres, je n’y ai juste jamais trop prêté d’attention, et c’est justement pour ça que je voulais raconter cette histoire, parce que je n’y faisais pas attention.

Quelles ont-été vos inspirations pour Jon et pour la réalisation ?
J’ai vraiment été influencé par les films de Hal Ashby. Ces films sont toujours très drôles mais l’humour vient des personnages plutôt que des blagues. C’était une comédie comme ça que je voulais faire. Shampoo a beaucoup de similarité avec Don Jon. Le personnage joué par Warren Beaty est aussi égoïste mais à la fois charmant et toujours en train d’essayer de faire du mieux qu’il peut.
Pour Jon, c’est évidemment une version contemporaine du classique de la littérature Don Juan, tout en ayant une grosse différence : Don Juan est un drame, le personnage est détruit à la fin. Je suis plutôt quelqu’un d’optimiste et je pense que les gens peuvent changer. Et à la fin de Don Jon on voit les premières étapes de sa « nouvelle vie » et comment il essaye de se connecter avec les personnes qui l’entourent.

Ca fait quoi de jouer, selon Esquire, avec la femme la plus sexy du monde ?
Et bien c’est un excellent d’exemple de ce à quoi s’intéresse le film. Bien sûr Scarlett est très sexy mais elle est tellement plus. Elle est très intéressante, intelligente et c’est une artiste très douée. J’aimerai que les gens parlent plus de ça parce qu’elle le mérite.

Vous êtes tous les deux réputés pour être très classe et chic. Vos personnages étaient-ils une façon de casser cette image ? Et comment avez-vous fait pour rendre les personnages de Barbara et Jon si détestable ?
Je ne sais pas vraiment comment on en est arrivé là. On l’a juste fait. Vous savez, Scarlett et moi on a tous les deux grandis à New-York donc on ne se considère pas vraiment comme chic. C’est toujours connecté à un certain montant et à une certaine richesse. Et bon, quand on est en promo comme ça, vous savez, ne se sont même pas mes vêtements, on m’habille comme ça.

Pourquoi Tony Danza ? C’est un hommage à « Madame est servie ? »
Tony et moi on a travaillé ensemble il y a 20 ans sur Angel of the Outfield, et on a toujours été très proche, j’aime beaucoup Tony. Et on est obligé de l’aimer. Vous le voyez à l’écran, vous souriez naturellement. Et j’aimais bien l’idée d’avoir Tony, qui est naturellement adorable, jouant un personnage assez envahissant. Comme je le disais, les médias ont une grande influence sur nous mais pas seulement, donc je voulais vraiment qu’on voit la famille de Jon pour qu’on comprenne comment et pourquoi il est comme ça en plus des médias qu’il consomme. Et Tony joue un personnage qui ressemble beaucoup au mien. Et avoir cet acteur jouer un tel personnage, j’ai trouvé ça surprenant et drôle.

Jouer, produire, écrire et réaliser en même temps. Quelle a été la chose la plus difficile et la chose la plus cool à faire ?
Le plus dur a été le début, l’écriture. Quand tu t’assoies tout seul et que tu as des voix dans la tête qui te dise « tu n’es pas obligé de faire ça, arrête, d’autres le font beaucoup mieux que toi » et c’est difficile de passer outre ces voix. Je pense que je les ai ignorées parce que je passais un bon moment et que j’ai fini par me dire « on s’en fout, si ça fini par être un film ou rien du tout, je m’éclate ». Puis ça a changé quand j’ai commencé à lire le script à des gens. La première personne qui a lu le script était Rian Johnson, réalisateur de Looper. Quand il m’a dit « tu tiens quelque chose, ça peut être vraiment bien » ça a été un vrai tournant pour moi.

Et vous voudriez le refaire ?
Oui j’adorerais le refaire. Je suis actuellement en train de réaliser quelque chose : HitRecord à la télévision. C’est très différent puisqu’il y aura beaucoup de choses, des sketchs, des courts-métrage, des documentaires, des lives, des dessins animés. Je m’éclate vraiment avec ça.

Justement, parlez-nous un peu de HitRecord.
Et bien on appelle ça une société de production collaborative et ouverte. Par ouverte on veut dire que tout le monde peut participer et collaborative signifie qu’on utilise tous internet pour promouvoir et travailler sur le projet, ensemble. On a fait des court-métrages, on a publié des livres, maintenant on fait ce show télévisé. Ce n’est pas vraiment le fait que les gens nous donnent des produits finis mais plutôt que je dirige ces projets auxquels les gens ont participé et tout le monde participe et adore ça. Je ne pourrais que vous encourager à participer, si vous êtes écrivains, réalisateurs, dessinateurs, illustrateurs et tout le reste, venez voir ce qu’on fait et voyez s’il y a quelque chose auquel vous pouvez participer.

On a parlé de vous pour jouer le rôle de Ant-Man. C’est vrai ?
Les rumeurs sont les rumeurs, elles ne sont basées sur rien. Si vous ne l’entendez pas de ma bouche, c’est probablement quelqu’un qui essaye d’attirer l’attention sur internet.

En 2015 on va avoir Avatar 2, Star Wars 7, Pirates des Caraïbes 5, Terminator 5. Entre ces franchises, remakes et suites, vous pensez qu’il y a toujours de la place pour du matériel original ?
Il n’y a rien de vraiment mauvais à raconter une histoire qui a déjà été racontée, Don Juan est basé sur une histoire classique. Mais le public aime autant les histoires qu’ils connaissent que les nouvelles histoires, ça dépend vraiment de comment vous le faites.

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1 commentaire pour “Rencontre avec Joseph Gordon-Levitt”

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