L'actualité des héros au quotidien !

Rencontre avec Andreas Deja


Andreas Deja, 54 ans, est un animateur de chez Disney Animation Studio, collègue de Glen Keane. Il a commencé en 1985 à travailler sur Taram et le Chaudron Magique, a enchainé avec la supervision de Roger Rabbit pour le film du même nom et s’est retrouvé ensuite à travailler sur quelques célèbres personnages de la firme : le Roi Triton, Jafar, Scar ou encore Hercule.
Il a également participé à Fantasia 2000 et la séquence Rhapsody in Blue. Plus récemment, il a dessiné Mama Odie dans La Princesse et la Grenouille.

Il était à Paris il y a quelques jours pour Winnie l’Ourson en salles le 13 avril prochain et pour lequel il a animé Tigrou. Il a eu la gentillesse de répondre à mes questions, évoquant aussi ses précédents travaux ainsi que les projets du studio.

Voici donc l’intégralité de cette rencontre, précédée d’un long générique montrant ses travaux parce qu’on ne s’en lasse jamais. L’interview est également retranscrite en français et, si vous êtes curieux, le dessin réalisé pendant que nous parlions est visible sur la page Facebook de CloneWeb

J’ai d’abord des questions d’ordre général avant de parler de Winnie. Vous êtes un grand partisan de l’animation 2D mais à un moment donné vous avez commencé à apprendre à utiliser des logiciels d’animation 3D, aux alentours de 2002. Vous continuez à pratiquer ?
Non. Un formateur est venu chez moi pendant deux week-ends, parce qu’on pouvait sentir que la 3D se rapprochait de plus en plus. Et j’avais besoin d’y jeter un oeil, pour savoir au moins comment ça marchait, pour voir si je pouvais apporter ma contribution. 2 week-ends donc et puis j’ai arrêté parce que je savais que je pouvais apprendre le fonctionnement, les mécanismes mais que cela ne m’amuserait probablement pas. Et de là, ce fut très simple : j’ai juste dit que ce n’était pas pour moi. C’est pour d’autres artistes, des gens qui sont parfaitement à l’aise avec ces outils. Ce medium n’a pas besoin de moi. Je veux rester fidèle à ce que je suis, à ma passion. Et ma passion, c’est ça : un bloc de feuilles vierges, cette invitation à dessiner quelque chose de fantastique dessus. Cette fascination, je l’ai toujours.

Pendant une période, vous avez animé des méchants, et on vous a proposé de vous occuper de Frollo dans Le Bossu de Notre Dame
Oui, une fois que vous êtes bon – disons une fois que vous faites quelque chose que le studio apprécie, on vous voit comme « le type qui fait les méchants ». Mais c’est normal. Donc ils m’ont proposé de nouveaux méchants après Scar : Frollo ou Hadès dans Hercule. Je leur ai dit très sérieusement que si je faisais encore des méchants, j’allais probablement finir par me répéter. Il valait donc sans doute mieux que je m’occupe d’Hercule plutôt que d’Hadès. Et sur le Bossu, ce que j’aurais vraiment aimé faire, c’est la gitane Esmeralda. Mais Tony Fucilli l’avait réservée 6 mois auparavant, et puis finalement je n’ai pas travaillé sur ce film. Après trois méchants, on a envie de changement. Et puis j’ai travaillé sur Lilo, histoire de faire quelque chose de complètement différent.

Sur Fantasia 2000, vous avez animé la séquence Rhapsody in blue
Juste un petit segment, on était beaucoup d’animateurs, je n’ai fait qu’un petit morceau.

Le style graphique se rapprochait des vieux dessins animés du studio UPA, c’était très différent du look classique Disney. Quelles difficultés avez vous rencontrées et aimeriez vous à nouveau expérimenter dans cette direction ?
C’était un style formidable à travailler. C’est le réalisateur Eric Goldberg qui a défini le style et il a été très influencé par Al Hirchfeld, un cartoonist américain, qui nous avait déjà inspiré dans une certaine mesure sur Aladdin, avec un trait très linéaire et calligraphique. Sur Rhapsody in Blue, il voulait vraiment donner vie aux dessins d’Al Hirchfeld. Eric a créé tous les personnages et les storyboards. C’était tellement clair et amusant que cela n’a pas été vraiment difficile de s’adapter à un tel style. Mon segment était celui du petit singe qui mange des cacahuètes. C’était vraiment génial.

Vous avez passé pas mal de temps à animer des personnages créés par d’autres, vous avez aussi fait beaucoup de character design pour Disney, mais est-ce que vous développez des personnages bien à vous sur votre temps libre ? Et est-ce que vous voulez faire vos propres films avec vos propres histoires ?
La plupart du temps, j’ai créé des personnages inédits pour Disney. De temps à autres on vous donne un personnage déjà existant comme Tigrou, Mickey ou Dingo, que j’ai animé pour un court métrage. Mais la plupart sont nouveaux, comme Scar, qui est plus ou moins ma création, de même pour Jafar ou Gaston. Je m’appuie sur des concepts dessinés par d’autres personnes mais le résultat final est vraiment de mon ressort. Je me sens assez proche de ces personnages et j’ai le sentiment qu’ils m’appartiennent. Pour ce qui est de mes propres personnages… On est en train de travailler sur un nouveau projet, on en est aux premiers stades, on expérimente quelques petites idées en ce moment.

Quel genre d’idée ?
Il est trop tôt pour en parler, mais je peux vous donner les durées : on a une idée pour un format de 7 minutes et une autre pour un 20 minutes. C’est amusant de jouer avec ces différents formats qui correspondent à des histoires bien particulières.

L’univers de Winnie est destiné à des enfants en général plus jeunes que le public des autres films Disney. Était-ce frustrant ? J’ai l’impression que c’est comme de jouer avec quelque chose de très fragile, on ne peut pas faire tout ce qu’on veut.
Non, parce que, pour moi en tout cas, je crois que peux animer tout ce que j’aime. Je ne pourrais pas animer quelque chose qui ne me plait pas personnellement, et j’adore ces personnages. Ils vivent dans ce monde d’enfants, les histoires sont très sensibles et saugrenues. On n’a pas de grosses scènes d’actions comme dans d’autres films. Rentrer dans ce genre d’univers vous permet de vous concentrer davantage sur les personnalités et de laisser les personnages interagir, comme dans Le Livre de la Jungle, un de mes Disney préférés. L’histoire est très simple, on se concentre sur les personnages. C’est la même chose avec Winnie.

Dernière question. Qu’est-ce qui vous attend ? Quel est le prochain Disney ? On a eu aucun titre d’annoncé.
Ils travaillent sur une idée pour un nouveau long-métrage, Ron Musker et John Clements sont en charge du projet. La plupart des animateurs sont en train d’expérimenter en ce moment, pour voir si on peut apporter un tout nouveau style pour le film. Mais l’animation en tant que telle ne commencera que lorsqu’ils auront des storyboards et ça prendra du temps.

Merci à Basile pour son aide précieuse

Partager :
  • email
  • Print
  • Facebook
  • Twitter
  • Netvibes
  • Wikio FR
  • LinkedIn
  • Google Bookmarks
  • MySpace
  • Live
  • Digg
  • Technorati
  • del.icio.us
  • RSS
  • Tumblr


7 commentaires pour “Rencontre avec Andreas Deja”

Laissez un commentaire :