NIFFF #4 : Detour, Los Parecidos, Parents…

L’évènement au NIFFF, c’était la présence ce mardi 5 juillet du légendaire John Carpenter venu donner un concert de ses musiques de films.

La présence de la Team CloneWeb dans la salle pour applaudir le réalisateur-compositeur ne les a pas empêché de voir une pelletée de longs-métrages dont le fameux Detour, retour aux affaires du metteur en scène Christopher Smith après les excellents Black Death et Triangle.

Los Parecidos, d’Isaac Ezban (2016)

Par Basile – Une demi douzaine de personnages se retrouvent enfermés dans une gare routière mexicaine, sous une pluie battante. Peu à peu, des transformations s’opèrent et un climat de paranoïa s’installe. Film concept en forme d’hommage servile à La Quatrième Dimension, Los Parecidos nous cueille d’emblée avec son esthétique numérique résolument hideuse. A mi-chemin entre les premiers tournages en fond vert total type Sin City (brrrrrr) et Captain Sky et du théâtre filmé, le huis clos d’Ezban ne fait à aucun moment preuve de la moindre notion de géographie et d’utilisation de l’espace. ça flotte, c’est cadré de la plus plate des manières et les seuls instants évoquant un tant soit peu de la grammaire cinématographique sont les plans d’inserts à l’ADN hitchcockien pompés sur La Quatrième Dimension. Quant à l’histoire, cette proposition de film SF volontairement vintage tourne vite au vinaigre tant il est évident qu’il s’agit d’un court métrage péniblement étiré sur 90 minutes.

 

Pscyho Raman, de Anurag Kashyap (2016)

Par Basile – Le générique est saisissant. Inspiré à l’évidence d’Enter The Void et de Danny Boyle, il frôle le mauvais goût sans jamais y céder, et constitue une note d’intention pour le restant du film. Cette histoire de tueur en série et de flic ripou comme deux faces d’une même pièce pêche parfois un peu par sa longueur mais contient son lot de scènes saisissantes qui permettent au talent de Kashyap et de son interprète principal, Nawazuddin Siddiqui d’exploser à l’écran. On peut notamment citer ce passage en huis clos où le tueur a pris en otage sa belle famille, d’une tension inouïe. La mise en scène résolument moderne de Kashyap est certes parfois rattrapée par quelques maniérismes un peu curieux (notamment dans la façon d’utiliser le hors champs pour les mises à mort. Censure inévitable ?) mais qu’on ne s’y trompe pas, c’est du cinéma indien à des années lumière de Bollywood.

 

Trash Fire, de Richard Bates Jr (2016)

Par Basile – Ca commence pas trop mal. Un couple se dispute, se rabiboche. Sans qu’on comprenne trop pourquoi. Parce qu’on a de plus en plus de mal à croire aux personnages, surtout à la fille qui semble avoir toutes les raisons du monde de quitter son trou du cul de copain. Et puis on a le droit à quelques plans d’insert (moches) et on se dit qu’enfin, l’argument fantastique va pointer le bout de son museau. Sauf que non. ça poursuit péniblement son chemin dans une histoire chiantissime sur fond de bigoterie Americana. Et en fait il n’y a rien de fantastique. Rien d’original, rien de viscéral, rien d’effrayant, rien de dérangeant. Il n’y a rien, en fait. Si ce n’est la vacuité de la nouvelle génération de thriller horrifique à l’américaine, qui ne semble avoir plus rien à raconter et préfère se retourner sur des clichés éculés (le fanatisme religieux tiédasse) sans même les réinvestir d’une dose de fun.

 

Detour, de Christopher Smith (2016)

Par Basile – Le retour aux affaires de Christopher Smith avec un polar d’une solidité exemplaire. Il aime, de son propre aveu, jouer avec les structures narratives du genre, il nous le prouve de la plus brillant des façons avec cette intrigue à tiroirs qui se déplie comme un origami élégant et plus complexe qu’il n’y parait (impressionnant travail de montage sans jamais tomber dans les effets de manche ou la vanité de petit malin). La noirceur et l’ironie de la chose rappellent les comic books de David Lapham, maître incontesté du polar BD actuel. On attend impatiemment une sortie en France et il faudra courir aller le voir.

Par Jean-Victor – Rahhhh on l’attendait Christopher Smith ! 6 ans depuis l’incroyable Black Death ont passés, et entre temps le formidable réalisateur britannique a œuvré sur la série Labyrinth et le film de Noël Get Santa, des projets bien loin de l’ambition folle qu’on lui connait. Detour arrive à point nommé pour remontrer combien le bougre connaît ses gammes et aime à tordre les scénarios, puisqu’on retrouve un Tye Sheridan bien emmerdé le jour où sa mère tombe dans le coma et où il cherche un moyen de nuire à son beau-père visiblement responsable de bien des malheurs. A cause d’une mauvaise rencontre dans un bar la veille, le héros voit débarquer un gangster pour partir en road-trip à Las Vegas et hésite à retourner sa veste, ce sur quoi le film propose alors les deux alternatives dans un montage alterné ! Né de ses réflexions sur la structure du scénario quand il travaillait sur l’incroyable Triangle, Detour ne nourrit pas les mêmes intentions, l’ensemble du film étant une série B modeste où le « truc » narratif est loin d’être aussi complexe que son modèle. Cela étant, c’est une démonstration de force puisqu’en jouant avec le point de vue du spectateur et les temporalités, Smith gonfle son scénario à l’adrénaline, avec des enjeux qui en sortent renforcés et un suspense saisissant lors de certains passages.
Sans arrivé au niveau de Triangle ou Black Death, Detour reste une formidable vitrine pour Smith qui montre combien sa mise en scène transcende un scénario somme toute assez simple, par des choix narratifs ludiques et un soin formel quasi maniaque. Outre sa très belle photo, la caméra sait se faire dynamique pour immerger le spectateur, et propose par moments des cadres d’une classe incommensurable, permettant aux personnages et à quelques situations d’en ressortir plus iconiques que jamais. Un thriller mené avec une grande intelligence, dont certains ressors « de petit malin » servent avant tout la dramaturgie, pour permettre au tout d’être plus percutant que prévu.
La classe quoi !

 

Creative Control, de Benjamin Dickinson (2015)

Par Jean-Victor – Convoiter la copine de son meilleur ami sur laquelle on fantasme, ce n’est pas chose facile. Le héros de Creative Control va en faire les frais, et trouver la solution dans son boulot en essayant de nouvelles lunettes à réalité augmentée, qui vont lui permettre de matérialiser virtuellement ses fantasmes au risque de ne plus les différencier du vrai. Tout de noir et blanc vêtu, Creative Control est écrit, joué et réalisé par Benjamin Dickinson qui livre pendant 30 minutes un film un peu ampoulé sur les bords, mais non dénué d’élégance avec ses cadres léchés et un univers high-tech épuré plausible, qui prend plaisir à tirer à boulets rouges sur l’artificialité du monde de la pub et du marketing. Malheureusement, l’histoire d’amour censé être au cœur des problèmes du héros est incarnée dans une suite de dialogues insipides, et la perte de contrôle vis-à-vis du virtuel est rentrée au chausse pied, la réalisation étant trop explicite sur la nature de chaque scène pour qu’on tombe avec le personnage. Et le tout de sombrer dans le film arty avec des références lourdingues, entre une bande son qui ressort Vivalvi, Mozart, Bach ou encore Schubert & Handel, avec comme par hasard les morceaux de Barry Lyndon. Clin d’œil ? Au cas où le spectateur ne comprend pas, le film se fend d’un magnifique plan de sol avec la moquette de Shining.
Subtile le gars ! Bon, on a compris qu’il aimait le grand cinéma, il en vient à oublier de se trouver un univers bien à lui tant son dispositif paraît très artificiel au final même si animé de quelques jolis moment. Bien dommage pour une œuvre censée dénoncer les dérives du virtuel…

 

Muerte en Buenos Aires, de Natalia Meta (2014)

Par Jean-Victor – Le NIFFF n’est pas seulement l’occasion de découvrir des œuvres en avance. On peut rattraper des films devant de tous les horizons, qu’un succès surprise a mis en lumière aux yeux du monde. Muerte en Buenos Aires en fait partie, et ce thriller argentin de 2014 réalisé par une femme propose le carcan classique d’un meurtre mystérieux sur lequel va se pencher un inspecteur rompu à l’exercice et un jeune cadet de la police. Si l’enquête en soit n’a rien d’exceptionnelle, Muerte en Buenos Aires joue sur l’ambiguïté homosexuelle entre les deux, le cœur de l’intrigue se déroulant dans les milieux gays de la ville. Passé cette facette du film qui en fait la singularité, le reste ne sort pas des sentiers battus, et on se retrouve face à un polar assez prévisible bien qu’agréable à suivre.

 

Parents, de Christian Tafdrup (2016)

Par Jean-Victor – Un couple de parents voit leur fils unique quitter la demeure familiale. Pour combler le vide soudain et rompre la monotonie, ils se réinstallent dans leur premier appartement d’ados, ce qui va avoir des conséquences plus rajeunissantes que prévu… Affronter le temps qui passe en essayant de revivre le passé, voilà le dilemme que pose Christian Tafdrup dans un premier film délicat, qui traite merveilleusement les affres de la nostalgie, et combien celle-ci peut se transformer en piège. En introduisant avec délicatesse son fantastique qui ne s’arrête pas à la simple métaphore et permet de creuser encore plus loin les thématiques abordées, Parents s’impose comme une œuvre complète, pensée de bout en bout, avec un dispositif atypique lui permettant de dépasser le cadre de la simple crise de vieillesse pour devenir une jolie parabole assez universelle. Croisons les doigts pour une sortie française !

 

February d’Osgood Perkins (2015)

Par Jean-Victor – February, c’est l’histoire d’une adolescente coincé dans son internat avant les vacances d’hiver, ses parents ayant manifestement oublié de venir la chercher.
February, c’est aussi l’histoire d’une autre adolescente paumée qui erre sur la route avant d’être recueillie par un couple en chemin.
Enfin, February, c’est l’histoire d’une troisième adolescente qui fréquente la première et va aussi essayer de l’aider pour les vacances. Vous suivez toujours ?
Si ce n’est pas le cas, ce n’est pas bien grave puisque vous vous doutez bien qu’il y a un lien entre tout ça, pour une fresque qui tombe rapidement dans l’horreur de pacotille, avec un mystère que le film grille tout seul au bout de 20 minutes. Forcément, la grande révélation finale perd considérablement de sa force, encore faudrait-il en avoir quelque chose à cirer tant on est à nouveau face à un film d’horreur sans but, qui ne raconte rien en substance, ne propose aucune scène marquante, et filme toutes ses scènes avec des plans durant trois plombes pour avoir l’air un tant soit peu arty.
C’est vain, voir bête, et c’est surtout une belle fumisterie !



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