Etrange Festival #2 : Cold Skin, The Villainess, Les Garçons Sauvages, Tokyo Vampire Hotel

Premier week-end à l’Etrange Festival et second papier sur le sujet avec, forcément, un planning des plus remplis pour ces dernières 48 heures.

Outre une reprise espagnole de 1987 et Les Aventures de Buckaroo Banzaï, nous avons pu découvrir quelques pépites attendues : la version cinéma de Vampire Tokyo Hotel, série de Sono Sion pour Amazon et remontée pour le grand écran ou le film coréen The Villainness prévu pour sortir début 2018 et dont une scène de fight à moto fait le buzz.
Et pour parler du nouveau et très attendu film de Xavier Gens, Cold Skin, nous accueillons notre copine Clara Kane dès le début de cet article (merci !)…

 

Cold Skin (2017) de Xavier Gens

Par Clara Kane – Parmi les joyaux de la culture Française, on compte au rayon « cinéma qui tâche » quelques réalisateurs qui font notre fierté hexagonale. Égrenons les patronymes comme autant de promesses : Alexandre Aja, Pascal Laugier, et celui qui nous intéresse aujourd’hui : Xavier Gens.
Présenté en première mondiale à l’Etrange Festival, Cold Skin est le dernier né du cinéaste et constitue une rupture de ton majeure dans sa filmographie. Largement financé par des fonds espagnols, le long-métrage plante son histoire sur une île rocheuse, venteuse et aqueuse d’apparence déserte, à l’exception d’un vieux phare censé guidé les navires au loin. Un très (très très très) joli météorologiste de type « anglais fragile » se fait débarquer sur le caillou et devra y passer un an en la revêche compagnie du gardien du phare. Sauf que c’est un film de bestioles. De bestioles vertes et visqueuses en quantité généreuse. Et que globalement, ça promène ses écailles avec une hostilité poétique qui nous rappelle que Xavier Gens est un réalisateur qui sait ce qu’il fait quand il s’agit de tourmenter ses personnages. Sorte de rencontre inattendu entre Eerie Indiana et Jane Austen, Cold Skin s’affirme d’ores et déjà comme une franche réussite.
On murmure ardemment dans les couloirs du festival qu’il s’agirait du meilleur film de son réalisateur.

 

Angoisse (1987) de Bigas Luna

Parce que l’Etrange Festival est déférent vis-à-vis des autres festivals du monde, et surtout ceux qui sont plus grands que lui, il célèbre cette année les 50 ans de la plus grosse manifestation fantastique d’Europe : le festival de Sitges. L’occasion de mettre en avant des œuvres catalanes importantes qui ont marqué la production historique du pays, à l’instar de ce Angoisse réalisé en 1987 par Bigas Luna.
Au début du film, on suit un vieux garçon bien engrossé dont le train de vie alterne entre un poste d’infirmier peu respecté dans une clinique ophtalmologique et les soirées à la maison avec une mère à la voix criarde insupportable qui passe son temps à engueuler son gamin tout en le vénérant.
Un quotidien tellement équilibré que ce duo pathétique a une fascination pour les yeux, fiston partant le soir pour tuer et ramener des globes oculaires tout frais…
Avec un ton très appuyé, où les codes du film horrifiques clignotent de mille feux, on se demande bien si tout ça est très sérieux tant le film coche les cases frénétiquement.
SAUF QUE, SOUDAIN, HAHA ! Voilà que tout ça n’est qu’un film dans le film, puisque les vraies héroïnes d’Angoisse sont des adolescentes dans un cinéma en train de projeter ce que l’on était en train de regarder, un faux film donc appelé The Mommy. Et tandis que le fiston déglingo décide de s’attaquer au public d’un vieux cinéma de quartier dans le faux film, les spectateurs de cette bien belle histoire ne se rendent pas compte qu’un homme tout aussi sain d’esprit commence à s’en prendre à eux…
Et oui, c’est ce qu’on appelle de la mise en abyme en bonne et due forme, Bigas Luna allant et venant entre ses deux niveaux narratifs pour créer la confusion chez les vrais spectateurs, en espérant que l’envie de regarder par-dessus votre épaule vous titillera… En soit, l’exercice est plutôt rigolo tant la péloche transpire l’amour du cinéma de genre et des sensations qu’il peut procurer.
Le temps n’a pas forcément été tendre avec le film, qui réserve des meurtres peu inspirés et un jeu d’acteur (en anglais) pas toujours très subtil, mais le procédé narratif fonctionne bien, et on se demande surtout comment un type comme William Castle (souvenez-vous !) n’y a pas pensé plus tôt.
A moins que vous ayez des copains farceurs, auquel cas ça peut très bien marcher aussi.
Une chose est sûre, Angoisse est à voir dans une vraie salle de cinéma pour prendre son plein potentiel, et on peut remercier l’Etrange Festival de nous avoir offert cette opportunité !

 

Tokyo Vampire Hotel (2016) de Sono Sion

Que serait un Etrange Festival sans un film de Sono Sion ? On se pose la question tous les ans même si la réponse nous fait plaisir, puisque c’est souvent une joie de retrouver le réalisateur japonais très prolifique. Le bougre a l’habitude de ne rien faire comme tout le monde, et il prouve encore avec Tokyo Vampire Hotel, qui est initialement une commande de la Nikkatsu et d’Amazon pour livrer une série de 10 épisodes destinée à la plateforme vidéo du géant du e-commerce américain.
Disponible depuis juin au Japon, la série a le droit suite au désir de son réalisateur à une version cinéma, qui remonte les 10 épisodes (!) en seulement 2h20, en ajoutant des scènes inédites et une fin alternative histoire de faire les choses bien.
Alors on pourrait penser que 2h20 pour un tel programme, qui met en scène une lutte entre différentes races de vampires se terminant dans un hôtel conçu pour bouffer des humains, ça risque de faire un peu court… Et bien non. C’est même tout l’inverse !
Zappant plein d’intrigues de la série et se précipitant sur quelques personnages, Sion a eu la mauvaise idée de caler quasi intégralement la fin de l’histoire. Résultat, on a une heure d’exposition un peu foireuse ou tout va trop vite, et une autre heure de gros carnage.
Sauf que Sion semble avoir emballé le tout avec l’enthousiasme d’un robot. Ultra répétitif dans ses scènes d’action qui n’ont pas bénéficié du soin habituel et emballé avec des effets gores cheapos, le film enchaîne des plans qui se ressemblent tous, atténuant tout impact au fur et à mesure que la lassitude s’installe. Ça hurle, tape et tranche la même chose pendant une dernière heure interminable, qui fonctionne sûrement comme catharsis après 10h de série, mais semble totalement gratuite ici, d’autant que les personnages n’ont pas vraiment le temps d’exister, et que Sion est bien sage. Il reste bien quelques visions fortes, comme les coulisses organiques de l’hôtel, une sorte d’enfer où les corps humains sont entassés dans un bain de sang pour nourrir leurs hôtes, mais on a connu le réalisateur bien plus pervers graphiquement, tout ce beau monde restant sacrément habillé alors qu’on parle sex à tort et à travers, tout comme le gore ressemble plus à un concours de peinture rouge qu’à une séance de chirurgie/boucherie. Tournant en rond sans même plus savoir où il ne va, incapable de créer la moindre empathie pour ses persos et cadré sans énergie, Tokyo Vampire Hotel est le plus gros faux pas de Sion depuis un long moment, et fait un bien fou quand il se termine.

 

Purgatoryo (2016) de Roderick Cabribo

Ouvrir la programmation aux cinémas des 4 coins du monde, voilà l’une des missions de l’Etrange Festival, et celle-ci semble être plus importante que jamais cette année.
La preuve avec Purgatoryo, une œuvre venue des Philippines qui respire la joie de vivre avec son duo de jeunes hommes travaillant dans une morgue plus occupée à faire du trafic de corps qu’à respecter les morts. Assez conspué dans les couloirs du festival, Purgatoryo est pourtant le portrait assez fort d’une société au point mort, trop occupée à magouiller pour continuer à macérer dans sa crasse plutôt qu’autre chose. Tout le rapport au corps est bien vu, avec ces hommes incapables de penser à autre chose qu’à se reproduire, quand leur environnement tout entier est pourtant régi par la corruption et l’argent facile, sans aucune vision ou perspective de vie. Âpre et désenchanté, comme en témoigne notamment une scène de nécrophilie (!), Purgatoryo repose sur un casting solide et une photo soignée malgré du bruit numérique bien présent durant les scènes de nuit, et donne la parole à un peuple au fond du trou.

 

A Day (2017) de Cho Sun-Ho

Récent carton en Corée du Sud, A Day est le premier film d’un réalisateur qui risque vite d’ajouter son nom à la longue liste des cinéastes coréens à suivre. Au début du film, avec un papa obligé de revivre éternellement la journée de la mort de sa vie, on est pourtant face à une relecture sage d’un Jour sans fin, du moins sans surprise, surtout que ce schéma narratif est vraiment à la mode en ce moment, notamment aux USA entre l’ignoble Before I Fall et le prochain Happy Birthdead.
Pourtant, A Day insuffle très vite des idées assez novatrices pour la chose, qui lui font prendre un chemin différent et l’emmène vers un thriller plus tendu et imprévisible que prévu.
D’autant que le scénario a l’intelligence de rétorquer les quelques doutes qu’on peut avoir le concernant, signe d’une écriture travaillée et évitant autant que possible les failles.
Si le final tombe, comme souvent, dans le pathos à souhait avec pluie de violons et j’en passe pendant 10 minutes, A Day est un divertissement solide et suffisamment inventif dans son carcan ultra balisé pour être notable.

 

El Ataud de Cristal (2016) d’Haritz Zubillaga

Présenté dans le focus dédié au festival de Sitges qui fête ses 50 ans, El Ataud de Cristal est un énième exemple de la vitalité du cinéma de genre catalan. D’autant qu’on est face à un pur film concept, avec une actrice célèbre partant pour une cérémonie chercher un prix d’honneur, sauf que la limousine l’emmenant au gala est contrôlée par un maniaque…
Huit-clos entre Buried et Cosmopolis, puisqu’on passe la quasi-intégralité du film dans le véhicule, El Ataud de Cristal porte tous les stigmates du film de genre grossier, prévisible et maladroit.
Entre la voix modifiée ultra grave du méchant à la limite de la parodie, et l’incapacité de ce dernier à se taire, on est abasourdi tout du long par une suite de dialogues didactiques qui coupent l’herbe sous le pied de la mise en scène, sans que celle-ci ne parvienne une seconde à embrasser comme il se doit les aspects les plus transgressifs de son récit, évoquant le pire mais ne le mettant jamais en scène. Malgré sa faible durée (75 minutes), le film d’Haritz Zubillaga tourne vite au remplissage, et reste une série B peu inspirée qu’on oubliera très vite.

 

Les Garçons Sauvages (2017) de Bertrand Mandico – Sortie française en février 2018

Suivi depuis un moment par le festival pour ses multiples courts métrages, Bertrand Mandico a été accueilli tel le messie pour son premier long métrage, le président de la manifestation demandant carrément à la salle de faire une standing ovation alors même que la plupart n’avait pas vu une seule image produite par le monsieur ! Un postulat bien étrange, pour un film qui l’est tout autant, avec 5 garçons au début du 20ème siècle qui partent avec un capitaine en mer pour apprendre à se tenir, avant que tout ce beau monde échoue sur une île étrange. Emballé dans un noir et blanc old-school, avec une bordure d’écran arrondie des plus hipsters, Les Garçons Sauvages joue et ne parle que de la quête et de l’épanouissement sexuel de ses personnages, par ailleurs joué par des femmes !
Entre sa voix-off onirique et sa mise en scène très abstraite, qui fait autant appel à l’expressionnisme allemand qu’à un psychédélisme très 70’s, le réalisateur a clairement un univers bien à lui, et s’en donne à cœur joie dans les évocations sexuels entourant ses personnages mystérieux.
Bon, on ne peut pas dire que le tout soit très subtil, en témoigne certaines images très évocatrices comme les héros(-ïnes) en train de boire goulument sur des végétaux en forme de pénis qui produisent du liquide bien blanc, et il faut bien avouer que le tout semble presque un peu trop se complaire dans les métaphores du genre, surtout que l’ensemble tire un peu trop sur la corde et à tendance à se répéter. Ça n’enlèvera rien son statut d’OVNI total, dont l’existence reste une merveilleuse nouvelle dans notre production nationale pour tous les amateurs de films différents et uniques qui sont de véritables propositions de cinéma.

 

Les Aventures de Buckaroo Banzaï dans la Huitième Dimension (1984) de W.D Richter

Les années 80 avaient ça de génial qu’elles n’avaient peur de rien, et encore moins du ridicule.
Prenez ce Buckaroo Banzaï, réalisé par le futur scénariste du Big Trouble in Little China de Carpenter, dans lequel Peter Weller campe un scientifique réputé dans la physique des particules qui va réaliser le premier voyage à travers les dimensions. Jusque-là, ça va encore, sauf que les responsables de ce machin pas possibles trouvaient que ça n’était pas assez cool. Donc le héros, en plus de ses expériences et conférences de presse, est aussi un neurochirurgien très actif, un ninja (!) et une véritable rock star, se baladant partout avec son groupe ! Et histoire d’achever le bordel, il se trouve que des extra-terrestres débarquent sur terre pour comprendre ce que farfouille tout ce beau monde ! Partant dans tous les sens sans vraiment savoir où il va, Buckaroo Banzaï se traine pourtant un sacré ventre mou passé son exposition, avec un rythme léthargique qui peine à exploiter pleinement tous ses délires, souvent évoqués le temps d’une scène et puis basta.
Alors on ne cache pas que la vision de la chose provoque quelques hallucinations, à l’instar du personnage de Jeff Goldblum tout le temps habillé en cow-boy flashy, ou John Lithgow en méchant psychopathe totalement zinzin qui cabotine à l’extrême, mais le film est souvent décevant vis-à-vis de ses folles promesses, et reste une curiosité dont on se demande les raisons de l’existence même, rejoignant sans problème un Howard the Duck dans la liste de ses productions improbables de l’époque.

 

The Villainess (2017) de Jung Byung-gil – Sortie française en février 2018

Déjà présenté à Cannes cette année en séance de minuit, The Villainess revendique l’héritage des derniers films d’actions hard boiled venus de Corée, tel Old Boy ou I Saw the Devil.
C’est d’ailleurs une énième histoire de vengeance, avec une tueuse surentrainée à qui on ne l’a fait pas. Quoi que si en fait, puisque le film semble avoir passé à la photocopieuse son script sans que ça ne choque personne sur le tournage ! Résultat, c’est l’histoire d’une femme qui a vécu un enfer gamine, et est devenue une machine de guerre avant de se venger quand on s’en est pris à ses proches. Fin ? Et bien non : rebelote ! La belle se fait capturer (c’est le début du film, no spoilers !), et on est repartis pour un nouvel entraînement (?!!), de nouveaux proches et vous devinerez la suite…
Si Jung Byung-Gil possède quelques idées rigolotes de mise en scène, avec une caméra subjective au début du film quand l’héroïne tabasse des dizaines de gardes, ou une baston en moto avec des sabres, le cinéaste souffre pourtant de la facture assez inégale de ses plans séquences revendiqués comme des grands moments de bravoure et dont on voit pourtant toutes les ficelles, que ce soit les raccords numériques baveux, le sang digital ou bien les gardes qui attendent étrangement leur tour pour se faire zigouiller. Quand il revient à un découpage plus classique avec des plans en cut, la lisibilité fout le camp au galop, mais ce n’est pas le plus gênant, le film plongeant dans son scénario à rallonge pour sortir des scènes de comédie romantique totalement cul-cul la praline et hors sujet.
On voit clairement l’ambition d’offrir une grande fresque criminelle sur un destin pas comme les autres, mais la surenchère de péripéties et de retournements de situations enlève toute crédibilité à l’ensemble, dans un film qui a clairement les yeux plus gros que le ventre.



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