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Critique : Waking Sleeping Beauty


Parlons encore un peu de Disney après l’excellent Toy Story de Pixar et avant de pouvoir vous dire un mot sur les extraits de Raiponce qu’on a pu voir. Mais parlons documentaire.
Le 29 septembre prochain sortira dans les salles de cinéma un documentaire réalisé par un producteur du studio, Don Hahn et traitant de la période 1984-94, période de renouveau de Disney pendant laquelle des longs métrages comme La Petite Sirène ou Le Roi Lion sont sorti. Ca s’appelle Waking Sleeping Beauty et c’est à voir !

Waking Sleeping Beauty – Sortie le 29 septembre 2010
Réalisé par Don Hahn
Comment les Studios Disney sont revenus sur le devant de la scène entre 1984 et 1994…

C’est un fait peu connu du grand public mais de 1984 à 1994 la compagnie Disney (et surtout sa branche animation) a été le théâtre de luttes intestines mais aussi d’un renouveau artistique. On parle même de Nouvel Âge d’or ou de Renaissance, avec les succès que sont La Petite Sirène, La Belle et la Bête, Aladdin et le Roi Lion. C’est un fait peu connu car l’entreprise Disney a toujours fait montre d’une extraordinaire habileté dans sa communication, notamment lorsqu’il s’agit de balayer sous le tapis les aspects les moins reluisants de son histoire. Cependant cette période de dix ans a largement étudié par les historiens de l’animation et il n’est pas difficile de se documenter sur la question. Encore faut-il en avoir le temps et l’envie. C’est donc le premier intérêt de Waking Sleeping Beauty : traiter le sujet à travers un film, support susceptible de toucher un plus large public que les quelques acharnés (comme moi) qui vont lire des pages et des pages sur la question (et sur tant d’autres).

Le second point fort du film est de proposer le point de vue plus ou moins inédit d’insiders. En effet Don Hahn le réalisateur et Peter Schneider le producteur ont travaillé au studio Disney durant cette période. Leur intention avouée était de se démarquer de l’approche des historiens en mettant au centre de leur histoire les artistes qui ont souffert et se sont épanouis durant cette décennie, et la façon dont ils ont perçu les luttes de pouvoir au dessus d’eux.
Pour s’assurer un minimum d’objectivité, ils se sont adjoints les services de Patrick Pacheco, un journaliste indépendant qui a mené la centaine d’entretiens nécessaires à l’élaboration du film (évidemment, tous n’apparaissent pas dans le film). Voilà pour la méthode et les deux atouts principaux du film (atouts qui ont bien sûr leur revers).

Avant de parler des qualités intrinsèques du film, il me semble nécessaire de poser cette question : à qui s’adresse Waking Sleeping Beauty ?
Évidemment aux passionnés d’animation (du moins à ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’animation), qui trouveront avec joie matière à râler puisqu’inévitablement, 90 minutes c’est bien trop court et qu’il manque des éléments, etc… On y reviendra.
Mais la génération qui a grandi avec ces films Disney devrait également y trouver son compte, car même sans forcément aimer l’animation, difficile d’avoir échappé à Disney durant son enfance. Dans tous les cas, le film mérite d’être vu.

ATTENTION cependant, comme pour tout documentaire, sa version des faits est soumise à caution et je vous déconseille de prendre pour argent comptant tout ce que Don Hahn nous montre dans son film. Non pas qu’il soit manipulateur, mais il s’agit bien là d’un point de vue très orienté (et parfaitement revendiqué par ailleurs).

Le premier point positif de ce documentaire c’est que l’histoire n’a pas été édulcorée (pourtant le film est distribué par Disney). Don Hahn et Peter Schneider insistent sur la légitimité du film du fait de leur point de vue privilégié et se posent en porte paroles des autres artistes : ils étaient au centre du cyclone à l’époque. Et par cyclone, on parle des conflits entre Michael Eisner, alors président de Disney, Jeffrey Katzenberg, patron des branches films et animation (un des fondateurs de Dreamworks et producteurs de Shrek et cie) et Roy E. Disney, le neveu de Walt, vice président et superviseur de la branche animation (il est décédé l’an dernier). Une part importante des visuels du film est d’ailleurs constituée des caricatures des différents patrons faites par les artistes à l’époque. Exutoire souvent très drôle mais qui témoigne néanmoins d’une certaine souffrance. Le film se focalise donc beaucoup sur ce trio, que l’on retrouve en interview et dont chaque membre exprime sa vision avec politesse mais honnêteté (de l’eau a coulé sous les ponts semblerait-il).

Jeffrey Katzenberg écope du rôle du méchant (le vampire corporate d’Hollywood cupide et ignorant) et même si il serait facile de lui jeter des pierres, il fait tout de même preuve d’une lucidité qui passe quasi inaperçue. Certes sa contribution au monde de l’animation américaine est polémique (il a changé le visage de l’industrie et certains diraient qu’il y a sacrifié la créativité au passage) mais il avait pointé du doigt, en 1984, un problème essentiel : les précédents films Disney, ceux des décennies 60 et 70, étaient mauvais.
Et jamais les auteurs de Waking Sleeping Beauty ne se penchent sur cette question (ce qui supposerait interroger les méthodes de travail et la hiérarchie inter-artistes du studio héritée des années 50). Mais bien sûr ça n’est pas le propos du film, et c’est légitime : il s’agit avant tout de parler de leur expérience personnelle, élément inédit dans la documentation qui existait jusqu’à lors. C’est donc pour ça qu’il ne faut pas se contenter de ce film pour tenter comprendre la Renaissance Disney.
Evidemment, tout le monde n’a pas vocation à lire des articles, livres et autres interviews pour compléter cet apport mais dans ce cas, prudence. Car le film ne questionne pas non plus ce supposé Âge d’Or, sensé renouer avec la tradition Disney. Mais de fait, l’homogénéité Disney n’existe pas vraiment : il n’y pas grand rapport entre les chefs d’œuvre de l’âge classique (Blanche Neige, Fantasia et Pinocchio) et les films sans inspiration des années 60-70 comme Robin des Bois ou plus tard Rox et Rouky. Et les films de 1984 à 1994, tout auréolés de succès qu’ils sont, sont construits de la même façon (princesse, chansons de comédie musicale, sidekick animal amusant), ce qui n’est pas le cas de Blanche Neige, Pinocchio et Fantasia.
C’est peut-être l’héritage principal qu’ont laissé Katzenberg et les autres à l’animation américaine durant cette décennie : revitaliser économiquement un art moribond en le faisant couler dans un moule hollywoodien.

Enfin dans les derniers petits reproches que l’on pourrait faire au documentaire de Hahn, la forme est parfois un peu surchargée : se superposent des images d’archive, des voix off d’intervenants qui ne sont pas toujours présentés (et pour le spectateur qui n’est pas spécialiste, ça peut devenir difficile de s’y retrouver) et en sus pour ceux qui les lisent, les sous-titres. Enfin à propos des images d’archives, ceux qui s’intéressent à Pixar et qui ont vu le documentaire présent sur le dvd bonus de Wall-E seront en terrain connu, puisqu’on y retrouve les vidéos de Randy Cartwright et John Lasseter qui vadrouillent dans les couloirs du département animation, au tout début des années 80. Cela amusera sans doute de voir émerger de son bureau un Tim Burton de 22 ans et quelques…

Dans tous les cas, Waking Sleeping Beauty est un documentaire à voir. En salles le 29 septembre.

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9 commentaires pour “Critique : Waking Sleeping Beauty”

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