Critique : Voyage à Travers le Cinéma Français

Après avoir tourné l’excellent Quai d’Orsay d’après la bande dessinée du même nom (et chaudement recommandée), Bertrand Tavernier s’est tourné vers le documentaire avec Voyage à Travers le Cinéma Français.

S’il ne sera visible de tous qu’en octobre prochain, le film sera présenté ce mardi 31 mai à 19h30 au Cinéma Les Fauvettes (à Paris 13), en présence du réalisateur de Thierry Frémaux. Infos et réservations ici.

 

LA CRITIQUE

Grand cinéaste moins connu des nouvelles générations, Bertrand Tavernier offre au cinéma français l’un de ces cadeaux rares que seul un amoureux éclairé du Septième art peut confectionner. Il lui aura fallu cinq années de travail pour aboutir à ce Voyage à travers le cinéma français, présenté dans la section Cannes Classics au 69ème Festival de Cannes. Une œuvre à la fois monde et intime.

Avec ce titre, on ne peut s’empêcher de repenser à ceux de Martin Scorsese avec les cinémas américains et italiens. Effectivement, la proximité des intitulés n’est pas involontaire. Le réalisateur du Juge et l’assassin, de L’Horloger de Saint Paul ou du plus récent Quai d’Orsay s’est lancé dans une entreprise presque impossible : résumer le cinéma français. Où commencer ? Parler de qui et de quoi ? Comment ? Voilà une tâche titanesque dans laquelle Tavernier y cherche autant la reconnaissance de ses pairs que celle de ses pères.

À l’instar de Scorsese, le cinéaste français entame son voyage par son premier souvenir de cinéma, un petit polar en noir et blanc de Jacques Becker qu’il découvre enfant. Il va se construire, à partir de là, un travail de mémoire sur ses souvenirs et expériences. Et à 75 ans, Bertrand Tavernier n’a que des anecdotes croustillantes à nous raconter. Mais c’est en toute humilité qu’il nous conte merveilleusement sa propre histoire mêlée à celle du cinéma français. Une époque où il ne faisait que découvrir les coulisses des film de Becker donc, mais aussi de Jean Renoir, Marcel Carné, Jean-Pierre Melville, Jean-Luc Godard, Claude Sautet, mais aussi ces gueules comme Jean Gabin, Lino Ventura ou Eddie Constantine.

Ainsi, exit les frères Lumières ou Georges Méliès. Voyages à travers le cinéma français n’est pas un cours scolaire sur l’histoire de notre cinématographie nationale. C’est un regard subjectif (et profondément humain) que porte Bertrand Tavernier qui se m’est également en scène face caméra. Celui-ci partage sa propre histoire qu’il a pu vivre en commun avec tous ces grands noms. Son documentaire commence à la fin des années 1930 pour s’arrêter au début des années 1970. Nous vous attendez pas à un exercice francophone des documentaires de Martin Scorsese qui abordait jusqu’aux genres de films. Tavernier ne s’intéresse qu’à celles et ceux qu’il a pu côtoyer durant son parcours, passant de spectateur amateur à cinéphile averti, puis de simple stagiaire à réalisateur reconnu par les professionnels de la profession.

Cela ne l’empêchera pas d’aborder dans les nombreux métrages qu’il citera (plus de 400 extraits) l’écriture, la mise en scène, la direction d’acteur, la production, la place des femmes devant et derrière la caméra, les conflits artistiques et personnels… Nous avons le droit à quelques détails sur les inimitiés entre Jean Gabin et Jean Renoir sur leurs collaborations après la Seconde Guerre mondiale ou celles entre Lino Ventura et Jean-Pierre Melville sur le tournage de L’Armée des ombres. Cependant, malgré ses massives 3h15, nous n’aurons pas l’occasion d’en faire le tour complet. Car ce documentaire n’est qu’un avant-goût. Une version de 8h sera diffusée en plusieurs parties à la télévision et disponible en DVD quelques temps après la sortie en salle de ce Voyage à travers le cinéma français, version cinéma.

Un grand film pédagogique, unique et précieux. Une leçon sur le Septième art hors du commun.

Voyage à travers le cinéma français, de Bertrand Tavernier – Sortie le 12 octobre 2016



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