Critique : Tour de France

Quand il ne se prend pour pour le Maire de Marseille pour Netflix face à Benoit Magimel, Gérard Depardieu fait le Tour de France. Le voici devant la caméra de Rachid Djaïdani pour un road trip accompagné d’un jeune rappel.

Le film a été présenté à Cannes et sera également en avant-première à Paris au Champs Elysées Film Festival.

 

LA CRITIQUE

Six années après son surprenant Rengaine, le réalisateur Rachid Djaïdani est revenu au Festival de Cannes, au sein de la Quinzaine des réalisateurs, avec son dernier Tour de France. Son nouveau long-métrage créé l’événement en amenant Gérard Depardieu (événement à lui seul) dans l’histoire d’un rappeur parisien visé par un règlement de compte qui se met au vert le temps que les choses s’apaisent. Bien évidemment, la rencontre entre le jeune musicien en devenir et le vieux français finira par faire voler en éclat les préjugés que chacun avait sur l’autre.

Et voilà, en quelques lignes, le secret de polichinelle qui se cachait derrière Tour de France est éventé. La déception est assez grande. Il est dommage que le prometteur Rachid Djaïdani termine dans un film aussi normé et balisé qui nous donne la sale impression d’avoir vu cette histoire mille fois.

On peut néanmoins comprendre la bienveillance du réalisateur. Évitant de souffler sur les braises d’un pays au bord de la paranoïa communautaire, Djaïdani n’évite malheureusement pas l’écueil des clichés balourds dès les premières minutes. Nous retrouvons alors son héros rappeur Far’hook, incarné par Sadek, qui écoute de la musique et prouve son flow avec ses potes au pied d’un immeuble (dans un quartier qui n’a pas l’air trop risqué). Forcément, la vieille rabat-joie d’en face proteste vivement de la gène sonore depuis sa fenêtre au deuxième étage. Parce que, vous savez, les vieux n’aiment pas les jeunes, tout ça… Et puis arrive l’enjeu où, parce que Far’hook a refusé de prendre un selfie avec lui, un guignol qui se croit déjà dans le métier se venge la nuit même d’un coup de feu numérique d’une kalachnikov sur le rappeur montant à casquette rouge.

C’est chez le père franchouillard de son manager que Far’hook sera envoyé, dans une France rurale toute aussi abandonnée que celle dite des quartiers sensibles. Serge, l’ancien artisan fort et fier qu’interprète Gérard Depardieu, accepte à contrecœur d’accueillir le jeune homme, son propre fils ayant renoncé à son prénom pour une autre religion que la sienne. Forcés de cohabiter, les deux se tiendront d’abord à distance. Chacun observera l’autre comme un bête curieuse enfermée dans ses propres convictions caricaturales.

S’amorce alors leur tour de France. Plus particulièrement celui de Serge qui avait entreprit de reprendre le parcours du peintre Joseph Vernet à travers la série de ports qu’il a peint. Entreprise qui trompe sa solitude et qu’il devait réaliser avec son fils. Mais c’est le jeune Far’hook qui le remplacera et se prendra au jeu de son compagnon de route. Leurs différences les feront se rapprocher et mieux comprendre l’autre. Mais alors qu’il aurait pu proposer une vision plus percutante, Tour de France est un film tellement sage qu’il disparaît dans la masse des gentils films sociaux dans laquelle le cinéma français se noie déjà.

Gérard Depardieu semble ne pas trop y croire et offre une prestation standard, en dessous des nombreux petits projets récents qui sortent un peu de l’ordinaire. Nous avons le droit à un passage assez gênant avec son personnage qui s’essaie mollement de rapper ses inspirations. De plus, la caméra épaule de Rachid Djaïdani n’a plus l’efficacité d’antan. Le long-métrage accumule les décadrages et entretient une houle continue à l’écran. Une grosse embrouille conduira à une réconciliation. La seule jeune femme rencontrée sur le chemin entraîne une brève romance. L’unique trame sérieuse est réglée en dernière minute comme une comédie. Tout cela pour aboutir à un final couru d’avance où tout est bien qui finit bien et tout le monde aime la France dans son ensemble.

Tour de France, de Rachid Djaïdani – Sortie le 23 novembre 2016



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