Critique : SOS Fantômes (2016)

Le reboot de la franchise Ghostbusters aura fait coulé énormément d’encre depuis ses premières images, entre critiques misogynes et visuels promos ratés.

Au delà de toutes les polémiques, nous nous sommes simplement demandés -en allant voir le résultat- si les chasseuses de fantômes version Paul Feig étaient simplement une bonne idée. Même sans trop penser à l’excellente version originale, est-ce un bon film ?

 

LA CRITIQUE

Et en cas de problème, qui on appelle ? Cela faisait près de 27 ans que personne n’avait composé le numéro des chasseurs de fantômes qu’Ivan Reitman avait mis par deux fois en scène dans les années 1980. Le succès incontestable des deux films auprès du public reposait d’ailleurs plus sur le caractère comique de l’entreprise que sur les effets spéciaux de l’époque, rassemblant à l’écran les poids lourds de la comédie US qu’étaient Dan Akroyd, Bill Murray ou Harrold Ramis. Après une extension animée à la télévision qui se prolongea tout au long de la décennie suivante, le projet d’un troisième S.O.S. Fantômes fit son chemin et passa sous de nombreuses plumes de scénaristes avant de malheureusement tomber entre les mains de Peter Feig qui signe en même temps son nouveau long-métrage.

Sony aux abois depuis que ses dernières franchises aient périclité, le studio hollywoodien aura parié sur le réalisateur de Mes meilleures amies, Les Flingueuses ou encore Spy pour mettre en scène l’impossible : relancer une franchise oubliée (et délaissée) avec comme leitmotiv une révolution des sexes au casting, où l’équipe de fameux chasseurs de fantômes serait désormais composée de quatre femmes. Une idée de reboot intéressante sur le papier qui prendra une autre tournure à l’écran quand un Feig en pilote automatique fait revenir Kristen Wiig et l’insupportable Melissa McCarthy comme noyau autour duquel se formera la nouvelle équipe.

« Nouvelle » n’est d’ailleurs pas le terme approprié, car ce S.O.S. Fantômes est un reboot qui ne s’assume pas vraiment. Le New York contemporain dans lequel s’inscrit ce long-métrage n’a jamais connu de chasseurs de fantômes. Ce n’est donc pas une suite. Pourtant, Paul Feig nous balance gratuitement le fameux thème en instrumental de Ray Parker Jr. au visage, histoire de le coller au titre du film qui s’affiche juste après la scène d’ouverture. Préparez-vous aussi aux caméos bien lourdingues de tous les membres du casting original (hormis, bien sûr, le regretté Harold Ramis qui nous a quitté en 2014) et de références et clin d’œil en tout genre, dont notamment la caserne de pompier qui servait de quartier général il y a trente ans. Pour donner un nouveau souffle à un nouveau départ, on a connu plus efficace et cohérent. Mais cette étrange sensation de déjà vu ne nous quittera pas, tant toute la longue première partie est tout bonnement calquée de celle du premier S.O.S. Fantômes.

Nous avons d’abord Erin Gilbert (Kristen Wiig), la théoricienne coincée, recalée d’un poste d’enseignant de l’université de Columbia après avoir figuré dans une vidéo postée sur Youtube, témoignant de l’apparition d’un fantôme. Elle retrouvera ainsi son ancienne amie Abby Yates (Melissa McCarthy), la praticienne vulgaire, dont le prestigieux doctorat ne sert plus qu’à bricoler des machines et des détecteurs dans un lycée technique miteux avec la farfelue Jillian Holtzmann (Kate McKinnon) qui n’hésite pas à mettre la main dans le cambouis. C’est par une nouvelle apparition spectrale, cette fois dans le métro, que les trois scientifiques spécialisées dans le paranormal s’associeront naturellement avec la percutante Patty Tolan (Leslie Jones), employée à la MTA (la RATP de New-York). Accusées par les autorités de fabriquer cette menace fantôme sur la Grosse Pomme pour se faire de la publicité, l’équipe de choc devra lutter contre un homme (l’anticharismatique Nick Casey) qui sème des dispositifs ouvrant des portails vers le monde des fantômes.

On ne fera pas le compte des fautes concrètes de réalisation ou de mauvais goût visuel de Paul Feig. La pauvreté de sa mise en scène est véritablement affligeante, ne variant jamais sa manière de filmer des dialogues interminables avec des champ-contre-champs désespérément statiques ou ne décollant jamais sa caméra à plus de soixante centimètres du sol dès qu’il s’agit de rouler au milieu du trafic new-yorkais. Étrange aussi de faire un film de fantômes sans une seule ombre à l’écran. Tout est éclairé dans le moindre recoin et le seul moyen imaginé pour distinguer les spectres a été d’en faire des créatures fluos multicolores. Le réalisateur confondra aussi personnages féminins forts et féminisme poussif lorsque l’équipe se confronte à des hommes faibles, lâches, vulgaires, machistes, prétentieux, incompétents ou juste stupides. Il faudrait aussi lui imputer l’implication de Kristen Wiig et Melissa McCarthy, dont il fait reprendre les mêmes rôles que dans leurs précédentes collaborations. Paul Feig semble incapable de les faire jouer sur d’autres registres.

À l’opposé, nous aurons le personnage cocasse tenu par Chris Hemsworth qui, tenant aussi bien le dieu du tonnerre chez Marvel, le champion de formule 1 James Hunt ou un chasseur de baleine du XIXe siècle, sait aussi extrêmement bien jouer le benêt bodybuildé. Les seuls moments de rires collectifs dans la salle seront de son fait avec son incarnation de standardiste stupide et charmant, mais au final attachant. Heureusement que Leslie Jones et Kate McKinnon aient rejoint l’équipe. En plus de se payer les meilleures répliques, la pêche que nous transmet Jones avec son personnage ou celui déjanté de McKinnon, ultime fantasme geek que l’on croirait tout droit sorti d’un comic-book ultra fun, sont exactement la fraicheur et la nouveauté que l’on attendait de ce Ghostbusters 2016. Une chance donc que Leslie Jones, Kate McKinnon et Chris Hemsworth aient été là pour sauver ce reboot moche et feignant d’une catastrophe industrielle à 144 millions de dollars.

Bien que les premiers chiffres au box office américain ne sont pas trop décevants, l’avenir de la franchise avec une prochaine suite (et un univers partagé souhaité par Sony) reste encore incertain. Car le seul argument de féminiser des sagas préexistantes paraît bien dérisoire face au manque de talent de Paul Feig, alors que s’annoncent déjà des Expenda-belles ou une transposition similaire des Ocean’s 11. Oui, nous voulons des franchises avec des héroïnes fortes et charismatiques, mais il faut leur offrir des franchises originales afin de mieux se démarquer et éviter d’aboutir à de pales copies des versions masculines. Elles méritent mieux que ça !

SOS Fantômes, de Paul Feig – En salles le 10 août 2016



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