Critique : Saucisse Party

On l’attendait à Annecy, puis en salles cet été… Mais on va devoir encore attendre. Sony, ne sachant que faire de Sausage Party, a d’abord songé à le sortir directement en vidéo mais a finalement changé son fusil d’épaule de peur qu’il soit piraté à tout va. Moralité, le film notamment écrit par Seth Rogen arrivera en France en novembre prochain.

Mais il est déjà sorti outre-Manche où nous avons pu le voir.

 

LA CRITIQUE

En appliquant le concept de Toy Story et Small Soldiers à la nourriture, le trio derrière l’histoire de Saucisse Party (Seth Rogen, Evan Goldberg et Jonah Hill) ouvre les portes d’une allée de supermarché aux rayons quasiment infinis. Pourtant, ils feront demi-tour à mi-chemin. De l’humour le plus léger et attendu, qui consiste à séparer les produits par origine afin de créer un microcosme de la planète, au plus paillard, qui entraîne le métrage vers les frontières du porno (le « food porn » littéral), l’équipe responsable de cette blague entre potes devenue film d’animation coche assidument les cases du cahier des charges de la comédie méta-lascivo-adulte tout en essayant de dresser des personnages-fonctions un tant soit peu attachants, et de délivrer son opinion hautement consensuelle sur le monde.

Si le film s’acquitte honorablement de ses objectifs techniques sans toutefois faire d’étincelles (pas de surprise avec les réalisateurs de Madagascar 3 et de la série Thomas et ses amis), on remarque rapidement qu’en dépit de son sujet incroyablement visuel, l’équipe s’appuie principalement sur son scénario (ses blagues verbales mais aussi sa structure campbellienne classique) et ses caméos pour nourrir son récit. Ce dernier, qui tourne autour du mécanisme amenant un héros improbable à révéler la vérité à son univers, constitue bien entendu l’occasion pour le film de faire quelques clins d’œil aux classiques sans toutefois tomber dans le name-dropping parasitant. Ainsi, la plupart des scènes humoristiques du film (en grande partie dans la bande-annonce, il faut bien l’admettre) reposent sur une balance lestée d’humour pipi-caca et de blagues sexuelles. Comme d’habitude avec ce genre de comédie, ça plaira à qui ça plaira, pas aux autres. Pour savoir si vous êtes le public visé, demandez-vous simplement si vous trouvez drôle d’avoir une poire vaginale comme principal antagoniste.

Les personnages sont modérément amusants, remplissant tous un rôle précis dans l’évolution du film et, dans une certaine mesure, de la question le sous-tendant, à savoir la foi en un au-delà rédempteur. À ce titre, cette saucisse de protagoniste Frank (comme « frankfurter », voyez ?) se voit attribué le rôle du sceptique cherchant à rétablir la vérité. Il est accompagné de ses petits pains chrétiens, d’un taco femelle Latina pécheresse, d’un bagel juif et d’une crêpe arabe. Les deux derniers, évidemment, n’ont de cesse de se haïr, influencés par la guerre territoriale dévastant leur rayon. Tout ça n’est pas dit explicitement, mais il faudrait être un peu lent pour ne pas lire entre les paragraphes. C’est aussi cette évidence d’interprétation voulue par les scénaristes qui cherche à séduire le public en lui donnant des coups de coude ininterrompus. Quelques minutes suffisent pour avoir l’impression qu’ils nous répètent sans cesse « Vous avez-vu ce qu’on a fait là ? Malin, hein ? Vous avez compris ? Ouais, on sait que vous avez compris. ».

Alors malin, c’est sujet à débat. Embrassant sans retenue l’idée erronée selon laquelle tous les cartoons pour adultes doivent contenir soit des blagues salaces (South Park est passé par là) soit du sexe (voire les deux), Saucisse Party se révèle avant tout être une succession de blagues relativement similaires et répétitives à base de saucisses et de pénétration, ponctuées de quelques rares trouvailles. Or sans même aller chercher de l’autre côté du Pacifique pour comparer la teneur en pornographie, Ralph Bakshi l’avait mieux fait dans les années 1970 avec Fritz the Cat, enfant bâtard du cinéma d’animation mainstream et des comix underground. Mais si à l’époque, la création d’un cartoon tabou était osée, l’entreprise de Rogen et compagnie n’a aujourd’hui plus rien de politique ni encore moins d’artistique. Et finalement, passée l’illusion du calque géopolitique mondial et du contexte théologique conditionnant les actions des personnages, ce film de saucisses se conclut comme tous les autres films sortant des usines californiennes : c’est quand même vachement mieux quand on est tous potes, et la religion de tout le monde elle est bien (mais l’American way-of-life gagnera, faut pas déconner non plus).

Les films mettant en scène de la nourriture anthropomorphe ne datent pas d’hier. Il y a quelques mois à peine, Krampus jouait dans l’horreur au pain d’épices et la suite de la Tempête de boulettes géantes divaguait dans la direction familiale, tandis que Mel Brooks avait transformé Jabba en semi-pizza avec Spaceballs, et que George Clooney avait même commencé sa carrière en affrontant des tomates tueuses (en voilà un caméo qu’il aurait été drôle). Mais enfin bon, inutile également de revenir sur le roman De l’autre côté du miroir, où Lewis Carroll introduisait déjà le concept avec malice.

L’ultime scène, à laquelle on s’attend presque connaissant l’œuvre des scénaristes, n’apporte finalement pas grand-chose si ce n’est un moyen de conclure l’histoire. On se demande surtout pourquoi aucun de ces produits alimentaires, étant si obsédés par l’endroit où ils iront passées les portes du magasin, ne se demande d’où ils viennent. Et, bien plus qu’à travers toute analogie nazie par voie de moutardes bavaroises haïsseuses de jus, le véritable sentiment de malaise pourrait alors naître dans ces saucisses réalisant qu’elles ont été fabriquées de toutes pièces pour être mangées, et à partir d’autres êtres vivants. Mais la question théologique à laquelle semble tant tenir Rogen deviendrait alors trop compliquée. Le débat sur l’au-delà est plus facilement détourné (même pas résolu) de façon politiquement correcte que celui sur les origines.

Les meilleurs moments du film sont ceux qui laissent s’exprimer une forme d’humour imagé (comme l’intervention du préservatif qui, s’il ne disait rien, serait encore plus efficace) ou ceux qui laissent la place à d’autres esprits, comme ce numéro d’ouverture musical et entrainant que l’on doit sans doute à Alan Menken. Au final, Saucisse Party ne surprendra que ceux qui n’ont jamais vu de comédie paillarde et restera, malgré ses velléités thématiques, un produit consommable, pas forcément mauvais, mais dont on disposera très vite. Ironie ?

Sausage Party, de Conrad Vernon et Greg Tiernan – Sortie en novembre 2016



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