Critique : Nerve

La vidéo en direct sur Internet est un phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur. Tout est désormais visible sur une application comme Periscope, où l’on peut suivre des ados dans leur quotidien tout comme regarder un concert en direct filmé par un spectateur tout en restant dans son canapé.

Il semblait donc logique que le cinéma s’empare de la chose pour en faire un thriller où le concept de la vidéo live est poussé plus loin que dans la réalité.

 

LA CRITIQUE

Quand on sort de deux épisodes coup sur coup de Paranormal Activity (les 3 et 4), il est difficile d’accorder le moindre crédit aux réalisateurs derrière la chose. Pourtant, Henry Joost & Ariel Schulman n’avaient pas si mal commencé leur carrière avec Catfish, documentaire sur une relation amoureuse née sur Facebook dont les auteurs voulaient tester la véracité en allant à la rencontre de l’autre. Cette idée de briser la frontière entre virtuel et réel revient au galop dans leur œuvre puisque si leur nouveau film Nerve est adapté d’un roman, le sujet semblait taillé pour eux avec une histoire de jeu sur smartphone où les participants doivent accomplir des défis soumis par les spectateurs internautes tout en filmant leurs exploits. De la caméra amateur à tout va en mode 2.0, pas de doute, le duo de cinéastes est en terrain conquis…

S’inscrivant dans une série de films pour ados qui se veulent ultra connectés et proches de leur public en reflétant plusieurs éléments de son quotidien, Nerve évoque aussi bien Projet X ou Chatroom et profite dès le départ du peu de qualité globale du « genre » récemment.
Le film n’a de toute façon pas besoin de faire la comparaison pour séduire le spectateur rapidement car son concept tient étonnement la route ! L’écriture du personnage principal d’Emma Roberts, comme celle de son amie/rivale ou de Dave Franco, fait le minimum syndical pour justifier l’utilisation de l’application et le besoin de participer à ce jeu mystérieux et dangereux, ce qui permet d’aller rapidement au cœur du sujet, le jeu en soit. Sauf qu’une fois la mécanique infernale lancée, Nerve parvient à rendre l’ensemble assez vraisemblable et prenant puisqu’il se base sur des problèmes assez classiques et une solution idéale en apparence, avec cette adolescente qui rêve de se payer des études prestigieuses sans en avoir les moyens. Sur le plan scénaristique, la première heure enchaîne les péripéties en faisant monter la sauce au fur et à mesure, les défis allant du baiser langoureux à un inconnu dans la rue à traverser la ville à fond sur une moto avec les yeux bandés. L’escalade se fait progressivement pour garder un semblant de crédibilité et son principe s’avère ludique puisqu’on a vite envie de voir jusqu’où les personnages peuvent repousser leurs limites.

Cet aspect presque participatif, dans le sens où les spectateurs du film sont au même niveau que ceux du jeu, s’avère d’autant plus malin qu’il permet de mettre en exergue toutes les dérives du système mis en place, qui synthétise celles que l’on rencontre en ce moment à l’heure de l’hyper-connectivité mobile. La célébrité superficielle avec la course aux followers et aux vues, le besoin de se mettre en scène de plus en plus n’importe comment pour se distinguer de la masse, la façon avec laquelle des applications virtuelles prennent le pas sur toute autre considération plus concrète, ou la fragilité croissante de la vie privée quand tout devient accessible en ligne…
Nerve brasse assez large et fait graviter tout ça autour de la distance entre le spectateur devant son écran et la réalité des faits, un écart que l’on perçoit de plus en plus difficilement quand les écrans envahissent notre quotidien. C’est bien de ça dont il est question tout du long : comment la plèbe plongée dans l’anonymat derrière ses écrans pousse certaines personnes de chair et d’os à se ridiculiser, à agir contre leur gré ou même à se mettre en danger pour le divertissement de la masse.

On peut étendre la métaphore jusqu’à la télé-réalité si l’on veut, Nerve cristallisant bien des maux par le prisme de son attraction principale, ce qui suffit à le rendre plus intéressant qu’il n’en a l’air au premier abord. Certes, le film croule sous une esthétique « branchée » à grand coup de néons dans tous les sens et de morceaux électro-pop qui le condamne sûrement à devenir kitsch plus rapidement qu’il ne le pense, comme tout film ancré dans une époque et une mode particulière qui revendique celle-ci à chaque instant.
Aussi, comme on pouvait malheureusement s’y attendre, le 3ème acte tombe dans la surenchère grotesque, qui finit par achever la vraisemblance de son dispositif à force de trop vouloir le faire grossir, avec une morale assenée lourdement là où un final plus ambigu et acerbe aurait sûrement eu plus d’impact. Croire jusqu’au bout à l’intelligence du public visé ne semble pas encore de mise donc, ce qui n’enlève pas à Nerve une vraie malice dans son traitement, et une pertinence inattendue en ces temps où règnent Snapchat et Pokémon Go.

Nerve, de Ariel Schulman et Henry Joost – Sortie en salles le 24 août 2016



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