Critique : My Life Directed by Nicolas Winding Refn

Remarqué grâce sa trilogie Pusher puis avec Valhalla Rising, adulé pour Drive et questionné pour Only God Forgives, le réalisateur danois Nicolas Winding Refn est un personnage intéressant.

Pas étonnant que sa femme Liv Corfixen l’ait suivi caméra à la main pendant le processus créatif de son dernier long-métrage sorti. En attendant The Neon Demon en salles début juin, le documentaire My Life Directed by Nicolas Winding Refn permettra de faire patienter les fans du metteur en scène : il est disponible en DVD dès ce 27 avril.

 

LA CRITIQUE

Festival de Cannes 2013, le nouveau long-métrage de Nicolas Winding Refn est présenté en compétition officielle. Après le succès retentissant de Drive, le réalisateur danois revient sur le devant de la scène avec l’acteur Ryan Gosling pour Only God Forgives. Le film ne laissera pas indifférent. Adulé ou hué, le style ultra visuel de Winding Refn s’est radicalisé brutalement. Pour quelle raison ? C’est la tâche que s’est donné sa femme, Liv Corfixen, de répondre à cette question à travers ce documentaire retraçant les mois de tournage antérieur à sa sortie mouvementée sur la Croisette.

Attention, il ne s’agit pas d’un making of d’Only God Forgives, à proprement parlé. Derrière My Life Directed by Nicolas Winding Refn se cache l’idée de donner un regard extérieur sur le processus de création d’un long-métrage, en particulier avec un réalisateur en plein doute. Mais bon, c’est un peu comme l’eau qui mouille ou le feu qui brûle. Le parcours d’un réalisateur n’est fait que de compromis sur sa vision. Un tournage ne se déroule jamais comme prévu. Là également, celui d’Only God Forgives n’en est pas exempt, d’autant que Winding Refn se retrouve dans un pays étranger avec une grande partie de son équipe ne parlant parfois pas un mot d’Anglais, et encore moins de Danois. C’est la seconde fois que ce dernier laisse entrevoir ses coulisses, près d’une décennie après le documentaire The Gambler qui retraçait la création des Pusher II et III.

Tirant les cartes de tarot chez son père spirituel, Alejandro Jodorowsky, le réalisateur affirme sa volonté de faire un film à l’opposé du commercial Drive. Ses obsessions et thèmes de prédilection ne semblent pas lui suffire et pense que sa prise de distance d’avec son précédent long-métrage se fera ailleurs, dans quelque chose de plus hermétique et moins accessible pour le grand public. Le seul problème étant que lui-même à du mal à accéder à son propre long-métrage ! On le voit piquer plusieurs fois des colères devant son plan de travail en post-it s’énerver qu’il « ne sait même pas de quoi parle son film ». Pourtant l’heure tourne, les dollars s’égraine et le tournage doit commencer dans quelques jours.

Liv Corfixen propose un regard assez inédit dans ce type de documentaire, allant jusqu’à dans la chambre à coucher, surprendre son mari à peine réveillé de ses cauchemars de production. Tandis qu’Only God Forgives se prévoit comme un film d’auteur mystérieux, Nicolas Winding Refn s’isole de plus en plus. Plutôt que de chercher à résoudre les problèmes de façon pragmatiques et réalistes, l’auteur se laisse distraire par des considérations annexes, de posture, et nourrit un égo qui devient démesuré. Le meilleur exemple est cette suite immense au sommet d’un hôtel étoilé de Bangkok lui servant de lieu de résidence et de quartier général. L’argent des recettes du trop commercial Drive lui sert pourtant à vivre comme un nabab avec tout le confort et le luxe, loin des rues crasseuses de la ville qui lui sert de décor.

Ce détachement à ce qui l’entoure devient même paradoxal. Alors qu’il fait venir sa petite famille avec lui pour les mois de tournage qui s’annoncent (l’éloignement subit avec Drive ayant été difficile à supporter), sa femme ou ses enfants semblent le déranger pour atteindre un but qu’il s’est fixé dans son esprit mais ignore encore en quoi il consiste… si ce n’est de terminer son film. Ceux qui le côtoient pour le travail, comme Ryan Gosling, ou subissent ses sautes d’humeur en coulisses, comme la réalisatrice, sont tout aussi perdus que lui. Ils restent cependant consentants de cette situation, gardant confiance dans leur capitaine pour qu’il ne les mène pas au naufrage. Le doute subsistera jusqu’au Festival de Cannes. Un malaise permanent en lui qui ne repose pourtant pas sur sa décision d’un film moins grand public.

Si son documentaire ne paie pas de mine, Liv Corfixen nous aura laissé entrevoir comment Nicolas Winding Refn s’est aujourd’hui transformé en NWR. Que ce soit sur ses interventions, publications ou sur la bande-annonce de The Neon Demon, l’égo du réalisateur danois s’est désormais réduit à un logo assemblant ces trois lettres de l’alphabet. Cette signature qui sonne comme une promesse d’une fuite en avant, qu’il n’est plus essentiel pour le réalisateur de se remettre en question à l’avenir.

My Life Directed by Nicolas Winding Refn, de Liv Corfixen- en DVD le 27 avril 2016



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