Critique : Mother!

Darren Aronofksy et Jennifer Lawrence seront à Paris ce jeudi pour présenter Mother!, leur première collaboration pour laquelle on n’a pas vu grand chose si ce n’est quelques affiches et une bande-annonce.

Une promo minimaliste après un tournage tout aussi discret. Le film mise donc tout sur la réputation de son réalisateur et son casting (n’oublions pas Javier Bardem). Mais pour quel résultat ?

 

LA CRITIQUE

Auréolé du succès de Black Swan qui était à la hauteur de sa réputation de réalisateur culte, Darren Aronofsky s’est ensuite pris un sacré tôlé avec Noé, son adaptation biblique bien personnelle qui lui a valu de perdre une bonne partie de son public. Il lui en faut plus visiblement pour l’arrêter puisque le cinéaste réputé pour sa radicalité revient avec Mother !, un projet assez secret dans sa promotion tardive où un couple voit son quotidien perturbé par des invités imprévus quelque peu envahissants.
Sur un pitch aussi simple en apparence, on sait bien que le voyage promet d’être rocambolesque, nous poussant à nous demander quels mystères étranges nous réserve donc Aronofsky ?

D’entrée de jeu, Mother ! met le spectateur dans le flou, avec des plans d’ouvertures très graphiques semblant appartenir au domaine du rêve, comme déconnectés du récit. Le film impose ainsi un cadre abstrait, puisqu’on sait pertinemment que ces éléments ne sont pas gratuits et sous-tendent une structure plus alambiquée qu’elle n’y paraît, surtout avec une exposition en soit très calme, où le personnage joué par Jennifer Lawrence déambule dans son immense demeure, répare celle-ci et observe son mari écrivain en proie à la page blanche, jusqu’au moment où le trouble frappera à la porte. On n’en dira pas plus sur l’intrigue, forcément bien retorse et d’une ampleur étonnante, ce qui n’empêche en rien d’analyser les sensations visées par Aronofsky, qui utilise par exemple Jennifer Lawrence à contre-emploi. On connaît l’actrice pour sa gouaille bien trempée et son énergie débordante qu’un David O’Russell avait exploité à fond, elle joue ici un personnage totalement effacé, presque spectateur de son propre film, qui met un temps démentiel à réagir à des évènements difficiles. Le jeu de l’actrice, et la façon avec laquelle la caméra portée la suit de très près, donnent un sentiment d’impuissance assez inexplicable au début, qui va aller crescendo durant un film construit comme une spirale infernale.

Avec son mari trop absorbé par son travail qui n’avance pas, et les perturbations dans leur nid douillet, le récit aborde plusieurs thématiques auquel on ne s’attendait pas nécessairement.
Le scénario passe évidemment par le home invasion, où il est question de la perte de repères avec une héroïne dont le petit monde s’écroule au fur et à mesure qu’elle ne se sent plus chez elle et en sécurité, comme soudain livrée à un monde carnassier qui n’a que faire d’elle.
Mais cette logique va en réalité beaucoup plus loin. Grande parabole sur la maternité, les douleurs de la mise au monde et de la perte de cette connexion si spéciale entre une mère et son enfant dès lors qu’il quitte son corps, Mother outre passe cet aspect très Polanski et parle avant tout autre chose de l’acte de création au sens artistique. On peut voir Aronofsky à travers le personnage principal, où il semble se mettre à nu sur les démons intérieurs qui le travaillent durant le processus créatif. Le film va passer d’ailleurs la majeure partie de son temps à approfondir cette strate de lecture, pour raconter les dangers de la quête d’approbation où l’artiste peut perdre son âme au passage, l’arrache-cœur face à l’appropriation de son œuvre par un public au point de vue différent du sien et cette lutte perpétuelle pour préserver son intégrité.

Extrêmement violent et grandiloquent dans sa métaphore, qui offre des scènes d’hystérie d’un niveau inédit dans son cinéma jusque-là, Aronofsky semble presque hurler au public la haine que celui-ci lui inspire vis-à-vis de la réception de son précédent film, comme si la douleur avait été insoutenable face à l’incompréhension générale, surtout en comparaison de l’engouement monstrueux provoqué par Black Swan ou Requiem for a Dream.
Dans cette démarche frontale, le temps et l’espace n’importent plus et le corps du film se plie complètement au sang qui coule dans ses veines. Le dernier acte est une charge sans filtre, où le metteur en scène ne retient plus ses coups et tombe dans la surenchère excessive pour littéralement défoncer le spectateur sur son siège, à mesure que son procédé narratif se fait de plus en plus gargantuesque, surtout après une première partie nébuleuse. Le metteur en scène veut faire sentir toute cette rage, cette peine et cette colère au public, donnant à ses personnages qui existent moins pour leur personne que pour le message qu’ils incarnent un enfer à vivre. C’est aussi un des affres du film : les personnalités apathiques du couple Lawrence/Bardem pèsent sur une quelconque identification, ces derniers n’étant finalement que les pantins d’un message plus grand, ce qui nuit directement à la dimension amoureuse du script. Comme si l’égo blessé du réalisateur prenait le pas sur une lecture au premier degré, sauf pour tous ceux qui veulent en prendre plein la gueule.

D’un côté, on ne peut que saluer le courage sidérant, ou irresponsable c’est au choix, de voir un tel film sortir dans un système hollywoodien, qui plus est avec un casting aussi prestigieux. Malheureusement, le tout a aussi des aires de grand pétage de plomb collectif, dont l’absence totale de retenue ferait presque passer l’ensemble pour une séance de psychanalyse arrivant trop tard, dans une œuvre dont les clés de lecture sont tout de même rapidement évidentes.
Aronofsky tire sur la corde comme un maniaque pour être bien sûr de prouver au monde combien il est fou, et semble presque s’y complaire comme un sale gosse satisfait de ses conneries même quand celles-ci ne sont plus drôles. Certains marcheront, beaucoup risquent d’être vite gonflés devant cette œuvre assommante qui tourne quelque peu à vide dans sa démarche autodestructrice, où la quête du choc pour le choc telle une démonstration de force prend le pas sur la pertinence du propos.

Mother! de Darren Aronofsky – Sortie le 13 septembre 2017



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