Critique : Mademoiselle

Sous le titre un peu générique de « Mademoiselle » se cache The Handmaiden (아가씨), le nouveau film du réalisateur coréen Park Chan-wook.

Le metteur en scène revient dans son pays d’origine après un essai américain pour une histoire se déroulant en Corée dans les années 30 au sein d’une famille japonaise. Et comme pour chaque long-métrage du réalisateur d’Oldboy, c’est un évènement.

 

LA CRITIQUE

Après avoir réalisé le réussi Stocker aux États-Unis, le talentueux cinéaste Park Chan-wook signe en 2016 son retour au pays. C’est pourtant en adaptant la romancière galloise Sarah Waters qu’il reprend du service avec le sulfureux Mademoiselle, en compétition pour la Palme d’or au 69ème Festival de Cannes.

Transposant donc le roman Du bout des doigts dans la Corée occupée des années 1930, Park Chan-wook nous propose cette histoire d’une escroquerie visant la belle héritière d’une riche famille japonaise. Plus encore que la scission de la péninsule au niveau du trente-huitième parallèle, la période de l’occupation japonaise ayant précédé le conflit de la Seconde Guerre mondiale reste encore aujourd’hui un profond traumatisme dans la mémoire collective de la Corée-du-Sud. Le film s’ouvre d’ailleurs dans la rue d’une petite agglomération, détrempée par la pluie et envahie par un régiment de soldats nippons. Mais cette ouverture martiale sera la première fausse piste sur laquelle nous mènera Park Chan-wook dans son dernier Mademoiselle.

Car si le quotidien de la majorité des coréens était désastreux, il n’en était pas de même pour certaines riches familles qui avaient vu dans l’extension du Japon sur leur territoire comme une opportunité d’augmenter leur richesse et leur influence par chez eux. C’est le cas de la famille de Hideko (Kim Min-hee), jeune femme étant la cible d’une arnaque à l’héritage orchestrée par un couple de coréens, se faisant passer pour ce qu’ils ne sont pas. L’un (Ha Jung-woo) se dit être un aristocrate avec le titre de comte et l’autre (Kim Tae-ri, dont c’est le premier rôle au cinéma) sera la servante attentionnée auprès de la fameuse mademoiselle.

Pouvant communiquer à leur guise en Coréen ou Japonais, le trio survole ainsi les autres protagonistes. Tous sont cloitrés dans cette belle propriété hors du temps et des affres du monde. On croirait même la vaste demeure hantée, voire maudite, après la disparition de la mère de Hideko dans des circonstances tragiques. Hideko vit désormais sous la coupe de son oncle, fétichiste collectionneur d’ouvrages au contenu… strictement réservé aux adultes, et dont il organise des lectures perverses faisant monter la température.

Nous retrouvons le cinéaste du fantastique Old Boy. Il reste toujours fasciné par la décadence autodestructrice de la classe bourgeoise et Mademoiselle trouve pleinement sa place dans sa filmographie. Tout y est histoire de faux semblants et de tromperie. Le film se réécrit comme le livre original, avec ces trois parties qui nous font adopter un regard différent sur les événements. Les 2h25 sont nécessaires pour installer posément et durablement une ambiance particulière pour chaque séquence. Ce dispositif permet aussi à Park Chan-wook de relancer l’action (et l’attention du spectateur) et évite la simple répétition monotone d’acte en acte.

Cela étant, il est difficile de ne pas être happé par ce qu’il se déroule dans ce huis clos, aussi bien par la duperie d’un protocole malade érigé en institution, que par ce qu’il s’y trame en coulisses. D’autant que le cinéaste nous surprend d’abord par sa façon bien à lui d’aborder le caractère érotique du livre de Sarah Waters. Principe que l’on pourrait résumer (hâtivement) à de l’anti pornographie. Répondant en paradoxe par l’accomplissements de fantasmes purement masculins, Park Chan-wook à l’intelligence de composer savamment ses cadres en laissant tout gros plan putassier au hors champ. La mise en scène des scènes de sexe n’en est pas moins très (très) érotique à l’écran. Les longs mouvements de caméra, associés à la photographie glaçante et sublime de Chung Chung-hoon, aboutissent à un splendide travail d’esthète hyper sensuel.

Il est difficile d’en dire plus sans risquer de franchir la ligne de révéler le contenu de l’intrigue, car la force de Mademoiselle repose sur cette découverte progressive de son récit. La troisième partie s’achève sur une puissante histoire de revanche symbolique, attendue mais salvatrice. La seule ombre au tableau serait la musique en mode automatique et peu inspirée de Cho Young-wuk. Mais ça ne nous empêchera pas de profiter pleinement de ce dernier Park Chan-wook, un film classieux à l’érotisme fou.



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