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Critique : Les Âmes Vagabondes


Sur CloneWeb, vous le savez, nous sommes de grands fans de l’oeuvre de Stephenie Meyer. On s’est longuement fouetté pour ne pas avoir pu vous parler du dernier Twilight. Mais on s’est rattrapé en allant voir Les Âmes Vagabondes.

Plus sérieusement, on espérait de l’auteur de Twilight que la science fiction lui permette quelque chose de moins pénible que ses histoires de vampires. Et on comptait sur Andrew Niccol (Bienvenue à Gattaca quand même !) pour l’aider un peu.

Restait à savoir ce que ces deux là, combinés, étaient capables de faire…

 

Depuis que sa bluette adolescente sur fond de fantastique a retourné le cœur de millions d’adolescentes à travers le monde, Stephenie Meyer a lancé un véritable phénomène sur la planète. Problème : la saga Twilight étant désormais terminée, il faut trouver de quoi rassasier les appétits et offrir des histoires d’amour pas comme les autres pour continuer de faire rêver le monde ! Les producteurs diraient plus simplement qu’il y a un créneau à prendre (je sais, c’est moins romantique) et c’est pour cela qu’on a eu le droit au Chaperon Rouge, à Sublimes Créatures, à Warm Bodies ou dans un style un peu plus adulte à Hunger Games. Mais ce n’est pour ainsi dire que le début, et en attendant le reste de la vague (avec notamment Mortal Instruments), Stephenie Meyer est de retour avec une nouvelle adaptation de l’un de ses romans : Les Âmes Vagabondes.
Le titre est déjà plus romanesque et poétique que le reste de la concurrence et surtout, on retrouve Andrew Niccol à la réalisation, celui là même qui nous a passionné avec Bienvenue à Gattaca ou Lord of War. Celui là même aussi qui s’était récemment bien planté avec Time Out. Alors, ce fameux The Host en VO, c’est du Twilight bis, ou le retour de Niccol ?

On sait combien Stephenie Meyer aime à flinguer les grandes figures du fantastique (les vampires qui brillent au soleil, tout ça…) et pourtant, avec cette histoire de science fiction, on ne voit pas de raison particulière pour sauter d’emblée au plafond.
Les Âmes Vagabondes présente une Terre colonisée depuis un certain temps maintenant par une race extraterrestre pacifique qui a pris le contrôle des hommes pour étudier et perfectionner la planète. Pourtant, de rares résistants pas vraiment chauds à l’idée de devenir des pantins subsistent, et on trouve parmi eux Mélanie (Saoirse Ronan), qui va voir son destin basculé le jour où elle va recevoir l’une de ces fameuses « âmes vagabondes ». Manque de bol pour l’âme en question, Mélanie est assez retord, et même si l’âme en question au doux nom de Gaby contrôle pleinement le corps, Mélanie peut encore communiquer avec elle dans son esprit et se manifester à certains moments.
En somme, on a deux esprits dans un seul et même corps, la schizophrénie n’est pas loin.
Forcément, l’histoire ne s’arrête pas là, et Gaby/Mélanie vont finalement échapper aux Âmes pour rejoindre la résistance, où Gaby tombera amoureuse d’un humain, tandis que Mélanie aime toujours un autre.
Aaahhhh nous y voilà ! Ca ne pouvait pas durer hein ? Vous aussi vous avez crû durant un moment que la Stephenie ne vous la mettrait pas à l’envers ? C’était mal connaître l’auteur mormon, qui s’est un peu lâchée sur l’univers pour revenir tant bien que mal sur un sempiternel triangle amoureux…

Si il faut bien admettre une chose, c’est que The Host est très malin dans la reprise et conceptualisation de thèmes déjà présents dans Twilight. Déjà parce qu’avec un deuxième esprit qui se manifeste constamment en voix-off, on a un peu le droit d’entendre l’esprit rebelle d’une jeune fille contrainte physiquement de se plier aux règles de son environnement. Certains y verront peut-être une brillante analyse du mal adolescent, nous y voyons surtout une manière de combler les blancs de Twilight.
On se souvient tous de ses longs atermoiements amoureux à grands coups de regards langoureux et de ventilateur balayant les cheveux de l’héroïne, tout ça est désormais révolu. Dans The Host, on a parfois des scènes un peu similaires, sauf que la voix off de Saoirse Ronan nous dit haut et fort ce qu’elle pense tout bas. Que ces messieurs n’espèrent pas pour autant comprendre la gente féminine, on rappelle que le personnage est concrètement schizo. Un fait qui permet surtout de matérialiser et de donner une raison « matérielle » au dilemme amoureux du film : un esprit veut un garçon, l’autre veut celui d’à côté ! Une manière comme une œuvre de justifier les fantasmes de l’auteur qui peut faire un peu mumuse avec ses personnages, en partie lors d’une scène où Gaby n’entend plus Mélanie et va embrasser celui qui fait vibrer son cœur pour énerver et réveiller l’humaine. Manque de bol, ça ne marche pas, alors le bon copain ramène le lover de Mélanie, en espérant qu’un baiser avec celui-ci la ramène pour de bon !
Sans parler des échanges de salives express et de l’hygiène douteuse de cette scène (enfin quand même !), on y retrouve ce goût (!) pour les pulsions refoulées dont la prochaine étape pour les lectrices sera sûrement la saga Fifty Shades of Grey, que Stephenie Meyer adore comme par hasard. Ceci dit, tout le monde a le droit de fantasmer un peu, même si ce dilemme amoureux, qui va occuper plus de la moitié du film sans être passionnant pour deux ronds (la scène précitée en constituant peut être le climax !), ne permet même pas de fournir le film en enjeux.
Certes il apporte deux trois scènes de flashbacks avec bisous tout romantiques sous la pluie dans des champs de blé, mais on rappelle que chez Stephenie Meyer les garçons sont des gentlemans et expliquent à la demoiselle en chaleur toute prête à les croquer qu’ils ont le temps et que rien ne presse.
Coup de bol, ce coup-ci on n’a pas eu le droit à la bague de mariage.

Rappelons pour ceux qui l’auraient déjà oublié que les Âmes Vagabondes, c’est un film de science-fiction ! Et si l’univers crée par Stephenie Meyer tient debout lors de l’exposition, il se retrouve très vite fissuré dans tous les sens tant le respect des règles élémentaires de cet univers va foutre le camp en moins de deux.
Présenter une invasion par une espèce pacifique c’est bien mais pour meubler un film, créer des enjeux et instaurer une menace avec les péripéties qui s’en suivent, ça n’est pas très pratique. Stephenie Meyer répond à ça avec une simplicité sans égale : au diable la cohérence ! Pourquoi pas après tout, mais il ne faudra pas vraiment s’étonner en voyant Diane Kruger en traqueuse aux méthodes un chouilla bourrines (paie ton pacifisme), qui ne peuvent même pas être justifiées par un éventuel problème spirituel similaire à celui de l’héroïne. Ça n’est pas faute d’essayer puisque le scénario offre sur la fin une explication abracadabrantesque mais à vrai dire, le problème remonte à plus haut que ça puisque cette race pacifique possède tout de même des forces de l’ordre chargées de choper les humains résistants pour les soumettre à leurs âmes. Pacifique qu’elle disait ? Nous lui conseillerons donc d’ouvrir un dictionnaire.
Enfin, on peut même pousser le bouchon plus loin puisque la conclusion du film remet en question toutes les bases de l’univers présenté, comme si les deux heures de films n’avaient à vrai dire servies à rien.
Un univers qui justifie la présence de Andrew Niccol puisque son seul apport tangible à l’histoire reste la représentation de cette terre colonisée. Concrètement, ça s’arrête à deux trois plans d’une ville très épurée et clean dans son design qui n’est pas sans rappeler celui de Gattaca. Histoire de marquer le contraste, les humains résistants vivent dans des grottes au milieu du désert en mode bouseux de la campagne et fermiers confirmés. Au moins les deux camps ont le mérite d’être bien délimités, surtout avec les tenus blanches de chez blanches de la police extraterrestre qui se balade en moto, hélico et Lotus à la peinture argent chromée des plus ridicules. Il paraît que ça fait soucoupe volante ceci dit.

Après un tel état des lieux, le portrait ne semble pas des plus reluisants.
Pourtant, il faut accorder à ce Host d’avoir une facture visuelle des plus correctes, et de proposer quelques paysages américains et du Nouveau-Mexique assez impressionnants.
Rien de bien fou pour une production comme celle-ci mais la plupart du film se déroulant dans des grottes assez redondantes, ça fait pas de mal de prendre l’air de temps à autre, même quand c’est pour se coltiner une poursuite dont les participants ont deux de tension pour reconnaître leur cible. Aussi faut-il avouer que dans le rôle titre, la toujours aussi jolie Saoirse Ronan est irréprochable et semble toute trouvée tant son rôle d’être pur et solaire va à ravir à son visage d’ange.
Mais cela ne suffit pas malheureusement pour créer de l’intérêt.
Car concrètement, si on passe au delà du traitement toujours un peu douteux de l’adolescence par Stephenie Meyer et de son incapacité à faire exister un univers (quoi qu’Andrew Niccol ne sert qu’à tenir le restant de ficelles), il faut surtout admettre qu’il ne se passe pas grand chose dans toute cette histoire. Une fois l’exposition posée, la partie un peu survival du film enchaîne les scènes ridicules, la pseudo romance en triangle en fait tout autant et pour le reste, on attend gentiment que ça se passe, les personnages eux-mêmes ne sachant pas trop quoi faire.
Tandis que ce n’est même plus rigolo comme pouvait l’être Twilight et qu’on accorde toujours aussi peu de mérite à Meyer dont le film reste grandement l’œuvre, il faut surtout se rendre compte que le réalisateur de cette chose est Andrew Niccol et qu’après Time Out, il a définitivement touché le fond. Le voir accoucher d’un produit aussi vain et inodore, c’est bien ça le plus triste.

Les Âmes Vagabondes ressemblent bien à la créatrice de Twilight et à son travail : sous couvert d’un fantastique dont elle ne se soucie guère y compris dans son fonctionnement, Stéphanie Meyer asservit une nouvelle fois Hollywood pour radoter sur une romance sans désir ni passion. Une bluette adolescente dénuée de chaleur et d’enjeux qui s’étire sur deux longues heures dont on ressort sans même avoir pu en rire comme sur les histoires de vampires métrosexuels.
Comme quoi, même avec un réalisateur digne de ce nom et un univers SF intéressant sur le papier, la recette n’en est pas « meyer » pour autant.

 

Les Âmes Vagabondes (The Host) – Sortie le 17 avril 2013
Réalisé par Andrew Niccol
Avec Saoirse Ronan, Diane Kruger, Max Irons
La Terre est envahie. L’humanité est en danger. Nos corps restent les mêmes, mais nos esprits sont contrôlés. Melanie Stryder vient d’être capturée. Elle refuse cependant de laisser place à l’être qui tente de la posséder. Quelque part, caché dans le désert, se trouve un homme qu’elle ne peut pas oublier. L’amour pourra-t-il la sauver ?

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