L'actualité des héros au quotidien !

Critique : Le Loup de Wall Street


Chaque fin d’année a ses traditions, et même dans l’univers du cinéma. Disney a toujours un film d’animation sous le coude, les studios gardent quelques grandes fresques comme Le Hobbit ou les Harry Poter dans leurs manches et les rédactions font leurs classements annuels.

Il y aura d’ailleurs un Top 5 sur CloneWeb, mais vous ne pourrez le lire qu’en janvier. Il nous fallait en effet voir un dernier film prévu pour le dernier mercredi de l’année 2013 avec Leonardo di Caprio dans le rôle principal : Le Loup de Wall Street, réalisé par le génial Martin Scorsese.

La dernière réalisation de Marty aura-t-elle sa place dans les classements de l’année ?
Voici un début de réponse : Martin Scorsese sort le 25 décembre prochain son meilleur film depuis Casino.

 

« Peu importe ce qui vous est arrivé durant le passé, vous n’êtes pas le passé, vous êtes les ressources et les capacités que vous avez gagné de ce dernier. »
Cette déclaration de Jordan Belfort pourrait coller à merveille à Martin Scorsese.
Après 40 ans de carrière, l’un des cinéastes les plus importants de l’histoire du 7ème art surprenait tout le monde avec Hugo Cabret, film de Noël en 3D dans lequel il rendait hommage à George Méliès. Imprévisible, capable d’aborder n’importe quel scénario, Marty avait pourtant eu une décennie délicate dans les années 2000, avec des projets à l’ambition gargantuesque, donnant souvent de grands films malades. En s’attaquant à la biographie de ce courtier en bourse devenu une légende vivante dans la jungle de Wall Street, Scorsese trouve l’accord parfait, celui qu’il recherchait depuis un moment…

Scorsese a toujours été fasciné par les destins incroyables, entre Howard Hughes, le dalaï lama, Jake LaMotta ou encore le Christ ! En cela, le voir sur l’adaptation de la vie de Jordan Belfort n’a rien d’étonnant tant on retrouve le schéma classique du destin fou, alimenté à la décadence et aux excès.
Pas besoin de prévenir sur le fait que Scorsese est comme un poisson dans l’eau avec ce type d’histoire, passant par les grandes étapes que sont l’ascension, le succès, les excès et j’en passe.
Si on peut recouper le film avec les autres biographies du maître, les œuvres qui s’en rapprochent le plus sont ses plus grands classiques, Les Affranchis et Casino. Sorte de gangster pas trop regardant sur son état, Jordan Belfort a juste fait les choses en plus grand, en plus fou et sans violence ou presque.
Comme si les chefs-d’œuvre du réalisateur mélangés au Wall Street d’Oliver Stone rencontraient les années 90 dans ce qu’elles avaient de plus déjanté, à grands coups d’adrénaline et de psychotropes en tout genre. Le résultat est une véritable tornade, une fresque de 3 heures sans temps mort qui fascine autant qu’elle révulse, faisant preuve d’un sens de la mise en scène et de la narration proche de la perfection.

A l’heure où certains metteurs en scène plongent dans les excès visuels en tout genre pour revendiquer une modernité relative, Martin Scorsese et ses 71 balais bien accrochés en font 50 de moins. Difficile d’imaginer en effet qu’un homme aussi sage et une monteuse de la même génération ont pu accoucher d’une telle décharge d’énergie, dont la grammaire s’avère pourtant d’un classicisme pur jus. Et c’est là toute la classe du bonhomme : réapprendre au monde entier comment un champ/contre-champ peut donner lieu à une scène culte, sortir des plans-séquences d’une fluidité hors pair pour plonger le spectateur dans l’ivresse d’un évènement, utiliser un montage cut en bonne et due forme pour créer des ellipses qui coulent de source.
Maîtrisant le découpage comme il respire, avec une précision diabolique, Scorsese ne se repose pas sur ses lauriers et se met même en danger à plusieurs reprises. Jamais peut être ne s’était-il permis de toucher à un spectre de genres et de tons aussi larges, Le Loup de Wall Street étant aussi bien un biopic, un drame, une comédie et un miroir des dérives économiques qui rongent encore le monde actuellement. Parmi les nouveautés, il s’essaie sans détour au burlesque notamment, faisant de ce Loup son film le plus drôle devant After Hours. Et pour réussir cela, il n’est pas seul. Il est aidé par un comédien qui arrive là à signer la plus grande performance de sa carrière, ce qui est peu dire quand on sait que c’est le plus grand acteur de sa génération…

Leonardo DiCaprio a déjà prouvé à plusieurs reprises qu’il était à l’aise avec bien des types de rôles, passant de Titanic à Arrête-moi si tu peux ou Les Noces Rebelles sans aucun problème. A l’instar de son mentor, il affiche ici la palette de jeu la plus dense de sa filmographie, notamment durant la fameuse partie « burlesque » du film, où il livre une performance physique démentielle de plus de 10 minutes.
Fort aidé par un récit qui sait judicieusement doser chaque partie en faisant preuve d’une gestion du temps savamment pensée, il sait être en symbiose avec son personnage : impressionnant, détestable, attachant, pitoyable et j’en passe. Comme possédé par son rôle, le bougre ne tombe jamais dans la surenchère alors même que celle-ci le menace constamment. Autour de lui, certains acteurs jouent au contraire de celle-ci avec malice, comme un Jonah Hill génialement insupportable ou un Matthew McConaughey mémorable en mégalomane ridicule, alors qu’il apparaît peu.
Dans cette histoire faite de personnages aussi hauts en couleur, et construite comme un roller coaster, le film en vient donc à compiler les scènes d’anthologie, entre soirées indécentes et évènements dangereusement absurdes.
Rythmé par une bande son du tonnerre où se côtoient Billy Joel, Eartha Kitt ou The Lemonheads, l’histoire de ce type trouve un écho particulier aujourd’hui et montre avec brio les travers d’un système qui semble conçu pour être exploité à l’excès. En résulte un film passionnant, et aussi grisant qu’effrayant.

Véritable odyssée au cœur du monde de la finance et de ses plus grands travers, Le Loup de Wall Street permet à Scorsese et à DiCaprio de mener leur collaboration vers une symbiose enfin parfaite.
Mené tambour battant avec une détermination et une vitalité décoiffante, le film ne cesse de jongler entre classicisme première classe et modernité exaltante, laissant le spectateur K.O à la sortie.
3 heures de grand cinéma d’une densité vertigineuse, ou comment Marty clôture 2013 sur un chef d’œuvre.

 

Le Loup de Wall Street – Sortie le 25 décembre 2013
Réalisé par Martin Scorsese
Avec Leonardo DiCaprio, Jonah Hill, Margot Robbie
L’argent. Le pouvoir. Les femmes. La drogue. Les tentations étaient là, à portée de main, et les autorités n’avaient aucune prise. Aux yeux de Jordan et de sa meute, la modestie était devenue complètement inutile. Trop n’était jamais assez…

Partager :
  • email
  • Print
  • Facebook
  • Twitter
  • Netvibes
  • Wikio FR
  • LinkedIn
  • Google Bookmarks
  • MySpace
  • Live
  • Digg
  • Technorati
  • del.icio.us
  • RSS
  • Tumblr


2 commentaires pour “Critique : Le Loup de Wall Street”

Laissez un commentaire :