Critique : Le BGG, Le Bon Gros Géant

C’est sans doute le film que nous attendions le plus de tout le Festival de Cannes. C’est aussi pour plusieurs membres de l’équipe CloneWeb (et peut-être aussi pour vous) une des plus grosses attentes de l’année : nous avons vu le Bon Gros Géant de Steven Spielberg.

Et on ne peut s’empêcher d’avoir une pensée pour Melissa Mathison qui a écrit le scénario et est depuis décédée, elle à qui l’on doit d’avoir écrit E.T l’Extra Terrestre pour ce même réalisateur…

 

LA CRITIQUE

Cheval de guerre, Lincoln, Le Pont des espions, avec ces trois derniers long-métrages, Steven Spielberg semblait avoir laissé de côté des projets plus ambitieux et grand public que les spectateurs lui affectionnaient tant. Plus proches de ses désirs et obsessions de cinéma hollywoodien de l’Âge d’or, Spielberg s’était retrouvé en difficulté pour produire ces trois films, pourtant moins couteux que les habituels du cinéaste renommé. American Sniper et Robopocalypse avaient fait les frais de cette politique drastique des studios à chercher à réduire à tout prix les budgets. Cependant, son nouveau film présenté hors compétition au Festival de Cannes 2016 brise cette spirale dans laquelle le cinéaste semblait être plongé.

C’est un retour aux sources, en quelque sorte, que cette première alliance avec Disney. Spielberg avait d’ailleurs cité le fameux thème musical des studios à la fin de Rencontres du troisième type. C’était ici donc une rencontre inévitable, mais qui dû attendre longtemps avant d’aboutir. Il en fut de même avec cette adaptation sur le grand écran du roman de Roald Dahl, qui remonte au début des années 1990, avec sa première acquisition par Kathleen Kennedy et Frank Marshall avec la Paramount. Un projet promis d’office à Steven Spielberg avec ce duo de producteurs et studio derrière la trilogie Indiana Jones. Toutefois, à l’inverse de ses propres productions incluant les remakes de ses grands classiques animés, l’intervention des studios Disney paraît rester mineure au final.

Londres, ville magique. Steven Spielberg retrouve le cœur de la capitale britannique depuis son Hook de 1991. Nous nous retrouvons dans cet orphelinat avec cette petite fille qui veille, nous contant les histoires sombres qui se déroulent la nuit. Or, cette nuit là sera celle de sa rencontre avec une créature incroyable. Un colosse qui nous apparait d’autant plus grand par le jeune âge de Sophie (Ruby Barnhill) depuis lequel se place la caméra de Spielberg. Ce dernier s’ouvre un discours parallèle, et opposé sur certains détails, où une créature s’introduit par une fenêtre ouverte, pour emmener un enfant vers un monde imaginaire. La similitude avec Hook n’est pas feinte, avec ce géant incarné par Mark Rylance qui remplace la minuscule Julia Roberts en fée Clochette. Le choix de l’espion soviétique du Pont des Espions se révèlera pertinent, d’autant que l’usage de la motion capture avec l’acteur quinquagénaire permet une prestation plus naturelle.

Là encore, deux mondes cohabitent. D’abord, celui du réel, dirons-nous, qui intéresse peu le cinéaste tant ce bon gros géant réussit à échapper avec aisance à la vigilance de chacun. Que dire de ce que Steven Spielberg aurait fait pour la saga Harry Potter lorsque nous assistons au voyage forcé de la petite Sophie vers le monde fantastique des géants. Un monde massif bâtit de reliefs rocailleux et herbacés l’attend, avec également la “modeste” demeure de son ravisseur. Ces décors malins, imaginés pour le film de Spielberg, montrent l’implication de ses équipes artistiques, à l’inverse de celles perdues de Jack et le chasseur de géants de Bryan Singer. Bien qu’ils ne soient pas plus avenants, les géants de Spielberg sont plus réussis que ceux de Singer, par ailleurs. Le cinéaste s’amuse de ses échelles de cadre et de composition à travers de longs plans passant de Sophie à son bon gros géant, avec les autres géants plus énormes encore que le premier. Son travail sur Les Aventures de Tintin trouve ici un véritable écho, malgré un manque de soin sur quelques incrustations de la jeune actrice.

Néanmoins, les premières déceptions font leur apparition avec les marques d’humour destinées à faire rire les enfants. C’est étrange que Steven Spielberg ait perdu cette facilité de langage qu’il avait toujours eu et la mise en scène de quelques moments voulus humoristiques paraît trop régressive pour être spontanée. Le cinéaste s’est pourtant lié les services de Melissa Mathison, scénariste de E.T. l’extraterrestre, pour écrire Le Bon Gros Géant. Celui-ci manque en cela de cette subtilité propre au réalisateur qui permettait jusque là à ses œuvres d’agir universellement, sur tous les âges. Il y a évidemment de beaux moments, notamment une pause très poétique qui nous emmène à l’endroit où « naissent les rêves », ce même lieu avec lequel s’achevait A.I. – Intelligence Artificielle.

Mise à part la bande originale de John Williams anecdotique et la photographie de Kaminski qui livre des plans assez banals quand ils ne sont pas bariolés, nous perdrons un peu de la magie initiale du projet durant le dernier acte, sûrement le plus gros point faible du film (sans non plus vous en révéler la teneur si vous n’avez pas lu le livre). La scène d’action qui lui sert de dénouement paraît expédiée. Toutefois, la conclusion qui s’écarte du roman de Dahl est nous ramène vers l’émotion et correspond plus à l’univers de Spielberg. Comme la fin d’un doux rêve qui s’évapore au réveil, ce final pourrait réussir à vous faire verser quelques larmes, au-delà des quelques réserves que l’on pourrait avoir sur le long-métrage. Certes, le Bon Gros Géant n’est pas un grand Spielberg. Il ne fera pas partie de ses chefs d’œuvres, mais il démontre que ce grand cinéaste reste l’idéal pour nous conter ce genre de jolis rêves fantastiques.

Le Bon Gros Géant, de Steven Spielberg – En salles le 20 juillet 2016



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