Critique : Free State of Jones

Après la sortie d’Interstellar en 2014, Matthew McConaughey a vite retrouvé les plateaux de cinéma pour beaucoup tourner. Il a été à l’affiche en mai dernier de Nos Souvenirs de Gus Van Sant et sera audible dans la version originale de Kubo et l’Armure Magique dès le 21 septembre, puisqu’il prête sa voix à un samouraï-scarabé.

Mais avant cela, il est au générique de Free State of Jones, de Gary Ross.

 

LA CRITIQUE

Quatre années se sont écoulées depuis le premier opus des Hunger Games que le réalisateur Gary Ross avait inauguré. Aujourd’hui, il nous propose ce long téléfilm intitulé Free State of Jones avec Matthew McConaughey en tête d’affiche, dont l’échec commercial devrait sonner comme une victoire sur la pensée ambiante de la société américaine. À la fois réalisateur, producteur et scénariste, il aurait voulu en faire sa grande fresque historique sur le racisme aux États-Unis, mais manque complètement son sujet et sa forme.

Au départ, Free State of Jones démarre sur les champs de bataille de la guerre de sécession avec un soldat désabusé qui désertera les rangs pour ramener le corps de son neveu auprès de sa mère. Mais les conditions à l’arrière sont toute aussi rudes qu’au front, avec des prélèvements obligatoires par les militaires pour subvenir aux besoins de la machine de guerre. Plus rien n’est laissé aux moins pourvus. Le foyer de la révolte trouve ainsi des allures de lutte marxiste où les plus pauvres, dont fait partie le soldat sudiste Newton Knight, ne peuvent s’exempter d’être conscrits ou de se faire dépouiller légalement par les hommes en uniforme. L’ancien soldat Knight refuse de se battre plus longtemps pour maintenir les privilèges des riches propriétaires de plantations de coton. Lui-même finit par être traqué à la manière d’un esclave noir et trouvera refuge dans des marais inaccessibles.

Si lui partage cette volonté d’affranchissement des esclaves enfuis qu’il a rejoint, faire évoluer les mentalités auprès des autres déserteurs qui les rejoindront sera moins aisé. Et Gary Ross a la fâcheuse tendance de tout mélanger pour que son fameux état libre de Jones prenne forme à l’écran. Mais il sacrifie les conflits naissants et protagonistes les plus intéressants (comme celui de Moses incarné par Mahershala Ali) pour celui de MacConaughey qui captera toute l’attention de sa caméra. De plus, il aura été rare de découvrir un film aussi mal découpé. Déjà qu’il faut se taper un récit chronologique aussi mal organisé qu’un manuel d’histoire, en s’attardant sur des séquences ou des événements réductibles à une phrase, Gary Ross ne tiendra même pas l’unité de présentation en carton datés. Car Free State of Jones couvre toute une période qui s’étend au-delà de la paix signée avec le Sud et la continuation des atrocités commises à l’égard de la communauté afro-américaine.

Quand soudain, comme sorti d’un autre film, nous passons en une coupe du fin fond des marécages de la fin du XIXème siècle à une salle de tribunal des années 1940, poursuivant la tradition ségrégationniste des états du Sud avec des lois spécifiques depuis abrogées s’opposant à l’un des descendants de Newton Knight. Ces allers et retours qui auraient pu servir d’introduction et de conclusion très classiques sont bazardés dans la continuité chronologique au gré du montage.

Comme investi d’une mission bien pensante, le paresseux Gary Ross a supposé que sa seule bonne volonté sur un sujet pas si facile que ça lui suffirait à faire un chef d’œuvre. Tous ne sont que fonction. Des gentils gentils et des méchants méchants résument la trame qu’il fallait travailler plus en profondeur complexe. Surtout qu’esthétiquement, Free State of Jones souffre d’une carence terrible et donne à l’image l’impression d’une série télé plus que d’un Glory ou d’une Porte du Paradis. On vous épargnera l’énième usage non inspiré d’un morceau de Nick Cave et Warren Ellis composé pour L’Assassinat de Jesse James contre le lâche Robert Ford pour illustrer musicalement l’une des flambées de violence dans l’histoire vraie tumultueuse de conté de Jones.

Pour la partie guerre civile dans la guerre civile, évitez ce mauvais film bêta et réducteur et tournez-vous plutôt vers les classiques confirmés. Même la première heure de conversation des 8 Salopards en raconte plus et mieux sur les États-Unis, le racisme et la “fin” de l’esclavage. Pour la partie procès, on ne peut que vous conseiller de prendre votre mal en patience pour le magnifique Loving de Jeff Nichols qui sortira le 15 février prochain.

Free State of Jones, de Gary Ross – Sortie le 14 septembre 2016



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