Critique : Éperdument

Sociétaire de la Comédie Française, Guillaume Galliène s’est fait connaitre du grand public grâce aux Bonus de Guillaume, une séquence diffusée en 2010 dans le Grand Journal sur Canal+ puis grâce à son long-métrage adapté de sa propre pièce, Guillaume et les Garçons à Table, récompensé notamment du César du Meilleur Film.

Le voici de retour devant la caméra de Pierre Godeau, jeune réalisateur à qui l’on devait déjà le très joli Juliette avec Àstrid Bergès-Frisbey sorti en 2013.

 

LA CRITIQUE

Eperdument est l’adaptation d’un roman de Florent Gonçalves, qui retrace la liaison d’un directeur de prison avec une jeune détenue ayant servi d’appât dans l’affaire d’Ilan Halimi. Le réalisateur Pierre Godeau a décidé d’adapter cette passion impossible au cinéma, en supprimant intelligemment à toute allusion à la vraie histoire. Et pour raconter la sienne, il s’entoure de deux des acteurs français les plus en vue du moment : Guillaume Gallienne et Adèle Exarchopoulos.

Le thème de la passion amoureuse a toujours été une source constante d’inspiration au cinéma et Éperdument n’y fait pas exception. Le souci est que la passion résonne souvent avec déchirement, folie des sentiments… A ce jeu le film se révèle bien trop sage, n’embrasant que trop rarement l’écran malgré des acteurs plus que convaincants. C’est comme si Pierre Godeau avait peur de prendre son sujet trop au sérieux, et sa mise en scène que l’on pensait d’abord immersive et presque suffocante, en rapport avec le milieu carcéral dans lequel les personnages évoluent, n’est qu’un gadget en fin de compte très peu exploité, même visuellement.

Une sorte de froideur et de distance se crée entre nous et les personnages, et c’est comme si on observait cette passion de loin, sans vraiment se sentir impliqués.

C’est dommage car relier la passion dans laquelle les deux personnages sont enfermés à leur condition est une idée de cinéma plus qu’intéressante, bien illustrée par ce moment amer où le directeur de prison doit littéralement enfermer son amante dans sa cellule. Le scénario fonctionne par petites touches, parfois efficaces, parfois totalement surlignées. On pense notamment à l’utilisation plus que lourde du mythe de Phèdre, incarnation célèbre de la passion amoureuse impossible qu’elle éprouve pour son beau-fils. Il est dur de croire qu’Anna éprouve une quelconque passion envers Jean lorsqu’elle lui récite les plus célèbres vers de la pièce (« Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue… ») après un moment d’intimité. Ce qui est quand même problématique et n’aide pas forcément à croire à leur histoire, si sincère soit-elle.

Le film souffre en outre de gros soucis de longueur : après avoir pris son temps pour installer la tension et le trouble entre nos deux amants, il explose en plein vol et retombe dans une deuxième partie molle, censée être transcendée par la folie qui s’installe pour de bon notamment chez Jean. En fin de compte, on finit par se lasser d’une histoire qui s’achève évidemment de manière prévisible, et les héros deviennent finalement irritants ; on s’intéresse alors davantage au sort des personnages secondaires, notamment les codétenues d’Anna, le film offrant un éclairage bienvenu sur la condition des femmes en prison (ce qui est trop rarement vu au cinéma, et donc à saluer).

Éperdument est loin d’être un mauvais film : c’est même un drame honnête, porté par un excellent casting. Mais ses longueurs et son regard distant sur la passion qu’il filme le prive de toute émotion, et en fin de compte, c’est presque détaché que l’on assiste à ces amours contrariées au potentiel pourtant très élevé.

Éperdument, de Pierre Godeau – Sortie le 02 mars 2016



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