Critique : Elle

Paul Verhoeven revient plus en forme que jamais, au point que certains Cannois auraient aimé le voir Palmé et qu’il a d’ores et déjà annoncé avoir un nouveau projet à tourner en France sur Jean Moulin.

Quatre ans après l’expérience Tricked, un film collaboratif dont l’histoire est développée par des Internautes et dont le projet a donné lieu à des émissions de télé, il revient au long métrage avec Isabelle Huppert en tête d’affiche.

 

LA CRITIQUE

Sa traversée du désert serait-elle enfin terminée ? C’est tout l’espoir que nous remettons en Elle, nouveau long-métrage du grand Paul Verhoeven qui a fait sensation lors du dernier week-end du 69e Festival de Cannes et qui sort le 25 mai dans les salles françaises.

Depuis 20 ans, le plan de carrière du talentueux cinéaste néerlandais semblait bien compromis. Atteignant un pic de succès critique et public avec Basic Instinct, il ne s’était plus relevé du double échec consécutif au box office de Showgirls et de Starship Troopers en 1995 et 1997. Alors que ces derniers seront revalorisés avec le temps, Verhoeven n’en sera pas moins abandonné, après son Hollow Man, par les studios américains pour lesquels il avait fait les beaux jours dans les années 1980. Black Book avait ensuite marqué un sursaut d’orgueil de sa part, film historique sur l’occupation des Pays-Bas durant la Seconde Guerre mondiale. C’était il y a dix ans déjà.

C’est donc dans la langue de Molière que Paul Verhoeven fait son retour sur le devant de la scène. Certes, le cinéaste avait néanmoins signé le long-métrage néerlandais Steekspel en 2012. Mais ce produit manqué d’une expérience d’écriture participative n’avait su trouver le chemin des salles de cinéma. Là, c’est le roman « Oh… » de Philippe Djian, publié en 2012, qui est à la base de son nouveau film. Passé entre les mains du scénariste américain David Birke, le projet de Verhoeven devait initialement être adapté aux États-Unis. Pourtant, à sa propre stupéfaction, le cinéaste s’est retrouvé sans actrice prête à incarner son personnage principal ! Une bonne chose, finalement, qui offre à l’immense Isabelle Huppert l’un de ses meilleurs rôles.

Toutes ces éloges reçues à Cannes semblent loin de la première bande-annonce du film, assez catastrophique. Huppert, Laurent Lafitte, Virginie Efira… Un casting qui nous semblait mou sur ces images à la photographie terne et réuni dans un thriller de banlieue chic. Détrompez-vous ! Elle nous prend littéralement par surprise et ce dès le premier plan. Paul Verhoeven y prend un malin plaisir à nous étonner sans cesse et à nous amener là où ne nous attendons pas. Il nous plonge sans crier gare avec la séquence clé de son film, celle de la violente agression sexuelle de Michelle (Isabelle Huppert) à son domicile par un inconnu masqué. Le cinéaste nous entraînera ensuite dans un jeu pervers avec Elle.

Michelle prend immédiatement ses distances avec l’événement, le reléguant à l’anecdote entre la poire et le fromage avec ses proches qui tombent des nues. L’apathie du personnage de Huppert devient alors suspecte et l’on comprend alors que Verhoeven nous prépare un sale coup. Ce dernier multiplie les sursauts d’action et les ressorts comiques de certaines situations. En effet, le cinéaste néerlandais use de tous les codes du cinéma français plan plan contemporain pour mieux les dynamiter au détour d’un plan étonnant ou d’une réplique piquante. Aussi grinçant qu’impertinent, ce thriller joue sur plusieurs tableaux en simultané, mêlant aussi bien la comédie d’humour noir qu’un suspense haletant à la Hitchcock. Pas intimidé une seule seconde, Paul Verhoeven ira même rejouer l’une des scènes cultes du grand maître.

À 77 ans, le cinéaste néerlandais nous offre un long-métrage d’une fraîcheur incommensurable. Comment ? Eh bien celui-ci a encore confiance dans l’intelligence de son public pour résoudre certaines énigmes qu’il laisse volontairement sans réponse. Le doute nous assaille au fur et à mesure que Michelle tentera de découvrir l’identité de son agresseur… et pas forcément pour les raisons que l’on supposerait. Avec son ambiance, musique et photographie faussement classiques, Verhoeven parvient à nous faire baisser notre garde pour mieux nous surprendre. Impossible d’en raconter plus au risque de trop en révéler de l’incroyable intrigue de Elle. Un mot, tout de même, sur un casting d’une grande justesse avec Huppert et Lafitte excellents dans ce film à l’esprit bien tordu et torturé.

Avec le fascinant Elle, Paul Verhoeven aura donné une sacrée leçon d’audace à tout un cinéma français qui piétine et tourne en rond depuis plus d’une décennie.

Elle, de Paul Verhoeven – En salles le 25 mai 2016



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