Critique : Dalton Trumbo

Sorti aux USA en novembre dernier, Daltron Trumbo arrive dans les salles françaises en cette fin du mois d’avril.

Bryan Cranston -nommé à l’Oscar, au BAFTA et au Golden Globe pour son rôle- aura la lourde tâche non seulement d’incarner le célèbre scénariste accusé d’être communiste mais aussi d’affronter au box office Captain America et ses Avengers en pleine Guerre Civile…

LA CRITIQUE

Grâce à l’aura que lui procura la série de Vince Gilligan Breaking Bad, le comédien de télévision Bryan Cranston s’est vu pousser des ailes ces dernières années. Jusque là, Cranston s’était cantonné au départ à quelques apparitions sur le grand écran (Il faut sauver le soldat Ryan, Little Miss Sunshine, John Carter), jusqu’à récemment avec des rôles plus importants, notamment dans le Godzilla de Gareth Edwards en 2014. Cette année, ou plutôt l’an dernier aux États-Unis, l’acteur s’est vu offert LE rôle que chacun attend une fois dans sa vie : le premier d’un biopic. Le personnage en question n’en sera pas des moindres, puisqu’il s’agit de Dalton Trumbo, scénariste émérite hollywoodien et bête noire du maccarthysme. Un grand rôle. Trop grand ?

On ne pourra pas reprocher les défauts de ce long-métrage seulement à Bryan Cranston. Sa carrière, suffisamment longue à la télévision et dans l’ombre au cinéma, lui aura garanti une réelle humilité quant à l’approche de cette incarnation. L’occasion était trop belle pour ne pas s’emparer de cette opportunité, qui lui assura même sa place de nommé pour l’Oscar du Meilleur acteur en face de poids lourds comme Leonardo DiCaprio pour The Revenant ou Michael Fassbender en Steve Jobs.

Un autre nom paraît incongru sur l’affiche de ce film “sérieux”, celui de Jay Roach. Étonnant que le réalisateur de la trilogie des Austin Powers ou ayant initié celle de Mon beau père et moi soit en charge d’un tel projet. Ayant fait son beurre dans la comédie ricaine potache qui tache, Roach s’est donc mué en cinéaste engagé dans des sujets forts. En a-t-il la carrure ou les moyens de tenir son ambition ? Rien n’est moins sûr compte tenu du résultat ultra classique et balisé qu’est son Dalton Trumbo. Filmé (et éclairé) comme un téléfilm, ce dernier revient sur la période mouvementée du scénariste lorsqu’être membre du parti communiste était considéré comme une trahison aux idéaux des États-Unis en pleine psychose de la Guerre froide. Cartons d’introduction, suite d’images de Trumbo pianotant sur sa machine à écrire sur fond jazzy d’ascenseur, Jay Roach nous démontre l’étendu de ses capacités de metteur en scène en quelques minutes et réduit à néant nos espoirs de nous attendre à un film de cinéma.

Sur le fond politique, Dalton Trumbo manque clairement d’inspiration et d’ambition. Aborder un sujet aussi simple et complexe que le maccarthysme n’est jamais chose aisée, et mieux vaut en garder sous le pied plutôt que de faire des allégories péremptoires. C’est pourtant l’option choisie par Roach de résumer le communisme à une vision angélique du partage du goûter d’un enfant avec un autre n’en ayant pas. Bien qu’il nous explique qu’un grand nombre d’adhésions au parti communiste se sont faites pendant la Seconde Guerre mondiale, la définition de ce qu’est le communisme auquel adhère Trumbo reste particulièrement floue. Pour résumer, il s’agirait seulement de la liberté de pensée de ces objecteurs de conscience cultivés qu’étaient ces dix scénaristes blacklistés par Hollywood. Une industrie qui s’en mordra rapidement les doigts tant le talent de ces hommes dépasse leurs simples convictions politiques. Cette page sombre de l’histoire moderne américaine sera aussi vite survolée que la guerre de Corée y sera résumée au cours d’une simple réplique.

Sur le sujet, autant vous tourner directement vers des valeurs sures (Good Night, and Good Luck de George Clooney ou Le Pont des espions de Steven Spielberg). Pire encore, on se surprend à imaginer dans une réunion secrète des amis de Dalton Trumbo débarquer le George Clooney hagard d’Avé César. Ayant choisi le ton de l’humour, les frères Coen auront mieux résumer la question de la chasse aux sorcières en quelques séquences de leur dernier long-métrage sorti cette même année que Jay Roach dans tout son film. Laissant à l’abandon de toute direction son beau casting (Elle Fanning, Helen Mirren, Diane Lane, John Goodman…), nous nous retrouvons avec un mauvais concours de sosies qui tombent souvent dans la caricature.

Dalton Trumbo finira ainsi comme il a commencé, dans les rails d’un biopic plan plan et suranné qui réclame plus son Oscar automatique que l’intérêt de ses spectateurs pour son héros et un sujet encore brulant d’actualité.

Dalton Trumbo, de Jay Roach – Sortie le 27 avril 2016



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